Testament de Saint-Louis

Dès son arrivée à Tunis, devant le château de Carthage, nous dit Joinville, le saint roi, pris d’un flux de ventre, fut obligé de se coucher. Comme il sentait qu’il allait trépasser, il fit appeler son fils aîné, Philippe, et lui recommanda d’observer les «enseignements» qu’il lui remit et qui étaient écrits de sa main :
Beau fils, la première chose que je t’enseigne, est que tu mettes ton cœur en l’amour de Dieu ; car sans cela nul ne peut être sauvé. Si Dieu t’envoie adversité, reçois-la en patience, et rends-en grâce à Notre-Seigneur, et pense que tu l’as méritée, et qu’Il te tournera tout à profit. S’Il te donne prospérité, remercie-Le humblement… Aie le cœur doux et pitoyable aux pauvres, aux chétifs et aux malheureux ; aide-les, réconforte-les.
Maintiens les bonnes coutumes de ton royaume et abats les mauvaises. N’exige pas trop de ton peuple ; à moins de grande nécessité, ne le charge pas d’impôts ni de taille. Entoure-toi de personnes sages et loyales, qui ne soient pas pleines de convoitises, et parle souvent avec elles ; fuis la compagnie des méchants.
A rendre justice, à faire droit à tes sujets, sois loyal et raide, sans tourner à dextre ni à senestre, mais en allant toujours tout droit, et soutiens la querelle du pauvre jusqu’à ce que la vérité soit déclarée. Et si quelqu’un croit avoir à se plaindre de toi, fais enquérir du fait jusqu’à ce que tu en saches la vérité ; tes conseillers en jugeront ainsi plus librement, pour toi ou contre toi.
Détiens-tu quelque chose qui appartienne à autrui, ou par toi ou par tes devanciers ? Si c’est chose certaine, rends-la sans attendre. Si c’est chose douteuse, fais enquérir par des gens sages, vite et diligemment.
Que tes gens et tes sujets vivent, sous toi, en paix et en droiture. Garde les bonnes villes et les communes de ton royaume dans l’état et la franchise où tes devanciers les ont gardées ; s’il y a quelque chose à amender, amende et redresse-le. Tiens-les en faveur et en amour ; en voyant la force et la richesse des grosses villes, tes sujets et les étrangers craindront d’en venir aux prises avec toi, spécialement tes pairs et tes barons…
A ton père et à ta mère porte honneur et révérence, et garde leurs commandements. Les bénéfices de la sainte Eglise, donne-les à de bonnes personnes et de vie nette. Garde-toi de partir en guerre sans mûre réflexion. Si guerres et querelles éclatent entre tes sujets, apaise-les le plus tôt que tu pourras.
Aie soin d’avoir de bons prévôts et de bons baillis ; renseigne-toi souvent à leur sujet et au sujet des gens de ta maison, pour savoir comment ils se comportent, et s’il y a en eux excès de convoitise, de fausseté ou de tromperie. Veille aussi à ce que les dépenses de ta maison soient raisonnables.
Enfin, très doux fils, fais chanter des messes pour mon âme et fais dire des oraisons par tout ton royaume ; et donne-moi part spéciale et plénière dans tout le bien que tu feras…
Dernières paroles de Saint-Louis
Sur le point de mourir, songeant avec tristesse aux croisés qui l’avaient suivi sur la terre d’Afrique et qui, frappés, comme lui, de la peste, risquaient d’être massacrés ou faits prisonniers par les infidèles, le benoît roi tendit ses mains jointes au ciel et dit :
Beau sire Dieu, aie pitié de ce peuple qui demeure et conduis-le en son pays ; qu’il ne tombe point aux mains de l’ennemi et ne soit point contraint de renier Ton saint Nom.
Saint-Louis (1270)
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