« Je tremble en mettant les mains sur le présent »

Bossuet, commentant l’Apocalypse, disait : « Je tremble en mettant les mains sur l’avenir». S’il eût vécu au début de ce XXe siècle, il eût dit : « Je tremble en mettant les mains sur le présent. »
Qu’est-ce donc que le présent ? 
Le présent n’est plus la foi. Les antiques croyances à la révélation mosaïque et chrétienne, qui firent longtemps la vie et la joie des peuples, ont disparu chez nous devant le mépris, devant le rire des débauchés et le droit au blasphème.
Le présent n’est plus même la raison, l’idée de Dieu est en péril.
Le présent n’est plus la justice. Ceux qui gouvernent l’ont oubliée ; et notre sol n’aura bientôt plus d’asile à lui offrir.
Le présent n’est plus l’honneur. On rencontre par milliers des coeurs inclinés bassement vers la terre, et devenus presque semblables au froid métal pour lequel ils se
sont vendus.
Le présent n’est plus la vertu. On dit que les moeurs sont infâmes, et qu’il y a un effrayant retour des hommes, par grandes masses, vers l’animalité.
Le présent n’est plus la fraternité. L’égalité civile et la division des fortunes avaient bien diminué la distance qui séparait le pauvre du riche ; mais, en se rapprochant, ils semblent avoir trouvé des raisons nouvelles de se haïr, et jettent l’un sur l’autre des regards pleins de terreur et d’envie.
Le présent n’est plus l’ordre. La liberté chez le peuple veut dévorer l’autorité, l’autorité au pouvoir veut étouffer la liberté : on ne sait plus où marche le grand corps de l’Etat, qui tantôt se heurtant à une démocratie sans limites, tantôt à une autocratie sans contrepoids, incertain de sa route et de son but, est plutôt semblable à un homme ivre qu’à une société.
Le présent n’est plus la paix. Jamais l’horizon n’avait entendu un tel bruit d’armes, et l’imagination entrevoit des lacs de sang que ne pourront dessécher ni les vents avec leurs brûlantes ardeurs, ni le soleil avec tous ses feux.
Augustin LEMANN – Un fléau plus redoutable que la guerre, la peste, la famine (1908)
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