Le siège de l’Antéchrist

TROISIÈME CHOSE INDÉCISE : Le siège de l’empire de l’Antéchrist.
Encore deux opinions :
 1° La première se présente avec saint Irénée qui s’exprime ainsi : «L’Antéchrist, au temps de son règne, transférera le siège de son empire dans la Jérusalem terrestre» (Iren., Adv. húres., lib. V, cap. Xxv). À la suite de saint Irénée figurent saint Hippolyte, Sulpice Sévère, Andréas évêque de Césarée, Arétas, Rabanus, Sandérus, Bellarmin, Bécan, Viégas, Lessius, Ferrerius, Corn. a Lapide et aussi le docte Suarez dont voici les paroles : «Il est à croire que le règne de l’Antéchrist s’établira surtout chez les Juifs, et qu’il restaurera la cité de leurs pères dont ils se sont toujours glorifiés ainsi que de son temple» (De Antich., sect. V, obj. VI).
Les partisans de cette opinion se fondent :
a) Sur un texte de l’Apocalypse qui dit que les deux témoins de Dieu, Enoch et Élie, adversaires de l’Antéchrist, seront mis à mort dans la grande ville où leur Seigneur a été crucifié (Apoc., XI, 7-8). Ces mots caractérisant Jérusalem, on en conclut que si les deux témoins sont mis à mort dans cette ville, c’est que l’Antéchrist y aura le siège de son empire.
b) Cette opinion se fonde encore sur des raisons de convenance. Comme ç’a été en Judée et plus spécialement à Jérusalem que le Christ, durant Sa vie terrestre, a établi le siège de Son empire spirituel ; comme c’est là qu’Il est né, qu’Il a vécu, prêché, opéré Ses miracles, établi l’Évangile ; qu’Il y a été crucifié, qu’Il y est mort, ressuscité, monté au ciel ; qu’Il y a enfanté l’Église ; en un mot, qu’Il y a accompli toute l’économie divine préordonnée de toute éternité en vue du salut du genre humain : pour tous ces motifs l’Antéchrist, inspiré par Satan, reviendra, afin de réaliser pleinement sa mission infernale d’adversaire du Christ, sur toutes les étapes de la vie du Sauveur, pour les combattre, les effacer, les détruire.
Dans ce but, c’est à Jérusalem qu’il fixerait aussi le siège de son empire diabolique. De plus, si l’Antéchrist agissait autrement, pourrait-il se faire accepter comme Messie par les Juifs, qui rêvent une gloire terrestre pour Jérusalem et s’imaginent que cette ville redeviendra, dans l’avenir, le siège de l’empire messianique ? Cette dernière raison semble se fortifier, de nos jours, par l’apparition du Sionisme.
En voici le programme : «Les temps ne sont-ils pas venus de reconstituer cette nationalité juive pour laquelle, du fond de ses synagogues et de ses ghettos, Israël n’a pas cessé de soupirer ?» Une vaste association s’est donc formée entre les Juifs croyants du monde entier, en vue de récupérer la Palestine et Jérusalem. Sept congrès se sont déjà tenus à Bâle pour en trouver les moyens. Le dernier, du 27 au 30 juillet 1905, a été particulièrement intéressant au point de vue qui nous occupe. S. M. le Sultan de Constantinople ne se montrant point favorable aux désirs des Sionistes, l’Angleterre avait gracieusement offert un vaste terrain dans l’Ouganda, à l’est de l’Afrique centrale, pour y essayer la formation d’un État juif autonome. Le Congrès, composé de plus de huit cents délégués du Judaïsme mondial, a adopté, à une forte majorité, la résolution suivante : «Le Congrès maintient fermement les principes de son programme tendant à établir une patrie pour le peuple juif en Palestine. Il refuse toute colonisation hors de la Palestine ou des pays voisins. Le Congrès vote des remerciements au gouvernement anglais pour son offre d’un territoire en Afrique  orientale».
Serait-ce un acheminement à l’établissement du siège de l’Antéchrist à Jérusalem, grâce au concours futur des Juifs ?
 2° La deuxième opinion désigne la Rome des Papes comme siège de cet empire, et voici ses arguments.
Reprenant d’abord le texte de saint Jean touchant la mort des deux témoins (Apoc, XI, 7-8) Enoch et Élie, elle fait remarquer, et avec raison, qu’il n’est pas concluant. Il se pourrait, en effet, que ces deux témoins fussent mis à mort dans Jérusalem par ordre de l’Antéchrist, sans que celui-ci y ait alors le siège de son empire, et même sans qu’il y soit résidant.
Rome, au contraire, ne semble-t-elle pas indiquée ? C’est là que, pour mieux faire opposition au vrai Christ, l’Antéchrist établirait le siège de sa puissance. Il siégerait à Rome redevenue païenne, selon une ancienne tradition, et, se posant en face du chef de l’Église, il ressusciterait l’empire romain ou latin. Il semble que ceux qui préparent le règne de l’Antéchrist, aient conçu et adopté ce plan.
C’est contre Rome, en effet, que se coalisent, depuis des années, les efforts de toutes les sectes maçonniques. Rome redevenue païenne, ce serait l’étape préparatoire à la royauté romaine de l’Antéchrist. Une grave allocution de Léon XIII donne à réfléchir. C’est dans le Consistoire du 30 juin 1889 qu’elle a été prononcée :
«Il est douloureux à constater que dans cette auguste Ville où Dieu a établi le domicile de Son Vicaire retentisse l’éloge de la raison humaine en révolte contre Dieu, et que là où le monde entier a été instruit à demander les purs principes de l’Évangile et les conseils du salut, aujourd’hui, par l’effet d’un bouleversement criminel, des erreurs coupables et l’hérésie elle-même soient impunément consacrées par des statues. Les événements nous ont conduits à ce point que nous voyons l’abomination de la désolation dans le lieu saint… C’est à un homme impie et perdu de moeurs qu’on élève un monument. Cette ville de Rome, qu’on affirmait devoir être toujours le siège glorieux et assuré des Pontifes Romains, on veut en faire la tête d’une impiété nouvelle en y fondant le culte absurde et insolent de la raison humaine portée comme à un fait divin».
La douleur que Léon XIII épanchait de la sorte au sein du Sacré Collège, il l’exprimait quelques années plus tard, le 8 décembre 1892, au peuple italien tout entier :
«Peut-on voir sans pleurer la partie la plus privilégiée du troupeau de notre adorable Rédempteur, un peuple toujours demeuré fidèle pendant dix-neuf siècles, exposé aujourd’hui à toute heure au péril imminent de l’apostasie et entraîné dans la voie des erreurs et des vices, des misères matérielles et des abjections morales ?… Mais d’où vient-elle cette guerre ? Elle sort surtout de cette secte maçonnique dont Nous vous avons entretenus au long dans l’Encyclique Humanum genus, du 20 avril 1884, et plus récemment, le 15 octobre 1890, en Nous adressant aux évêques, au clergé et au peuple d’Italie. Par ces deux lettres, Nous avons arraché le masque dont la maçonnerie se couvrait aux yeux du peuple, et Nous l’avons dévoilée dans sa hideuse difformité, dans son action ténébreuse et funeste… Grâce aux complots, à la corruption et à la violence, elle est parvenue à dominer l’Italie et Rome elle-même…».
Dans l’Encyclique Humanum genus, rappelée par l’auguste Pontife et l’une des premières de son Pontificat se trouvait déjà cet avertissement solennel :
«Dans l’espace d’un siècle et demi, la secte des francs-maçons a fait d’incroyables progrès. Employant à la fois l’audace et la ruse, elle a envahi tous les rangs de la hiérarchie sociale et commence à prendre, au sein des États modernes, une puissance qui équivaut presque à la souveraineté… À l’égard du Siège Apostolique et du Pontife romain, l’inimitié de ces sectaires a redoublé d’intensité. Après avoir, sous de faux prétextes, dépouillé le Pape de sa souveraineté temporelle, nécessaire garantie de sa liberté et de ses droits, ils l’ont réduit à une situation tout à la fois inique et intolérable, jusqu’à ce qu’enfin, en ces derniers temps, les fauteurs de ces sectes en soient arrivés au point qui était depuis longtemps le but de leurs secrets desseins : à savoir que le moment est venu de supprimer la puissance sacrée des Pontifes romains et de détruire entièrement cette Papauté qui est d’institution divine…».
Aux deux opinions exposées, l’événement accompli donnera une solution péremptoire. Jusqu’à cette époque, elle demeure indécise. Si Jérusalem devient le siège de l’empire de l’Antéchrist, ses principaux fauteurs auront été les Juifs ; si c’est Rome, ce seront les Francs-Maçons.
Augustin LEMANN – L’Antéchrist (1905)
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