Jean-Pierre Antebi, le mentor juif franc-maçon de Manuel Valls

FMJean-Pierre Antebi est l’homme qui a fait entrer Manuel Valls au Grand Orient de France en 1989. Un rocardien de la première heure, ardent défenseur de la laïcité.
Qui connaît Jean-Pierre Antebi ? Le parrain de Manuel Valls en franc-maçonnerie, décédé en 2007 à l’âge de 64 ans, était courtier en assurances et n’appartenait pas aux cercles politiques les plus en vue. C’est pourtant lui qui, en 1989, a accompagné l’intégration du futur Premier ministre au sein de la loge Ni maîtres ni dieux du Grand Orient de France.
Ce barbu aux yeux malicieux avait trois passions : la politique au Parti socialiste (tendance Rocard), la franc-maçonnerie au GODF et le combat contre l’antisémitisme dans les rangs de la Ligue internationale contre le racisme et l’antisémitisme (Licra). Orateur talentueux doublé d’un pince-sans-rire, il maniait les mots et la provocation. « Je suis palestinien ! » disait-il à certains de ses « frères », sûr de son effet, lui le juif arabe dont le père avait vu le jour à Jérusalem et la mère, d’origine russe, à Paris. « Je suis né le 16 janvier 1943 dans une grande maison niçoise avec des sanitaires dans chaque chambre… une ancienne maison close ! » précisait-il ensuite.
Jean-Pierre Antebi est venu au militantisme par le syndicalisme étudiant et le Parti socialiste unifié (PSU), formation née en 1960 de l’opposition à la guerre d’Algérie. En 1973, l’année où il suit Michel Rocard au PS, il est initié dans la loge Université maçonnique du GODF, un atelier rebelle. Même si Antebi n’aime guère François Mitterrand, trop machiavélique à son goût, cela ne l’empêche pas de prendre un parrain mitterrandien, Guy Penne, qui sera nommé conseiller aux affaires africaines à l’Elysée en 1981.
Si Antebi apprécie la politique, il ne franchit jamais le pas d’une véritable carrière. « Ne pouvant en faire son métier, il est devenu courtier en assurances« , témoigne Edith, sa veuve. Considéré comme « affectif » et parfois « soupe au lait », il assouvit sa soif de reconnaissance dans la hiérarchie du GODF. En 1986, il accède au conseil de l’ordre, l’exécutif de l’obédience. Le voici, pendant trois ans et auprès de trois grands maîtres successifs, grand secrétaire aux affaires extérieures.
Un pacifiste convaincu, passionné par le conflit israélo-palestinien
Ce parcours illustre les tiraillements d’une personnalité complexe, partagée entre le goût du pouvoir (sans griserie) et le rejet libertaire de l’autorité. « C’était l’homme d’un triple refus« , confie Jean Pachot, son « frère » le plus proche. Refus de l’hypocrisie, des enfermements intellectuels et sociaux et des fractures qui empêchent le dialogue. Antebi aime brasser des idées folles, surtout lors des agapes qui suivent certaines réunions maçonniques.
Il a ses habitudes chez Jo Goldenberg, restaurant juif de la rue des Rosiers, à Paris, visé par un attentat en 1982. La lutte contre l’antisémitisme est l’un des grands combats de sa vie. Pacifiste convaincu, passionné par le conflit israélo-palestinien, il n’hésite jamais à apostropher ses frères : « Soyez donc un peu internationalistes ! » « Un mec génial« , résume Patrick Gaubert, ex-président de la Licra.
Une affaire judiciaire obscurcit tout de même ce parcours. En 1995, la Licra porte plainte pour faux et abus de confiance contre sa directrice, par ailleurs franc-maçonne. Celle-ci réplique en accusant de complicité Antebi, en qualité de trésorier de l’organisation antiraciste. En 2002, la justice les condamne tous les deux, mais relaxe le président de l’époque, le socialiste Pierre Aidenbaum. Cette sanction affecte Antebi, déjà affaibli par la leucémie. « En franc-maçonnerie, confie-t-il à Jean Pachot, j’ai rencontré les plus belles crapules et mes meilleurs amis. »
Sans cesser de montrer sa joie d’être grand-père, il lutte pendant des années contre la maladie. En janvier 2007, il est enterré dans le carré juif du cimetière de Bagneux (Hauts-de-Seine), sans Manuel Valls, mais en présence d’anciens responsables du GODF et de frères en habits maçonniques.
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Les 5 nouveaux dogmes de la nouvelle religion pseudo-catholique issue du Concile Vatican II

  1. OecuménismeLe péché n’offense plus Dieu
Tout d’abord le péché qui, pratiquement, n’existe plus, puisqu’il n’offense pas Dieu.
On nous dit que le péché n’offense pas Dieu, mais qu’il nuit seulement au pécheur. Le péché, en effet, ne peut pas atteindre la nature de Dieu qui est incorruptible. Le péché ne fait rien à Dieu. Le péché ne fait que nuire au pécheur, lui faisant perdre la vie divine – on le concède – et, également, offensant la solidarité humaine.
Dans ces conditions, le péché n’a plus cette caractéristique d’offense, de destruction de l’honneur de Dieu, de sa gloire, de sa louange ; n’a plus la caractéristique d’une désobéissance à la loi de Dieu. On nie, par conséquent, que Dieu soit en droit d’exiger de ses créatures, non seulement la louange, mais même la soumission à sa loi, comme dit saint Ignace dans ses exercices : « L’homme est créé pour louer, honorer et servir Dieu et, par là, sauver son âme. »
Eh bien, louer, honorer et servir Dieu, ça n’existe plus dans la nouvelle religion, puisque le péché ne détruit pas la gloire externe de Dieu, le péché ne fait que nuire à l’homme. Vous voyez donc combien cette nouvelle religion détruit la notion même de péché, détruit la gloire de Dieu, détruit même la notion du péché comme injustice suprême, pour ne considérer que les injustices humaines ; mais l’injustice envers Dieu, le péché contre la justice de Dieu, on n’en veut plus !
  1. Le pécheur conserve sa dignité humaine
Ensuite, on nous dit que, par le péché, la dignité humaine n’est pas perdue, l’homme conserve sa dignité même après le péché. L’homme reste digne ; l’homme reste gentil, sympathique. Et, par conséquent, c’est la justification de l’œcuménisme et de la liberté religieuse.
Quoi que fasse l’homme dans l’ordre religieux, qu’il honore un faux dieu ou, par un faux culte, le vrai Dieu, peu importe, il garde sa dignité ; il est digne donc d’estime et de respect. Et donc, on doit respecter sa religion et on doit, par conséquent, collaborer même avec les autres religions, puisque la dignité humaine n’est pas atteinte par le péché. Encore une seconde erreur très grave, qui légitime donc l’œcuménisme et la liberté religieuse.
Ensuite, on nous dit : puisque l’homme reste très sympathique, eh bien, Dieu continue d’aimer le pécheur, de lui maintenir son amour et sa faveur ; donc, rien n’est changé entre Dieu et le pécheur. Voilà, Dieu nous est représenté sous la forme d’un Dieu impassible, bonasse, qui accepte tout de la part de ses enfants capricieux. Sa charité, à Dieu, est donc ridiculisée. Dieu continue d’aimer même le pécheur, sans distinction, sans précision.
  1. L’homme n’a plus besoin de satisfaire pour ses péchés
Ensuite, on nous dit que, par conséquent, Dieu ne punit pas le péché par une peine quelconque, temporelle ou éternelle. Puisque le péché n’offense pas Dieu, Dieu ne punit pas. Du reste, Dieu est la bonté même : comment Dieu pourrait-il infliger des peines à l’homme pécheur ?
Non, c’est l’homme lui-même qui se punit en subissant les conséquences de ses fautes, et l’enfer – si jamais quelqu’un s’y trouve –, l’enfer n’est que l’exclusion, auto-exclusion de l’amour divin. Donc l’enfer n’est plus une peine infligée par Dieu. Dieu n’a plus le droit de punir. Et, par conséquent, l’homme est lavé de tout devoir de réparation envers Dieu – ce que nous appelons, chez nous, dans notre catéchisme : la satisfaction après le péché ; le pécheur doit satisfaire pour ses péchés à la justice divine.
La satisfaction, le besoin d’expier ses péchés pour réparer l’honneur de Dieu n’existe plus. L’homme doit seulement réparer sa santé spirituelle. Mais réparer la gloire de Dieu, coopérer au relèvement de la créature tombée dans le péché, on n’en veut plus ! Alors que, vous le savez, la belle doctrine catholique de la satisfaction est toute à la gloire de Dieu, puisque l’homme pécheur peut se relever et redonner la gloire et la louange à Dieu, et relever même sa nature tombée, par la satisfaction, par la peine qu’il subit volontairement.
  1. La passion n’est plus ordonnée à la satisfaction de nos péchés mais à la seule révélation de l’amour du Père pour nous
Mais cette doctrine, qui donc ne veut plus ni du péché, ni de l’expiation, ni de la satisfaction, va beaucoup plus loin, puisqu’elle va même maintenant fausser le sens des souffrances et de la passion rédemptrice du Sauveur. Et donc, elle va fausser le dogme de la rédemption.
C’est à ce dogme central que se sont attaqués les modernistes. On va nous dire : les souffrances de Notre-Seigneur sur la croix sont destinées seulement à révéler l’amour de Dieu persévérant, mais non pas à satisfaire à la justice divine à la place des hommes pécheurs.
Notre-Seigneur, sur la croix, n’a pas offert à son Père en notre nom aucune satisfaction. Il n’a fait que révéler aux hommes l’amour de Dieu son Père. Donc, on va tout à fait contre le dogme du précieux sang, cette loi que Dieu a posée même dans l’ancien Testament, que, sans effusion de sang, il n’y a pas de rémission.
On refuse le sang versé par Notre-Seigneur avec toute sa valeur d’expiation, de rémission des péchés, pour ne considérer qu’un acte gratuit par lequel le Père livre sans aucune raison son Fils à la mort, simplement pour révéler l’amour du Père. C’est la plus abominable cruauté : le Père livre son Fils à la mort la plus abominable, simplement pour révéler son amour.
On a faussé, vidé le dogme de la rédemption et l’on blasphème même la sainte passion du Sauveur.
Alors qu’au contraire, notre catéchisme nous enseigne que, par sa passion, Notre-Seigneur a offert à son Père une satisfaction pour nos péchés surabondante, à cause, d’une part, de la dignité de la personne divine qui souffre sur la croix et, d’autre part, à cause de l’extrême charité et obéissance avec laquelle Notre-Seigneur souffre et, enfin, à cause des douleurs extrêmes qu’il a souffertes sur la croix. Il a donc pu offrir à son Père pour nous, à notre place, une satisfaction surabondante, presque infinie. C’est toute la beauté de la contemplation de la croix, d’y voir notre salut, notre rédemption, notre rachat, notre relèvement, et non pas seulement l’amour du Père, mais l’amour de Notre-Seigneur Jésus-Christ d’abord.
  1. Le salut universel
Et, de toute façon, on nous dit dans cette nouvelle religion : A quoi bon le sang de Notre-Seigneur Jésus-Christ – à tout le plus pour révéler l’amour du Père, mais pas pour nous sauver – car tous les hommes sont sauvés, de toute façon !
C’est certain, puisque par son incarnation, comme dit le concile Vatican II, dans Gaudium et spes, par son incarnation, le Fils de Dieu « s’est uni en quelque sorte à tout homme ». Tout homme est christifié par l’incarnation, et alors, tous sont sauvés. Et, dès lors, c’est l’allégation du pape Jean-Paul II, dans un de ses livres, que, pratiquement, l’enfer probablement est vide. Tous sont sauvés. Donc, vous voyez : le dogme de la rédemption anéanti, faussé radicalement. Étant évacué le péché, étant évacuée même la justice de Dieu, on va évacuer la rédemption, supprimer la satisfaction de la croix de Notre-Seigneur Jésus-Christ.
Voilà la nouvelle religion, les nouveaux dogmes.
Mgr Tissier de Mallerais (FSSPX) – 27 juin 2002 – Source
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Jean de Viguerie analyse le mythe du Citoyen

I-Grande-17625-histoire-du-citoyen.netDans le sillage de deux précédents livres, Christianisme et Révolution et Les deux patries, Jean de Viguerie vient de publier Histoire du Citoyen aux éditions Via Romana, essai historique sur l’un des trois mythes (avec la Révolution et la République) engendrés par les événements de 1789 et qui perdurent encore aujourd’hui. Jean de Viguerie a accepté de répondre aux questions de MN.

MN : Pourquoi ce livre ? Il y a déjà eu Christianisme et Révolution et Les deux patries, livres précédemment écrits sur le thème de la Révolution comme idéologie, et avec lesquels ce nouvel opus, intitulé Histoire du Citoyen, entre en filiation, tout n’avait donc pas été dit à ce sujet ? Il y avait donc nécessité d’y revenir ?
Jean de Viguerie : Non, tout n’était pas dit. Et c’est l’actualité qui m’a conduit à y revenir. Car en 1995, on a commencé à parler de nouveau du citoyen. Il y a d’abord eu l’entreprise citoyenne, puis les clubs de foot citoyens, les écoles citoyennes, et alors toutes choses pouvaient devenir citoyennes. Citoyen devenait un adjectif, ce qu’il n’avait jamais vraiment été.
Cela m’a amené à réfléchir. Que se passait-il ? Pourquoi ce retour du mot qui avait pratiquement disparu du vocabulaire politique, qui ne subsistait finalement plus que dans La Marseillaise, que d’ailleurs beaucoup voulait voir changée et qui était accompagnée d’une connotation militaire. À partir de ce moment là, j’ai réfléchi sur une lettre du citoyen, j’ai cherché à le définir. Et je me suis alors rendu compte qu’il s’agissait d’un des trois mythes engendrés par les événements de 1789, avec la Révolution et la République.
On pourrait y ajouter la patrie et la nation. Mais la patrie n’est qu’un simulacre, une imitation de la patrie réelle (Cf. Les deux patries). Donc, je pense qu’il faut se limiter à ces trois mythes, ce qui est vraiment mythique, ce sont ces trois êtres là, trois êtres imaginaires artificiels que sont la Révolution, la République et le Citoyen.
MN : Votre livre commence en 1789, pourquoi ne pas l’avoir amorcé avant ?
JV : Parce que l’idée de citoyen existe mais le personnage n’existe pas. Rousseau (Considérations sur le gouvernement de Pologne) ou Voltaire (Le Dictionnaire philosophique ou La Raison par alphabet) en ont parlé. Mais cet être imaginaire n’apparaît qu’avec la Révolution.
La Révolution pouvant être considérée comme Dieu le père, et le Citoyen le fils. Alors que dans la religion chrétienne, le Fils se révèle très tard, dans cette parodie de religion chrétienne, l’engendrement du fils apparaît très tôt, c’est le citoyen. Parce que la révolution a un besoin vital du citoyen, ce dernier est engendré dès le début.
En fait, au bout de sept jours, Jean Dusaulx qui fait partie du comité des électeurs de Paris évoque « la nouvelle genèse. » Le monde a été transformé en sept jours. Un être nouveau est apparu dans ces sept jours. On est passé du sujet au citoyen. Le sujet, on savait qui il était. C’était un Français vivant sous l’obédience du Roi. Le citoyen, en revanche, ne correspond à rien de connu jusqu’alors.
MN : Quelles sont donc les caractéristiques de ce citoyen ainsi engendré ?
JV : J’ai interrogé la déclaration des droits de l’homme et du citoyen, j’ai trouvé la définition donnée par Claude Nicolet dans les années 90, chargé des festivités du bicentenaire de la Révolution. Il écrit : « Homme et citoyen sont indissociables et créent une nouvelle nature pour l’homme. » Allez comprendre, moi je ne comprends pas.
Alors à ce moment là, j’ai interrogé les professeurs de droit constitutionnel qui ont avoué qu’ils ne savaient pas ce qu’était le citoyen. Le citoyen n’a jamais été défini juridiquement. Mon ami Xavier Martin, qui est historien comme moi, m’a toujours dit : quel intérêt de traiter du citoyen, c’est un être imaginaire. Mais justement, l’Histoire ne s’intéresse pas seulement aux réalités mais également aux folies. C’est même son sujet préféré.
« Ce personnage porte en lui dès le début la mort et la haine. »
MN : Mais cet être imaginaire semble pourtant bien exister au regard de son action révolutionnaire, notamment au début, et vous montrez dans votre livre qui retrace l’histoire du citoyen qu’il évolue au fil du temps, qu’il mute en quelque sorte…
JV : Dès le début, le citoyen n’a pas d’existence réelle car il est obligé d’être armé. C’est un être artificiel qui sert d’instrument, c’est comme une machine. La machine évidemment existe, mais ne peut être qualifiée d’Être.
Ce citoyen a effectivement évolué au fil des époques. J’ai écrit cette histoire du citoyen, du citoyen armé indispensable à la Révolution, jusqu’au citoyen désarmé auquel nous sommes confrontés aujourd’hui. Le citoyen armé du début va très vite devenir un assassin. Il doit assassiner celui qui renie l’être nouveau. Il doit le faire disparaître. D’abord dans les nations européennes. C’est pourquoi la République à peine installée déclare la guerre. Et ensuite dans nos frontières, ceux qui ne veulent pas accepter l’être nouveau, les ennemis intérieurs, vont être persécutés par l’instigation de la terreur.
Cette terreur se renouvellera en 1945, lorsqu’il faudra remettre sur pied la République. Et on ne peut la remettre sur pied, les communistes le voient ainsi et ils ont raison, qu’en renouvelant les assassinats, qu’en immolant à nouveau des victimes. En somme, ce personnage porte en lui dès le début la mort et la haine. C’est terrible de penser cela. Évidemment, pour les braves gens, tout cela parait imaginé, mais si on regarde le déroulement de l’Histoire, on s’aperçoit que c’est bien le rôle que le citoyen a joué.
Et aujourd’hui, paradoxalement, il lui est interdit de verser le sang, c’est un changement très important, mais il reste la créature de l’État c’est-à-dire de la République. Et il est là maintenant pour faire accepter la diversité par l’immigration, sous peine d’exclusion totale, sous peine de condamnation à une haine perpétuelle.
MN : Vous dites que l’État ne peut être que la République pour le citoyen.
JV : Oui, ce ne peut être que la République. Cette dernière naît qu’après la création du citoyen en septembre 1792. Et qu’est-ce que la République sinon la suppression de la monarchie et la mort du roi qu’elle annonce. Là encore, la mort est présente à l’apparition de ce mythe.
Le nom de cette République a été choisi pour rappeler la République romaine. On vit dans l’histoire imaginaire de la République romaine. Le livre « Grandeur et décadence des romains » de Montesquieu a été lu par tous les députés de la constituante. Montesquieu est l’auteur préféré de Robespierre. On comprend dès lors ce nom de République qui a la caution de l’histoire.
MN : Tout au long du XIXème siècle, on voit néanmoins le retour de la royauté, différentes formes d’État se succéder…
JV : Oui, on voit revenir le roi. Mais c’est une fausse royauté. Une des preuves est que ces rois ont fait tirer sur le peuple, ce que Louis XVI n’a jamais fait. Charles X en 1830 fait tirer sur les gens qui manifestent, et en juin 1848 on récompense. La royauté française, par le passé, a pu affronter quelques princes révoltés, mais ne fait pas tirer sur le peuple.
Et surtout cette royauté du XIXème siècle a accepté la Révolution, a intégré les institutions révolutionnaires, les biens nationaux. Même si la déclaration des droits de l’homme ne figure plus dans les constitutions, toutes les conquêtes révolutionnaires sont garanties.
MN : Mais Louis XVI, lui-même, a adoubé la Révolution…
JV : Le malheureux Louis XVI, à un certain moment, est contraint, d’une certaine manière, d’accepter la nouvelle constitution. D’abord, le 5 octobre, on vient à Versailles en émeute l’obliger à signer la déclaration des droits de l’homme, puis il va signer la constitution.
Mais il le fait sous la contrainte. Alors que les trois autres le font de leur plein gré. Ce sont des rois révolutionnaires. Charles X a une grande admiration pour Napoléon. Louis XVIII a arboré, lorsque Napoléon revient de l’île d’Elbe pour aller se réfugier en Belgique, la flamme de la légion d’honneur. Ces princes sont imbus de la philosophie des Lumières, des idées voltairiennes. Ils sont révolutionnaires. Ces princes sont des citoyens promus à la dignité de roi.
« On ne peut pas compter sur l’armée ou sur les évêques pour s’opposer à la République, et quelquefois on ne peut même pas compter sur le Pape »
MN : Quel a été le rôle de l’Église et du clergé en France dans la création du citoyen et durant toutes ses évolutions ?
JV : L’Église a non seulement accompagné mais cautionné l’engendrement du citoyen. Quand vous pensez que Monseigneur de Juigné, archevêque de Paris, a fait dire un Te Deum à Notre Dame de Paris le 17 juillet pour célébrer l’ordre nouveau après la prise de la Bastille ! Quand on sait ce qui s’est passé le 14 juillet, c’est confondant.
Un deuxième épisode édifiant est la réaction des évêques de France au bref de Pie VI. Pie VI y condamne à la fois la constitution civile du clergé et la déclaration des droits de l’homme. Pie VI reproche à la déclaration des droits de l’homme de ne pas faire cas de l’être pensant, de l’être doté de raison. Les évêques français ne l’ont pas suivi sur sa critique de la déclaration des droits de l’homme, attachés qu’ils étaient à l’égalité entre tous les citoyens que cette déclaration établit.
Peu après, le Concordat qui créa une Église d’État et permit à Napoléon de considérer les évêques comme des fonctionnaires, ne fut l’objet d’aucune protestation.
Le ralliement de Léon XIII, de la même façon, n’a entraîné de la part des évêques français aucune protestation, alors même que la République est persécutrice à cette époque.
Au fond, l’Église en tant qu’institution n’est pas un opposant à la Révolution, alors même que le christianisme l’est intrinsèquement. Il y a un pacte entre l’épiscopat et la République.
L’autre force de la République est l’armée. On ne peut donc pas compter sur l’armée ou sur les évêques pour s’opposer à la République, et quelquefois on ne peut même pas compter sur le Pape ! Le ralliement de Léon XIII déconcerte tous les défenseurs de la liberté de l’enseignement par exemple.
10845MN : N’y a-t-il jamais eu de trêve dans ce pacte entre l’épiscopat et la République, de lézarde dans le pacte ?
JV : Si, il y a eu un moment où l’épiscopat a trahi la République, c’est Vichy. Il y a eu une unanimité surprenante de l’épiscopat pour le maréchal Pétain, alors même que cet épiscopat avait suivi Pie XI dans sa condamnation de l’Action Française, et appliqué avec zèle les sanctions que le pape ne faisait que recommander.
Ce même épiscopat passe avec enthousiasme dans l’obédience de Vichy et approuve « travail-famille-patrie. » Cette rencontre est assez inattendue entre l’Église et le maréchal qui n’a jamais été un militant chrétien. Cette rencontre va néanmoins coûter cher à la libération à un certain nombre d’évêques. Un nonce diplomate va venir à Paris rencontrer de Gaulle pour éviter le pire. Pie XII, dans une lettre, recommande à de Gaulle la clémence et la paix civile.
MN : La République a donc disparu pendant un temps. Vichy a donc été contre-révolutionnaire ?
JV : Vichy est un régime qui a mis la République en pénitence, qui ne parle plus du citoyen, qui remet à l’honneur des valeurs profondément traditionnelles. Et l’épiscopat s’y retrouve après avoir soutenu précédemment l’ordre nouveau de la Révolution française. Le maréchal Pétain, quant à lui, a été un soldat-citoyen en 1914. Il n’était pas vraiment opposé à la République. Il disait « La République existe tout en n’existant pas ». Il avait même préparé une constitution qui effraya ses collaborateurs qui craignirent de voir revenir la IIIème république…
MN : Justement parlons maintenant du rôle des militaires, de l’armée, dans la sauvegarde de la Révolution.
JV : L’armée n’est pas contrerévolutionnaire, elle protège la République. En juin 1848, le soldat-citoyen (l’armée) tire sur le peuple qui manifeste pour du travail et du pain. Il est interdit de se plaindre en République. Tout comme l’être pensant n’existe plus, il en est de même de l’être souffrant.
C’est un blasphème de souffrir en République. Plus tard, grâce à la répression des communards, l’armée permit à la IIIème République de s’établir. Le général de Galliffet, qui appartient à une famille de noblesse ancienne, choisissait ses victimes au hasard parmi les prisonniers qui vont à Versailles pour les exécuter sommairement en cours de convoi.
Mais Galliffet travaillait pour Thiers, et Thiers pour la République. C’est Thiers qui a refait la République. Toutes les forces du pays convergent. Mais globalement, tous les militaires ont été républicains. Même Foch, questionné par Clémenceau, accepte de s’engager à respecter les institutions républicaines, plutôt que simplement son pays ou sa Patrie.
MN : Mais où est le contre-révolutionnaire, où est le contre-citoyen ?
JV : Il n’existe pas. Vous connaissez cette fameuse distinction de Maurras entre le pays légal et le pays réel. Cette distinction n’a pas de raison d’être maintenue. Parce que depuis la création du citoyen, il n’y a plus de pays réel, tout est citoyen, tout est passé dans le légal. Évidemment, vous pouvez détester le régime, mais vous êtes revêtu de la nouvelle nature double d’homme-citoyen.
D’où l’impuissance de la révolte, d’où la certitude que nous pouvons avoir, d’une durée quasi indéfinie, de la République en France. Je crains qu’il soit très difficile d’anéantir ces mythes qui nous illusionnent car tout est installé de telle manière avec la Révolution, le Citoyen et la République, que la France est comme encapuchonnée et incapable de se délivrer elle-même.
MN : Mais il y a eu parfois opposition par des régimes concurrents comme le communisme ou le socialisme…
JV : Ce ne sont pas des régimes concurrents. Socialisme et communisme sont fils de la Révolution. Ce sont d’autres façons d’encadrer la population et de la manipuler. En 1936, les communistes envisagent un plan de réfection de la République et de la Révolution, refaire ce qui a été fait en 1789. Il faut faire la guerre, c’est très important.
En 1789 c’était contre les princes européens, en 1936, c’est contre le fascisme. Pour les communistes, il y a nécessité de passer par la révolution de 1789 pour parvenir au pouvoir. Le parti communiste est maître du jeu dans les années 30, sans participer au Front populaire, il en est l’instigateur. Le citoyen est invité à renouveler son patriotisme de citoyen. Maurice Thorez fait chanter la Marseillaise et l’Internationale ensemble. La défaite et la fin du régime de Vichy va lui permettre d’accéder au pouvoir et de mettre un certain nombre d’institutions aux mains du parti jusqu’à aujourd’hui.
MN : Nous n’avons pas évoqué un point essentiel de votre livre qui est la reproduction du citoyen. Comment reproduire le citoyen, le perpétuer ?
JV : Par l’école ! C’est la convention nationale qui eut cette idée la première. Le citoyen ne se reproduit pas, il faut travailler à en produire d’autres. Le citoyen ne se reproduit plus, et nous en avons confirmation désormais, parce que le sexe n’existe plus. C’est la République imbue de l’idéal révolutionnaire qui va créer des écoles censées fabriquer de nouveaux citoyens.
Mais c’est un labeur sans cesse écrasant à recommencer. Tout repose sur l’école. Si l’école ne fabrique plus de citoyens, alors le citoyen disparait, alors la Révolution n’a plus son fils et la République n’est plus ce Tout, qui est en quelque sorte l’Esprit créateur. Car je le répète, ces trois mythes sont une parodie, une caricature du christianisme, le diable ricane. Nous avons bien le père qui est la Révolution, le fils qui est le citoyen et la République qui est l’Esprit créateur.
MN : Le christianisme est donc la véritable force d’opposition ?
JV : Oui, il faut donc le dénaturer, s’en emparer, le refaire à la manière nouvelle. On retrouve là la complicité du clergé avec le développement du modernisme, l’alliance de certains avec la pensée marxiste. Il faut que le christianisme serve.
Propos recueillis par Maximilien Friche
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Révolution – Citoyen – République : la trinité diabolique [vidéo]

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Les Universités modernes sont bien pires que des maisons closes !

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Dans les maisons closes, il fallait payer. Une contrainte levée grâce à l’Université moderne.
Tout autour de nous, nous voyons des Universités qui sont bien pires que des maisons closes. D’abord, parce que « l’égalité démocratique » y regroupe sans discrimination toutes sortes de garçons et de filles qui n’ont pas ou peu d’intérêt pour les idées spéculatives, au point qu’ils ne sont pas là d’abord pour étudier.
Mais aussi, parce que ces « universités », en imposant le silence à la théologie et en rendant la vraie philosophie ridicule, corrompent la partie la plus haute de la nature de ces jeunes, à savoir leur esprit, laissant leur nature inférieure sans moyens ou presque pour lutter contre la promiscuité voulue et encouragée des deux sexes.
Observez le gâchis visible sur le campus de n’importe quelle « université » d’aujourd’hui : des hommes abâtardis et incapables et des femmes ratées qui ne valent rien, dont la plus noble activité est d’échanger des frivolités.
De telles « universités » qui enseignent le mépris de Dieu et de la nature vont pulvériser la foi des jeunes (à supposer qu’ils en aient encore), leur moralité et leur bon sens. Pauvres parents ! Mais ils se sont moqués de Dieu, et, de Dieu, on ne se moque pas ! Oui, de toute évidence, aucun garçon – sans parler des jeunes filles – ne devrait être envoyé dans de telles « universités ».
Au reste, ce qu’il faut comprendre, c’est que même dans une université correcte – s’il est encore possible d’en trouver –, il vaudrait mieux ne pas envoyer de jeunes filles, ou très peu. Ceci, à cause de la nature donnée par Dieu aux jeunes filles, laquelle, en dépit de l’actuelle propagande massive qui voudrait prouver le contraire, est tout à fait différente de la nature que Dieu a donnée aux hommes !
Mgr Williamson (2002)
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Laissez-nous tranquilles !

Propagande nationale, affiche.

Propagande nationale, affiche.

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Comment la Royauté Catholique punissait-elle le viol ?

A9229« L’homme brutal qui ose employer la violence pour ravir les faveurs qu’un amour légitime a droit d’obtenir, est un monstre dont on doit délivrer la société. » (François Gayot de Pitaval – XVIIIè siècle)
La peine dépend des circonstances. Si la victime est vierge, le viol est punissable de mort. Le coupable est condamné au supplice de la roue lorsqu’elle n’est pas encore nubile.
La mort punit également le viol d’une parente, d’une religieuse, d’une femme mariée.
La peine de mort s’applique au geôlier qui abuse de sa prisonnière ou au tuteur de sa pupille.
Si le viol est commis envers une prostituée dans un lieu de débauche, il n’y a pas de poursuite. Si la prostituée est une fille repentie, on prononce contre le violeur une peine infamante, le bannissement ou les galères.
La déclaration de la plaignante ne suffit pas : il faut établir le viol par des preuves certaines (cris, appels au secours, traces de lutte,..). Des sages-femmes désignées par la justice procèdent à l’examen du corps.
[Malheureusement, ces peines ne sont plus guère appliquées au XVIIIè siècle, à de rares exceptions près :]
En 1721, Alexandre Rousselet est condamné à mort pour le viol et l’assassinat de Louise Anne de Paris, âgée de 10 ou 11 ans. En 1775, François Blanchet, compagnon maçon, est pendu pour un viol commis sur une fille de 6 ans. En 1785, un journaliste nommé Aubert est pendu pour un viol commis sur Marie Anne Filiaux, âgée de 6 ans et demi.
Patrick Lasowski – L’amour au temps des libertins (2011)
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