L’immortalité de l’âme (1)

La négation de l’immortalité de l’âme est au cour de l’apostasie moderne. Il est donc nécessaire de rappeler les arguments-clés à ce sujet, d’en revoir les fondements indestructibles et de détruire les erreurs adverses. Nous nous appuierons pour cela sur le témoignage de la civilisation humaine, sur la réponse de la raison et sur celle de la foi.
1) Le  témoignage de la civilisation humaine
Aucun homme n’a jamais pu être indifférent devant la mort.  Même attendue, même désirée, elle surprend toujours et suscite une  protestation, un refus qui s’enracinent dans l’intense désir de vivre  inséparable de l’homme. A la disparition d’un être cher, plus encore à l’heure  où la mort nous appelle nous-mêmes, nous n’arrivons pas à comprendre ou à admettre que la mort soit le terme naturel de l’existence humaine.
Il n’y a pourtant aucune réalité qui soit si certaine que celle de notre mort. Si son jour est caché, sa venue ne fait pas de doute et il  serait insensé de se croire l’objet d’une exception à ce sujet. Tout homme est  condamné inéluctablement à disparaître après avoir fait un passage de quelques années, une centaine peut-être, sur notre planète. Rien en cela, semble-t-il,  de mystérieux ni d’étrange : comme d’autres êtres nous apparaissons puis après un certain temps nous disparaissons, laissant derrière nous d’autres hommes pour nous remplacer ; ceux-là s’effaceront également pour céder la place aux  générations futures qui transmettront le flambeau de la vie avant de s’évanouir  pour jamais.
Chaque jour, un demi-million d’êtres humains cessent d’exister : le soleil n’en continue pas moins de briller sur nos têtes ; bien  peu songent à la mort d’autrui, la vie se poursuit avec ses joies, ses peines  et ses soucis. Puis un matin, le soleil ne se lèvera plus pour nous : nous  serons morts.
L’homme se caractérise  par des rites funéraires
Ce fait qui, répétons-le, paraît si simple ne l’a jamais été pour l’homme. Face à la mort, celui-ci proteste de l’essentielle différence entre lui et les animaux. Les bêtes meurent comme nous, mais après leur mort  tout s’achève : le cadavre reste là et aucun des ses congénères ne s’en  préoccupe. Tandis que la dépouille mortelle d’un homme reste marquée d’un  caractère spécial et qu’elle est traitée selon certains rites particuliers. Toutes les civilisations sans exception ont eu le culte des morts et il  n’existe pas de signes plus certains du passage de l’homme en un lieu que l’existence d’un monument funéraire : le respect face à l’au-delà est ancré dans la nature humaine.
Aujourd’hui encore, dans nos pays si déchristianisés, la  fête religieuse la plus célébrée est le premier novembre, improprement  considérée comme le « jour des morts », où l’on va fleurir les tombes pour honorer ceux qui nous ont précédés et que nous avons aimés. Dans la patrie du  matérialisme historique elle-même, la dépouille embaumée de Lénine était l’objet d’un culte de vénération ininterrompu depuis sa disparition. Il  convient donc de nous arrêter sur ce phénomène singulier qui doit nous renseigner  sur l’idée que les hommes se font de la mort humaine.
Les rites  d’ensevelissement
Si les rites funéraires sont divers suivant les époques et  les civilisations, ils présentent néanmoins de nombreux caractères communs.  Tout d’abord, on prépare le corps : celui-ci est soit momifié, soit embaumé suivant divers procédés, quelquefois enduit de cire, ailleurs décharné et les os peints de couleur, ou simplement lavé et habillé de vêtements correspondants  à son rang dans la société. La crémation ou incinération est  également connue dans certaines  civilisations, mais elle suit des rites particuliers, et les cendres en sont soigneusement recueillies.
Après cela, le mort est amené à son lieu de repos  (n’oublions pas que le mot « cimetière » signifie étymologiquement « dortoir »)  : soit une fosse dans la terre, soit une grotte aménagée, un édifice, une  pyramide, un puits, sans jamais laisser la chose au hasard. Le mort doit dormir  dans la paix, aussi dès les temps primitifs les cadavres ont-ils été mis à l’abri des prédateurs. La plupart du temps, les monuments funéraires sont rassemblés en un même emplacement pour former une nécropole, laquelle constitue un espace sacré inaliénable.
Le défunt prend ainsi place dans le lieu qui lui a été préparé ; on l’installe dans une position déterminée et on l’entoure de divers  objets usuels, outils, aliments, parures, armes, monnaies, parfois animaux domestiques voire femme et serviteurs. Lorsqu’il est ainsi prêt pour le grand voyage, les vivants se préoccupent de protéger son sommeil par des inscriptions menaçant de la colère des dieux les violateurs des tombes, par des signes  magiques ou des emblèmes terrifiants.
Mais l’on est pas encore quitte envers le mort. Autour de sa  tombe, même longtemps après l’enterrement, des rites sont nécessaires : repas  funéraires, offrandes, libations, jeux en l’honneur du disparu, encens ou bien  en nos contrées cérémonie du 14 juillet devant le monument aux morts, entretien et fleurissement des tombes. Ce respect du corps n’est pourtant pas ignorance ; personne  ne peut se cacher que la corruption et la décomposition sont le lot fatal de ces restes. Même si, pour retarder cette destruction, certaines civilisations embaumaient leurs défunts, il n’y aurait eu là qu’un pis-aller, une tentative  désespérée s’il s’était agi de les soustraire à un processus biologique  inéluctable.
Le mort n’est pas  entièrement mort
En vérité, ces soins minutieux sont des rites  symboliques, c’est-à-dire les signes visibles d’une réalité invisible. A  travers eux, les vivants manifestent que le mort n’est pas absolument mort. Les  attentions pour cette dépouille mortelle ne sont pas destinées au corps  lui-même : elles signifient que l’être qui habitait ce corps l’a quitté lorsque celui-ci est mort, mais ne s’est pas éteint avec lui. Par les cérémonies significatives dont ils entourent l’enveloppe corporelle de celui qui les a quittés, les hommes attestent la persistance, au-delà même de la mort, de la vie humaine. Outre un corps physique, l’humanité a toujours cru en effet  qu’il y avait en nous un « souffle de vie », un « feu », un « esprit », ce  que nous appelons une « âme », et que cette âme ne s’éteignait pas avec le  corps mais poursuivait en un lieu inconnu une existence mystérieuse. Cette croyance universellement attestée en la vie future  constitue une preuve remarquable de la réalité de celle-ci. Ce qui a été cru  spontanément par toutes les civilisations, même les plus opposées et les plus  étrangères les unes aux autres, ne peut être en une telle matière qu’une vérité  fondée sur la nature humaine, un fait qui dépasse les différences accidentelles et ne s’explique raisonnablement que si les hommes ont la certitude absolue  d’une existence qui ne se limite pas à leur court passage sur la terre.
Le refus spontané de  la mort
D’ailleurs, il y a en nous une tendance native à  l’immortalité. Personne n’a jamais accepté la mort : celle-ci semble injuste,  cruelle. Nous la rejetons de toutes nos forces, n’admettant pas qu’elle brise nos espérances, annihile nos projets, efface notre influence, tranche sans pitié une existence que nous estimons à peine commencée. Il y a dans l’être  humain un désir de vivre que rien ne peut étouffer, qui persiste malgré les  souffrances, les échecs et les déceptions. Au fond de nous-mêmes se cache cette certitude que nous ne devons ni ne pouvons mourir. Lorsque le corps se délabre déjà, que nos énergies physiques déclinent, nous sentons encore notre âme  jeune, forte, entreprenante, désireuse de poursuivre sans fin son existence.
A cet incoercible désir de vivre toujours se joint le  sentiment de la profonde injustice du monde : non pas celle qui naîtrait de  l’inégalité sociale ou des différences économiques, mais l’injustice morale. Il est insupportable à l’homme de voir celui qui fait le mal vivre tranquille et honoré,  tandis que celui qui fait le bien souffre et est méprisé. N’est-ce pas pourtant  un état de fait quotidien ? Le mal, la cruauté, la lâcheté, le mensonge  triomphent avec impudence ; le vice est honoré, le crime impuni ; la bonté, le courage, la vérité sont persécutés odieusement sans qu’apparemment cela soulève de protestations. Notre conscience nous affirme qu’une telle situation est  violemment injuste, révoltante, qu’une anomalie aussi criante ne peut durer toujours, qu’un moment viendra où la vérité sera restaurée, les méchants punis et les bonnes gens récompensés. Cela n’a pas lieu, à l’évidence, sur la terre :  c’est donc que nous le verrons après cette courte existence, lorsque nous  aurons changé de rive.
L’être humain, dans sa vie quotidienne, a ainsi le désir naturel de vivre toujours et de voir, au-delà de son fugitif séjour terrestre,  la justice morale, aujourd’hui violée, restaurée en toutes choses. Si ce désir  est naturel et naît avant toute réflexion, n’est-ce pas parce qu’il est fondé sur la réalité de cette existence future qui nous apparaît spontanément comme nécessaire ?
Abbé Grégoire Célier (2007)
http://www.laportelatine.org/bibliotheque/apologetique/preuves/preuves.php
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