La mort du corps est moins terrible que celle de l’âme

lumsoixanteIl est bien certain que la mort des saints dans leur lit ou sur un champ de bataille est précieuse aux yeux de Dieu, mais je la trouve d’autant plus précieuse sur un champ de bataille qu’elle est en même temps plus glorieuse.
Quelle sécurité dans la vie qu’une conscience pure ! Oui, quelle vie exempte de trouble que celle d’un homme qui attend la mort sans crainte, qui l’appelle comme un bien, et la reçoit avec piété. Combien votre milice est sainte et sûre, et combien exempte du double péril auquel sont exposés ceux qui ne combattent pas pour Jésus-Christ !
En effet, toutes les fois que vous marchez à l’ennemi, vous qui combattez dans les rangs de la milice séculière, vous avez à craindre de tuer votre âme du même coup dont vous donnez la mort à votre adversaire, ou de la recevoir de sa main, dans le corps et dans l’âme en même temps.
Ce n’est point par les résultats mais par les sentiments du cœur qu’un chrétien juge du péril qu’il a couru dans une guerre ou de la victoire qu’il y a remportée, car si la cause qu’il défend est bonne, l’issue de la guerre, quelle qu’elle soit, ne saurait être mauvaise, de même que, en fin de compte, la victoire ne saurait être bonne quand la cause de la guerre ne l’est point et que l’intention de ceux qui la font n’est pas droite.
Si vous avez l’intention de donner la mort, et qu’il arrive que ce soit vous qui la receviez, vous n’en êtes pas moins un homicide, même en mourant ; si, au contraire, vous échappez à la mort, après avoir tué un ennemi que vous attaquiez avec la pensée ou de le subjuguer ou de tirer quelque vengeance de lui, vous survivez sans doute, mais vous êtes un homicide : or il n’est pas bon d’être homicide, qu’on soit vainqueur ou vaincu, mort ou vif, c’est toujours une triste victoire que celle où on ne triomphe de son semblable qu’en étant vaincu par le péché, et c’est en vain qu’on se glorifie de la victoire qu’on a remportée sur son ennemi, si on en a laissé remporter une aussi sur soi à la colère ou à l’orgueil.
Il y a des personnes qui ne tuent ni dans un esprit de vengeance ni pour se donner le vain orgueil de la victoire, mais uniquement pour échapper eux-mêmes à la mort. Eh bien ! je ne puis dire que cette victoire soit bonne, attendu que la mort du corps est moins terrible que celle de l’âme ; en effet celle-ci ne meurt point du même coup qui tue le corps, mais elle est frappée à mort dès qu’elle est coupable de péché.
Saint Bernard (1090 – 1153) – Louange de la Nouvelle Milice des Chevaliers du Temple
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