Des vertus de la douleur

Toute faute chez l’homme étant composée de deux éléments, l’égoïsme et la volupté, il faudra que le remède se compose de deux éléments, pour atteindre le vice qui s’attaque à l’esprit et celui qui s’attaque à la chair.
L’esprit a péché en se laissant trop remplir de lui-même : il faudra que l’esprit se répande hors de lui-même. C’est ce qui s’opère au moyen de l’aveu. La confession rétablira peu à peu, dans l’âme, l’équilibre entre lo moi et l’humilité.
Le corps a péché en cédant à tous ses penchants : il faudra que le corps se refuse tout entier à lui-même. C’est ce qui aura lieu au moyen de la privation. La pénitence rétablira peu à peu, dans le corps, l’équilibre entre les sens et la volonté.
Il se produit alors un résultat complet. Le corps, rappelé à la privation, se sent délivré des mouvements désordonnés qu’entraînait sa prédominance, et rentre avec satisfaction sous l’hygiénique empire de la vertu. L’âme, se sentant initiée à l’humilité, rentre dans sa propre possession spirituelle, et reprend avec joie les douces résolutions de l’innocence.
Cette révolution opérée tout à coup dans le corps et dans l’âme est l’oeuvre de la douleur. L’homme a-t-il perdu toute force morale ? Est-il tombé au fond de l’inertie et de la corruption ? En un mot, est-il incapable de s’élever au bien par les actes de sa liberté ? Confiez-le à la douleur, elle l’amènera peu à peu vers les niveaux de la vertu.
Quel est donc ce mystérieux agent ? Quoi, la Douleur ! N’est-elle pas l’opposé de l’état éternel ? N’est-elle pas contradictoire à l’ètre ? La fin absolue étant le bonheur, se pourrait-il que l’être s’y élevât par le moyen de la douleur ?
Cherchons ce que c’est que, la douleur. Mais d’abord, la douleur n’est pas de l’être; on la voit placée à côté du mal pour l’extirper de l’être. Sans le mal, la douleur ne serait pas née, elle ne serait point entrée dans le temps.
Mais, à cette heure, elle trempe l’être dans ses flammes pour le purifier; on voit ainsi le métal en fusion rejeter une écume de sa substance embrasée.
Antoine Blanc de Saint-Bonnet – La douleur (1849)
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