Revenir au sens sacré de la Sainte Ecriture

lasaintebibleUne école catholique moderne, très en vogue, s’efforce de promouvoir une exégèse nouvelle, imitée de la Critique supérieure des rationalistes, empruntée, par conséquent, aux pires ennemis de la Religion.
Cette méthode, quelle que soit la bonne foi des écrivains orthodoxes qui la mettent en œuvre, s’appuie sur des principes féconds en théories malsaines et en conséquences pernicieuses, non seulement pour l’exégèse elle-même, mais encore et surtout pour la foi, particulièrement pour la foi des idées sacerdotales.
L’un des plus grands dangers et l’un des fruits les plus amers de la méthode nouvelle, c’est de détourner les prêtres de l’exégèse vraie, de l’étude doctrinale des Saintes Lettres, pour les absorber dans les recherches et les préliminaires historiques ou philologiques, dans les questions extrinsèques d’érudition, de critique et de controverse.
Nous dirons de la Sainte Écriture ce qu’il faut dire de toute science sacrée : elle doit être d’abord et principalement la recherche du sens dogmatique, l’étude du surnaturel pour l’alimentation du sacerdoce et la fécondité de son apostolat.
Or, – nous sommes obligé de le constater, – l’Écriture n’est plus étudiée pour elle-même ; beaucoup trop de prêtres négligent de donner aux Saintes Lettres, surtout aux Évangiles et aux Épîtres de saint Paul, la place souveraine que Dieu lui-même attribue à Sa parole révélée, dans la vie surnaturelle de l’Église.
On s’attarde démesurément – ici comme partout dans les études sacrées – aux préambules de la science ; l’accessoire est substitué au principal, et l’ignorance du sens, du texte même de l’Écriture, envahit le clergé. Dès lors, comment s’étonner si la masse du peuple chrétien demeure si étrangère aux leçons de l’Évangile, elle qui attend, par la parole de ses prêtres, l’aliment surnaturel – cibum æternitatis ?
Assurément, la science de l’Écriture, comme toute autre science sacrée, n’échappe pas à cette loi universelle des sciences, qu’elles doivent s’approprier aux besoins spéciaux de chaque époque ; même, à ce point de vue, l’Apologétique, la Critique historique, la Philologie, ont marqué un progrès dans l’étude de la Bible.
Mais, nous osons l’affirmer, l’exégèse moderne est loin d’avoir répondu à ce que réclament impérieusement aujourd’hui le clergé et le peuple chrétien – nous voulons dire des principes doctrinaux très solides, un sens surnaturel très éclairé.
Peu importent les théories d’Allemands ou de rationalistes irréductibles, peu importent les subtilités grammaticales et les arguments extrinsèques, échafaudés souvent sur des pointes d’aiguilles, si la pensée divine n’est plus la grande préoccupation de l’exégète, si la parole inspirée ne livre plus au prédicateur de l’Évangile les trésors de la doctrine qui éclaire et qui sauve !
Et pourtant, nombre d’écrivains, de professeurs, de prêtres, se livrent actuellement, chez nous, à un labeur faux et incompatible avec l’esprit de l’Écriture, à une recherche tout humaine, trop rationaliste, propre à stériliser la science la plus féconde – Dieu et l’homme.
La recherche du sens dogmatique est délaissée, alors qu’il faudrait attirer, sur ce point fondamental, les facultés et les efforts du prêtre ; car, en définitive, une fois ce sens trouvé, ne possède-t-on pas tout puisque, dans l’ordre surnaturel, le dogme est la source de tout bien pour la vie sacerdotale et pour l’apostolat ?
Ce que nous disons de l’exégèse en général, appliquez-le surtout aux Épîtres de saint Paul. Elles donnent la synthèse de l’enseignement biblique et sont, par excellence, le livre du sacerdoce, le répertoire de la doctrine, l’arsenal de l’apostolat. Aussi, n’est-ce pas sans une profonde tristesse, que nous voyons l’étude de saint Paul délaissée ou amoindrie par plusieurs de nos écoles théologiques.
Si le prêtre vit de la foi, il doit vivre beaucoup aussi de saint Paul. A fréquenter LE MAÎTRE DES MAÎTRES, toujours il renouvellera sa doctrine sans l’épuiser jamais ; au contact de son âme de feu, son coeur sera dévoré des ardeurs du zèle ; enfin, l’intimité du grand apôtre créera en lui un état surnaturel, un sens divin, un rayonnement intellectuel plus puissant que tous les raisonnements d’une science rationaliste.
Abbé Augustin AUBRY, Prêtre du Diocèse de Beauvais. Dreslincourt, le 8 décembre 1901.
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