Sursum corda

Il existe, mes très chers frères, une différence entre les plaisirs du corps et ceux de l’âme ; les premiers allument en nous un violent désir, tant qu’on ne les a pas éprouvés ; en fait-on l’expérience, ils engendrent incontinence ; en celui qui les savoure, le dégoût et le rassasiement. C’est tout le contraire pour les plaisirs de l’âme : inconnus, ils déplaisent ; ressentis, ils nous charment.
Le désir des premiers a un attrait que l’expérience dissipe ; le désir des seconds est faible, l’expérience le fait grandir. L’appétit pour ceux-là mène à la satiété et la satiété engendre le dégoût ; l’appétit pour ceux-ci conduit au rassasiement, et le rassasiement enfante l’appétit.
Les délices spirituels accroissent le désir dans l’âme tout en la rassasiant, car plus elle en savoure les douceurs mieux elle comprend avec quelle intensité il faut les aimer. Aussi, impossible de les aimer tant qu’elles sont inconnues ; on ne sait pas leur douceur, et comment aimer ce qu’on ne connaît pas ?
Saint Grégoire le Grand (540 – 604) – choix d’ homélies à l’usage de la jeunesse 
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