Voies de communication

Quand on songe que ce mouvement ne fait que commencer, que chaque jour apporte de nouveaux moyens de l’accélérer; quand on songe à cette fièvre de locomotive qui s’est tout à coup emparée des nations et à la prodigieuse connaissance des forces de la nature que l’homme possède aujourd’hui; quand on songe qu’inventer, perfectionner, appliquer de nouveaux moyens de se transporter plus rapidement d’un point à un autre est l’objet sur lequel se concentre et la richesse et l’activité humaine : tout devient croyable, car tout devient possible.
Or, gardons-nous bien de croire que tant de génie soit dépensé dans le but mesquin d’échanger plus rapidement du sucre ou du coton : l’homme s’agite et Dieu le mène. Quand les Romains faisaient paver avec tant d’empressement et de magnificence leurs larges voies pour relier les unes aux autres toutes les parties de leur vaste empire, ils visaient à une grande unité matérielle. Mais Dieu avait un autre but : l’unité spirituelle. Faire agir tous les corps au moindre signe de César ; faire agir toutes les âmes à la moindre parole du Christ, telle était la double fin de ce grand mouvement.
Manœuvres de Dieu, les Romains faisaient son ouvrage, en ne croyant faire que le leur. Ce qu’ils furent autrefois, les hommes le sont encore, ils le seront toujours : agents subalternes et souvent aveugles de la Providence. Donc, sur ces dalles scellées par des mains païennes passèrent, rapides comme l’éclair, les prédicateurs de la bonne nouvelle et les apôtres du mensonge : leurs successeurs dans l’éternel combat, passeront de même sur nos chemins de fer, sur nos bateaux à vapeur, et sur nos ballons, si nous parvenons jamais à les établir.
Que vous le vouliez ou que vous ne le vouliez pas, que vous le sachiez ou que vous l’ignoriez, vos découvertes tendent au même but; car les hommes, et leurs passions, et leur génie, et les vents, et les mers ne furent jamais que des instruments entre les mains de la Providence, et le but suprême de la Providence est le triomphe définitif de Jésus-Christ au jour où seul, debout sur les ruines du monde , il régnera par sa justice sur les méchants, et par sa douceur sur les élus.
Mgr Gaume – Où allons-nous ? (1844)
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