Les protestants ne sont pas nos frères !

Nîmes – 14 juin 1790. Récit du massacre de capucins catholiques par des  protestantes révolutionnaires.
A 2 heures et demie, au moment où les religieux achevaient le chant des Vêpres, un sapeur s’avance vers la porte du couvent, la hache à la main. Le premier coup retentit. Le P. Antoine paraît à la fenêtre, et, avec sa bonté coutumière, il demande ; « Messieurs, que voulez-vous ? on vous ouvrira. » Il lui est répondu grossièrement : « Ouvre donc, J. F., nous voulons nous mettre à couvert. » Et des hommes armés de fusils le couchent en joue.
Le P. Pascal, de Saint-Laurent, paraît aussi ; prévoyant ce qui allait arriver, il veut essayer de sauver le dépôt de messes confié à sa sollicitude. On s’est fait depuis une arme de ce geste dicté par la piété.
Pendant ce temps, la porte du couvent, fracassée à coups de hache, cédait ; les armes à feu sont dirigées contre les fenêtres avec un bruit pareil à une décharge d’artillerie, et la foule se précipite dans le couvent pour piller et massacrer. La plupart des religieux échappèrent providentiellement. Quelques-uns se cachèrent sous la voûte de l’église, d’autres, dans le clocher, et plusieurs se blottirent sur les lambris du plafond des cellules. Au Luxembourg, une famille protestante fut émue de la situation tragique des Capucins ; une échelle fut aménagée entre les toits pour faciliter leur fuite ; quelques religieux purent escalader le mur de derrière.
La foule se répandit dans le couvent. La sacristie fut pillée. L’archiviste du couvent a tracé le tableau de la dévastation. Aucune fermeture, vitre ou armoire, ne resta en entier. Les tableaux furent lacérés, et le crucifix mutilé. Après avoir ouvert les crédences, on enleva quatre calices, deux ciboires, dont l’un appartenait au Tiers-Ordre. Deux ostensoirs seuls échappèrent au pillage, mais l’un fut absolument mis hors d’usage et l’autre eut sa croix endommagée ; des ornements sacrés, il ne resta plus que des lambeaux.
L’église fut également profanée. Entendant les religieux marcher au-dessus de la voûte, les envahisseurs déchargèrent leurs armes contre la voûte et après la Bagarre, on put constater les marques laissées par cette décharge d’armes à feu. Un confessionnal fut enfoncé, la lampe de la Vierge descendue. D’ailleurs, les religieux survivants à la Bagarre ont témoigné que les mêmes profanations se sont renouvelées dans la dévastation du couvent; les images des Saints furent lacérées et les crucifix brisés. Des coups de fusil furent tirés à une statue de la Vierge qui se trouvait dans le chœur.
La première victime immolée fut le Père Benoît, de Beaucaire, religieux prêtre, âgé de 58 ans. La scène sanglante est facile à reconstituer. En entendant le vacarme effroyable causé par l’irruption de la foule, le Père se précipita, avec une étole, pour enlever le Saint Sacrement et éviter une profanation. Il n’en eut pas le temps. Déjà le chef huguenot, l’épée à la main, s’apprête à l’égorger. Tout entier à la pensée d’éviter une profanation, le Père s’écrie : « Laissez-moi consommer mes hosties. » Le meurtrier répond : « Je te donne cinq minutes. »
Alors le Père s’incline sur l’autel et se hâte-de consommer les saintes Espèces ; mais, les cinq minutes sont écoulées. Une détonation retentit, et pour comble d’impiété, le huguenot jugule de son épée le Père qui avait encore la bouche pleine d’hosties. Le sang jaillit et inonde la visière de l’autel (Yoculus qui se trouve au milieu) et que l’on peut voir encore dans l’église de Sainte-Perpétue.
Le cadavre du Père Benoît fut trouvé dans le corridor qui allait de la chapelle de la Sainte Vierge à la sacristie, soit que le Père ait essayé de se traîner pour avertir ses confrères, soit, ce qui est plus vraisemblable, que la vue du cadavre au milieu de l’église ait été jugée compromettante. Toujours est-il qu’une sentinelle, placée dans le couvent le lendemain, déclara avoir vu le corps de la victime, la bouche pleine d’hosties.
La seconde victime, le Père Siméon de Sénilhac, était âgée de 44 ans. Il fut massacré dans sa cellule, auprès de son lit. Il semble qu’il devait être à genoux la tête appuyée sur le chevet, car le chevet était tout ensanglanté.
La troisième victime fut le jeune Père Séraphin, de Nîmes, dont nous reproduisons le portrait. C’est lui qui fut le plus cruellement traité. Il fut frappé dans sa cellule, où des taches de sang furent remarquées en différents endroits. La suite de ce récit horrible nous apprend que ce pauvre Père fut horriblement mutilé. « On trouva, dit l’archiviste du couvent, un grand gouffre de sang devant la porte de sa cellule. »
Le Frère Célestin, jeune novice de 22 ans, fut massacré également avec une grande sauvagerie. Le Père Dorothée, le Frère Sylvestre et le Frère Ignace, cachés dans le voisinage de la cellule du Frère Célestin, jugèrent que les meurtriers y entraient. Ils les entendirent qui disaient à ce frère, agenouillé devant eux : « Lève-toi, dis-nous où sont les autres ». Le Frère s’y refusa, car les mêmes témoins entendirent encore : « Tu ne veux pas te lever?  Parle ou je te tue », et un coup de feu retentit. L’archiviste a suivi la trace du sang du Frère Célestin ; il en a trouvé près des commodités, près de la bibliothèque et enfin le corps est resté au sommet de l’escalier qui conduit au chœur.
Les bourreaux devaient s’acharner sur une dernière victime. Les Pères, cachés sur les lambris, entendaient la foule vociférer, blasphémer et mettre tout au pillage, à la dévastation ; tout était renversé et brisé. Quelques-uns disaient : « Il faut voir la fin de tous ces J. F. ; ils sont bien plus nombreux ». D’autres se vantaient de leur férocité et de leurs prétendus exploits. Plusieurs ajoutaient : « C’est être bons patriotes, amis de la Constitution, que de faire ce que nous faisons ».
La dernière victime fut le frère Fidèle, d’Annecy, vieillard de 82 ans. L’abbé Guillon, dans ses Martyrs de la Foi, narre le récit du meurtre sacrilège. «Le Frère Fidèle, né à Annecy, en Savoie, l’an 1715, avait vieilli dans la pratique des humbles et pénibles devoirs de son état. Le temps et ses travaux étaient venus l’accabler d’infirmités. Perclus de paralysie, et d’ailleurs sourd et aveugle, il ne pouvait plus sortir de son lit, quand les ennemis de la religion se portèrent aux plus violents excès, dans cette ville, le 14 juin 1790, et choisirent des victimes dans le monastère des Capucins. Non contents d’y avoir massacré quatre autres religieux qu’ils avaient rencontrés dans l’église ou le cloître, ils se portèrent avec la même fureur dans les cellules des religieux. En pénétrant dans celle du Frère Fidèle, ils ne se sentirent point touchés à la vue de cet infortuné et le hachèrent à coups de sabre sur son lit. Tant de barbarie ne put même assouvir leur férocité. Comme s’ils eussent craint, à l’exemple des persécuteurs des premiers chrétiens, que les ossements du saint Martyr ne devinssent un objet de vénération pour les catholiques, ils résolurent de brûler son corps».
Heureusement, le Frère Ignace s’aperçut à temps de la fumée qui s’échappait de la cellule du Frère Fidèle. Le feu avait été mis à la paillasse au moment où la foule se retirait ; le Frère se précipita et jeta la paillasse enflammée dans la cour. Le corps du Frère Fidèle fut alors trouvé un peu à côté et la tête sur les planches du lit.
Des détails inouïs d’horreur ont été conservés dans les mémoires du temps. Après le meurtre du Frère Fidèle, les barbares se rendirent à la pharmacie du couvent. Ils se gorgèrent d’angélique et ils se félicitaient mutuellement en disant : « Le barbu, l’avons-nous bien traité ? Buvons à sa santé ». Le Conseil municipal signale les honteuses atrocités exercées sur les cadavres des victimes. Le rédacteur de la pièce Anniversaire du massacre des Catholiques de Nîmes ajoute : « Après ces exécrables assassinats, il fut fait un repas chez M. Chabaud, près le nouveau théâtre, où les mâchoires inférieures et les barbes des malheureux capucins mutilés furent mises dans un plat sur la table ».

Premières victimes religieuses de la Révolution – Anonyme (1916)

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