L’Eglise et la tolérance

On confond d’ordinaire deux choses essentiellement distinctes : l’intolérance en fait de doctrine et l’intolérance en fait de personnes ; et, après avoir tout mêlé, on fait l’indigné, on crie à la dureté, à la barbarie !
Si l’Église enseignait ce qu’on prétend qu’elle enseigne, oui, elle serait dure et cruelle, et l’on aurait grand peine à la croire. Mais il n’en est rien. L’Église n’est intolérante que dans la mesure juste, vraie, nécessaire.
Pleine de miséricorde pour les personnes, elle n’est intolérante que pour les doctrines. Elle fait comme DIEU, qui, en nous, déteste le péché et aime le pécheur.
L’intolérance doctrinale est le caractère essentiel de la vraie religion. La VÉRITÉ, en effet, qu’elle est chargée d’enseigner, est absolue, est immuable. Tout le monde doit s’y adapter ; elle ne doit fléchir devant personne. Quiconque ne la possède point, se trompe. Il n’y a point de transactions possibles avec elle ; c’est tout ou rien. Hors d’elle, il n’y a que l’erreur.
L’Église catholique seule a toujours eu cette inflexibilité dans son enseignement. C’est la preuve la plus frappante peut-être de sa vérité, de la divine mission de ses Pasteurs. Indulgente pour les faiblesses, elle ne l’a jamais été, elle ne le sera jamais pour les erreurs.
« Si quelqu’un ne croit point ce que j’enseigne, dit-elle dans les règles de foi formulées par ses conciles, qu’il soit anathème ! ». C’est-à-dire, retranché de la société chrétienne. La vérité seule parle avec cette puissance.
Les gens qui accusent l’Église de cruauté à propos de l’intolérance qu’ils lui prêtent, ont-ils lu dans le Contrat social de Rousseau, le grand apôtre de la tolérance, cette touchante maxime : « Le souverain peut bannir de l’État quiconque ne croit pas les articles de foi de la religion du pays … Si quelqu’un, après avoie reconnu publiquement ces mêmes dogmes, se conduit comme ne les croyant pas, QU’IL SOIT PUNI DE MORT ! » (Livre IV, chap. VIII.) Quelle tolérance ! ! ! Il faut avouer que l’Église s’y entend mieux que ceux qui veulent lui en remontrer.
Mgr de Ségur – Réponses courtes et familières aux objections les plus répandues contre la religion (1850)
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