Les raisons cachées de l’antichristianisme

Ils ont beau le nier : leurs actes démentent leurs paroles. Le cléricalisme n’est qu’un mot de passe, un trompe-l’oeil à l’usage des dupes et au profit des fripons. Comme autrefois le mot galiléens ; et plus tard, les mots : jésuites, papistes, ultramontains, aujourd’hui les mots : cléricalisme, cléricaux, clérical, signifient LE CATHOLICISME [en l’an 2000 : « intégrisme »].
Le catholicisme c’est la grande charte de l’humanité ; c’est l’unique raison du pouvoir et du devoir ; c’est la religion descendue du ciel, la reine de la vérité, la mère de la vertu, la sauvegarde de tous les droits, la bienfaitrice de l’univers. 
C’est l’Église avec ses dogmes, sa morale, ses sacrements, son culte, ses institutions, tout ce qu’elle a fait, tout ce qu’elle fait encore, tout ce qui lui appartient dans le passé comme dans le présent. C’est le pape, ce sont les évêques, les prêtres, les religieux, les religieuses, tous les catholiques sans exception : voilà le cléricalisme, dont on demande la mort à grands cris.
Pourquoi ? quel mal vous a-t-il fait ? Ne dites pas qu’il est ennemi de la société, des lumières, de la liberté, du progrès, de la civilisation ; ces mots sont usés, et nous ne nous payons pas de mots. Donnez-nous d’autres motifs. Soyez francs, et si vous n’avez pas le courage de l’être, nous le serons pour vous.
C’est entendu : je veux qu’il meure parce qu’il s’oppose à mes désirs.
Je veux disposer de ma vie sans dépendance et sans contrôle : et il ne le veut pas.
Je veux être libre de croire, de douter ou de nier suivant mes convenances : et il ne le veut pas.
Je veux que toutes les religions soient également bonnes, également vraies, également fausses, afin d’avoir le droit de les mépriser toutes et de n’en pratiquer aucune : et il ne le veut pas.
Je veux bouleverser l’ordre social, parce que je n’y trouve pas la place qui me convient : et il ne le veut pas.
Au lieu de vivre de mon travail, je veux vivre de mes rentes ; au lieu de marcher à pied, je veux voyager en voiture ; au lieu d’habiter un galetas on une chaumière, je veux loger dans un palais : et il ne le veut pas.
Je veux être ce que je ne suis pas : ouvrier, laboureur, homme de peine, je veux être patron, bourgeois, préfet, député, sénateur ; au lieu d’obéir, je veux commander, au lieu d’être en bas, je veux être en haut : et il ne le veut pas.
Je veux m’occuper exclusivement de la vie présente, jamais de la vie future ; de mon corps, toujours ; de mon âme, jamais : et il ne le veut pas.
Je veux me dégrader au point de me croire un tas de boue, et de me faire enfouir comme une bête : et il ne le veut pas.
Je veux satisfaire toutes mes passions, le plus possible, le plus promptement possible, par tous les moyens possibles : et il ne le veut pas.
Je veux, si cela me convient, être un mauvais citoyen, un mauvais époux, un mauvais père, un mauvais fils, un voleur, un libertin, un usurier : et il ne le veut pas.
Je veux, dites donc le mot, je veux être mon maître, mon unique maître : et il ne le veut pas ; mon dieu : et il ne le veut pas.
Voilà pourquoi je dis et je répète : Mort au cléricalisme et aux cléricaux.
L’anticlérical dit vrai : le secret de sa haine est au fond de son cœur. Ses bruyantes accusations contre le cléricalisme entrent dans son rôle. Bonnes pour ameuter les foules ignorantes et en faire les instruments aveugles de sa coupable ambition, lui-même n’en croit pas le premier mot.
L’anticlérical qui voudrait, pour soutenir une seule de ses accusations, se laisser couper la première phalange du petit doigt, est encore à trouver.
Mgr Gaume – Mort au cléricalisme (1877)
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