L’immortalité de l’âme (2)

La négation de l’immortalité de l’âme est au cœur de l’apostasie moderne. Il est donc nécessaire de rappeler les arguments-clés à ce sujet, d’en revoir les fondements indestructibles et de détruire les erreurs adverses. Nous nous appuierons pour cela sur le témoignage de la civilisation humaine, sur la réponse de la raison et sur celle de la foi.
2) La réponse de la raison
La permanence de notre être au-delà de la mort, la philosophie classique, celle de Platon, d’Aristote, de saint Augustin, qu’a illustrée avec tant d’éclat au Moyen-Age saint Thomas d’Aquin, philosophia perennis qui est, selon le mot de Bergson, « la métaphysique naturelle de l’esprit humain », cette permanence, disons-nous, la philosophie l’établit avec certitude. Traçons, en quelques lignes, les linéaments de cette démonstration.
Nous voyons d’abord que notre corps est composé de parties bien diverses, membres, organes, cellules, etc. Or, tout cela ne forme qu’un seul être, une seule réalité. Il n’y a pas « un » bras, « une » jambe, mais « mon » bras, « ma » jambe, qui font partie de mon corps, qui sont mon corps. Lorsque nous mettons la main dans le feu, nous ne disons pas « la main s’est brûlée » mais « je me suis brûlé », car toute action d’un organe est attribuée à ce quelque chose qui est moi-même.
L’âme, principe d’unité de l’homme
Il faut donc qu’il y ait en nous un principe qui nous constitue comme un seul être, qui fait que nous sommes nous-mêmes, personnes humaines et non agrégats de cellules. Ce principe qui organise notre être, qui le rassemble, qui le fait exister comme un seul individu, nous l’appelons l’âme. A la mort, lorsque ce principe unificateur disparaît, bien que les organes soit présents et dans le même état, l’homme n’est plus un tout organisé qui existe et agit, mais un cadavre qui va se dissoudre en peu de temps.
Au contraire, durant notre vie, notre corps change sans cesse et même, au dire des biologistes, nos cellules sont entièrement renouvelées en quelques années sans qu’il en reste une seule du corps primitif. Nous sentons pourtant que nous sommes le même homme, que nous avons gardé le même corps et non pas acquis un corps étranger : ceci parce que notre âme s’est conservée identique sous les divers changements.
Un principe d’unité doit être un lui-même
Cette âme est-elle, ainsi que le corps, composée de parties ? Nous venons de la définir comme le principe unificateur et organisateur du corps composé. Ce qui unifie doit lui-même être un, c’est l’évidence, car ce qui est divers tend à agir de façon diverse. Notre pied et notre œil n’agissent pas selon un mode comparable, l’un marche et l’autre voit, et si tous deux tendent vers un but unique (par exemple monter dans l’autobus), c’est parce que notre âme réunit ces mouvements divers par eux-mêmes en une seule action. Etant principe d’unité, notre âme ne peut être divisée, sinon il lui faudrait encore à elle-même un principe d’unité, et ainsi à l’infini. Elle est donc une, simple, sans partie, indivisible.
De quelle nature est cette âme indivisible ? Elle n’est pas matérielle car tout ce qui est matériel est divisible. Est-elle cependant liée à la matière de telle sorte que, au moment de sa séparation d’avec elle, elle cesse d’exister ? En d’autres termes, à la mort notre âme indivisible disparaît-elle parce qu’elle n’a plus de corps à organiser et à vivifier ? Il faut pour trancher une telle question étudier succinctement l’activité de l’âme humaine et de ses facultés.
L’activité de l’intelligence est indépendante de la matière
Prenons l’intelligence : nous percevons par elle des réalités qui sont non pas matérielles mais immatérielles ; universelles et non singulières ; éternelles et non temporelles ; en dehors du lieu et non localisées. Nous avons par exemple dans l’esprit les notions de cause, de nécessaire, de vertu, d’infini, de droit, d’être, de connaissance, de liberté, de logique, etc. Rien en tout cela de matériel ou de singulier. Des causes ou des êtres, nous en avons rencontrés de toutes les sortes et lorsque nous pensons à l’idée de cause ou d’être, ce n’est pas à telle cause particulière, à tel être déterminé, mais à la cause en général et à tout être. Ni la cause, ni l’être ni aucune des notions de ce genre n’ont de poids, de volume, de lieu ni de matière.
Il faut en dire autant d’une proposition comme le théorème de Pythagore, par exemple : « Dans un triangle rectangle, le carré de l’hypoténuse est égale à la somme des carrés des deux autres côtés. » Lorsque Pythagore fit cette découverte il y a plusieurs milliers d’années, il se servait peut-être d’un triangle tracé sur le sable. Depuis ce jour, d’innombrables élèves ont dessiné des triangles sur des tableaux noirs pour illustrer ce théorème. Or, quelle que soit la figure, en tous les lieux et temps, et même si, sans le tracer, je ne fais que penser au triangle, le théorème reste toujours vrai, il l’était il y a mille ans, il le sera dans mille ans, car il est une propriété nécessaire du triangle et non de tel triangle qu’a esquissé Pythagore sur le sol de Crotone. Ce théorème se vérifie indéfiniment dans tous les triangles rectangles possibles parce qu’il est une qualité propre du triangle en général, en dehors de toute matière, de tout lieu et de tout temps.
Notre intelligence conçoit donc et connaît certaines notions, relations et raisonnements en dehors de toute matière. S’il en est ainsi, c’est que notre intelligence n’est pas elle-même matérielle, car elle doit avoir les mêmes propriétés que ses actes.
L’intelligence a la capacité de devenir autre qu’elle-même
Une autre preuve de son indépendance vis-à-vis de la matière s’énonce comme suit. Un corps matériel peut devenir autre chose que sa nature mais il doit cesser d’être ce qu’il était auparavant. Ainsi le bois peut devenir de la cendre mais il cesse alors d’être du bois. L’eau à 100° devient de la vapeur mais en perdant son caractère liquide, etc. Aucun corps ne peut se transformer en un autre et rester simultanément le même.
Notre intelligence, elle, devient tous les objets qu’elle connaît sans perdre sa nature propre. J’ai dans l’esprit, quand je les pense, les arbres, les fleurs, le soleil, le ciel. Je ne me suis pas pour autant transformé en un arbre ni en une fleur. Mon intelligence est restée ce qu’elle était et pourtant elle est devenue arbre ou fleur, soleil ou ciel. Comme une telle plasticité est impossible aux corps matériels, nous en concluons que notre intelligence est supérieure à ceux-ci.
Complétons notre analyse. Un corps ne peut se replier totalement sur lui-même. Notre œil, quoiqu’il soit un organe très perfectionné, ne peut se voir lui-même. Cela est dû à la matière qui conserve toujours une certaine épaisseur, laquelle empêche le repliement total. Au contraire, notre intelligence peut se replier sur elle-même. Sans cesser de réfléchir, nous saisissons que nous sommes en train de penser. On appelle ce phénomène spontané la conscience : nous avons conscience de nos actions même pendant que nous les accomplissons, nous avons conscience de nos désirs, nous avons conscience de nos pensées. Cette complète réflexion de l’intelligence sur elle-même prouve que celle-ci n’a pas d’épaisseur, qu’elle est immatérielle.
L’activité de la volonté est indépendante de la matière
Si nous examinons maintenant la volonté, nous remarquons également qu’elle se situe au-dessus de la matière. Les corps sont déterminés naturellement à une seule fin, les organes ne peuvent accomplir que certaines fonctions, même les animaux les plus perfectionnés sont, par leur instinct, entièrement dépendants des conditions et des déterminations préalables. Mais la volonté de l’homme est absolument au-dessus des conditions où l’homme évolue : quand tout l’incline en un sens, celui-ci reste libre de se déterminer en un autre sens ; et lorsqu’il fait librement un acte, il sent qu’il pourrait librement en faire un autre.
Les actes de l’homme sont imprévisibles, ainsi que l’expérience le manifeste, car les causes préalables influent, inclinent mais ne déterminent pas. Dans nos décisions vraiment libres, nous sentons que ce ne sont pas notre hérédité, notre éducation, notre tempérament, pas même les circonstances qui font le choix ultime, mais notre liberté, au-dessus de tous les conditionnements, qui opte sans être nécessitée. Dépassant et pouvant même contrarier les facteurs matériels, notre volonté libre se place donc en dehors de la matière.
L’âme est indivisible et immatérielle, donc immortelle
Si la volonté comme l’intelligence sont immatérielles, il est clair que l’âme qui en est le sujet est également supérieure à la matière. Si l’âme est telle, elle ne dépend pas du corps et en se séparant de lui ne cesse pas d’exister. Nous avons vu plus haut que l’âme est indivisible : nous en avons d’ailleurs conclu qu’elle ne peut se détruire en elle-même mais seulement, éventuellement, en relation avec la matière. Or, nous venons de constater que tel n’est pas le cas. Il reste à avouer que l’âme humaine est indestructible absolument, qu’à la mort du corps elle continue à vivre : l’âme est immortelle.
Le philosophe ajoute que Dieu, infiniment juste et équitable, doit récompenser le bien et punir le mal. Puisque l’âme ne meurt pas et que la justice parfaite à laquelle l’homme aspire naturellement n’existe pas en ce bas monde, la raison nous contraint d’affirmer que Dieu opèrera ce redressement après la mort, mais d’une façon qui reste bien mystérieuse.
Abbé Grégoire Célier (2007)
http://www.laportelatine.org/bibliotheque/apologetique/preuves/preuves.php
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