Gog et Magog, les deux visages de la Bête

clip-image0026Nous avons déjà parlé du « corps mystique de l’Antéchrist ». Ce corps mystique apparaît, dans l’Apocalypse, sous le nom de la Bête.
Autant le corps mystique du Christ est beau et harmonieux, autant la Bête est hideuse, difforme et compliquée.
La Bête survit aux hommes qui la constituent sur la terre et qui lui apportent seulement leur éphémère contribution. Elle va d’ailleurs en grossissant et n’atteindra ses dimensions définitives qu’à l’avènement de l’Antéchrist dont elle n’est que le véhicule et l’organe de préparation.
La Bête est constituée par tous les artisans de la puissance terrestre de Satan : les mauvais rois, les faux prophètes et leurs fidèles. Elle est l’ensemble des mauvais princes et des fausses religions, c’est pourquoi elle est si grande et si difforme. L’une de ses monstruosités est d’être double. Elle se présente alternativement, et même simultanément quelquefois, sous l’aspect de Gog et sous celui de Magog.
Le mot « Gog » a le sens de « toiture ». Il désigne les forces sataniques couvertes, c’est-à-dire dissimulées, les forces que l’on a des difficultés à identifier comme mauvaises. Gog a donc le sens de ruse.
Magog signifie « sans toiture » c’est-à-dire sans dissimulation. Il désigne les forces ouvertement hostiles à Dieu et à son Oint. Magog a donc le sens de violence cynique et affichée.
Concernant le sens que l’on peut donner à Gog et à Magog, saint Ambroise s’exprime ainsi : « par Gog, qui s’interprète toiture, sont désignés ceux qui cachent leur malice, paraissant justes aux yeux des hommes, alors qu’ils sont méchants dans leur esprit. Par Magog, qui s’interprète “ sortant du toit ”, sont désignés ceux qui, se répandant hors du toit de leur cœur en malices ouvertes, montrent aux yeux de tous qu’ils sont impies ».
Et c’est bien ce que l’on remarque, en effet, sur la terre. Le démon agit toujours en alternant ou en associant la ruse et la violence. Deux chapitres d’Ézéchiel sont entièrement consacrés à Gog et Magog, les chapitres XXXVIII et XXXIX. Dieu parle à Gog et lui dit : « En ce jour-là, des pensées s’élèveront dans ton cœur, et tu concevras un mauvais dessein. Tu diras : Je monterai contre un pays ouvert ; je viendrai vers ces gens tranquilles qui habitent en sécurité, qui ont des demeures sans murailles, qui n’ont ni verrous ni portes » (Ézech. XXXVIII, 10-11).
Telle est l’activité de Gog, couverte et dissimulée, qui s’empare sournoisement des demeures sans serrures.
Magog est, à l’origine, le nom de l’un des sept fils de Japhet. Le prophète Ézéchiel l’emploie dans un autre sens. Il en fait le pays qui sert de refuge à Gog et d’où il s’élance à la tête de ses peuples. Dans sa marche conquérante, Gog le rusé, prend comme point de départ Magog, le pays de la violence. Les chapitres XXXVIII et XXXIX d’Ézéchiel sont à lire attentivement ; ils fournissent une vue prophétique sur les grandes guerres mondiales modernes.
La ruse et la violence apparaissent aussi, mais sous un autre nom et sous une autre forme, dans le livre de Job. Ce livre, l’un des plus anciens de l’Écriture Sainte, décrit deux Bêtes : Béhémoth, la bête violente qui correspond au génie de Satan homicide, et Léviathan, la bête rusée qui correspond à son génie du mensonge.
Béhémoth habite sur la terre ferme. C’est un énorme animal qui est bâti en vue d’exercer une force brutale : « Vois Béhémoth, il se nourrit d’herbe, comme le taureau. Vois donc, sa force est dans ses reins, et sa vigueur dans les muscles de ses flancs. Il dresse sa queue comme un cèdre ; les nerfs de ses cuisses forment un solide faisceau… Les montagnes produisent pour lui du fourrage ; autour de lui jouent toutes les bêtes des champs… Est-ce en face que l’on pourra le saisir avec des filets et lui percer les narines ? » (Job XL, 15-24) ?
L’écrivain sacré nous fait bien remarquer la puissance surhumaine de cette gigantesque bête. Il n’est pas question de la vaincre avec des moyens seulement humains.
Léviathan est conçu sur un tout autre modèle. C’est un monstre aquatique, il vit dans la mer et il cache sa force sous une séduction resplendissante : « Tireras-tu Léviathan avec un hameçon et lui serreras-tu la langue avec une corde ? Lui passeras-tu un jonc dans les narines ? Joueras-tu avec lui comme avec un passereau ? L’attacheras-tu pour amuser tes filles ?… Je ne veux pas passer sous silence la force de ses membres, l’harmonie de sa structure… Superbes sont les lignes de ses écailles, comme des sceaux étroitement serrés… Ses éternuements font jaillir la lumière, ses yeux sont comme les paupières de l’aurore… Son cœur est dur comme la pierre, dur comme la meule inférieure… Il fait bouillonner l’abîme comme une chaudière, il fait de la mer un vase de parfum. Il laisse après lui un sillage de lumière… Il regarde en face tout ce qui est élevé, il est le roi des plus fiers animaux » (Job XLI, 1-26).
Léviathan est véritablement l’image de Satan travesti en ange de lumière : cœur dur et arrogant mais qui s’entoure d’harmonie, d’aurore et de parfum. Ces deux symboles bibliques de Béhémoth et Léviathan ne sont pas de vaines images. Il s’est effectivement rencontré, au cours de l’histoire, beaucoup de mauvais rois et de « docteurs de mensonge » qui ont été, pour le peuple de Dieu, spirituellement mais réellement, des Béhémoth et des Léviathan.
Jean Vaquié – Abrégé de démonologie (1988)
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