La Sainte Inquisition fut vécue comme une délivrance

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[voir aussi : la vérité sur les mensonges historiques dont l’Eglise est victime : ici]
Contre l’imagerie traditionnelle colportée par les protestants anglais et les philosophes français qui fait de l’Inquisition espagnole l’horreur absolue, on rappelle que ses victimes se comptent au nombre de quelques milliers en l’espace de trois siècles… (Jean Sévillia).
L’iconographie utilisée dans tous les manuels scolaires d’histoire amplifie en effet la légende noire de l’Inquisition, lancée par les encyclopédistes au XVIIIe s.
En 2001, une revue présente le « Livre noir de l’Inquisition », accompagné de ce sous-titre : « Chasse aux sorcières et aux cathares. Portrait d’un fanatique: Torquemada. La torture et l’aveu ». Sur les dix-sept illustrations du dossier, sept représentent un bûcher ou une scène de torture. Par un étrange raccourci, l’ensemble se clôt sur une allusion à l’action de l’armée française pendant la guerre d’Algérie (L’Histoire, novembre 2001).
Parce qu’elle est totalement antinomique, du moins en matière religieuse, avec l’esprit contemporain, non seulement l’Inquisition est aujourd’hui inintelligible, mais elle prête de plus en plus le flanc à tous les amalgames (Jean Sévillia, Historiquement correct, Pour en finir avec le passé unique, Perrin, Saint-Amand-Montrond 2003, p. 61).
En 1903, lorsque le parti républicain prépare la loi qui aboutira, en 1905, à la séparation de l’Église et de l’État, rappeler les excès de l’Inquisition médiévale, était pour le camp laïque une arme commode contre le ‘fanatisme religieux’… Or, cette conduite n’est pas juste car elle ne tient pas compte de l’état de la société à cette époque et élimine toute contextualisation.
Au sens où l’entend le xxe siècle, l’Inquisition est intolérante. Mais au Moyen Âge, ce qui n’est pas toléré, c’est l’hérésie ou l’apostasie de la foi catholique : les fidèles des autres religions ne sont pas justiciables de l’Inquisition.
Replacer l’Inquisition dans son contexte
L’anachronisme
En histoire, le péché majeur est l’anachronisme. Si l’on juge l’Inquisition d’après les critères intellectuels et moraux qui ont cours au XXe siècle, et spécialement d’après la liberté d’opinion, il est évident que ce système est révoltant. Mais au Moyen Âge, il n’a révolté personne…
Il ne faut pas oublier le point de départ de l’affaire : la réprobation suscitée par les hérétiques, l’indignation inspirée par leurs pratiques et leur révolte contre l’Église. Si surprenant que cela soit, les hommes du XIIIe siècle ont vécu l’Inquisition comme une délivrance. La foi médiévale n’est pas une croyance individuelle : la société forme une communauté organique où tout se pense en termes collectifs. Renier la foi, la trahir ou l’altérer constituent donc des fautes ou des crimes dont le coupable doit répondre devant la société. Conforme à l’interdépendance du temporel et du spirituel qui caractérise l’époque, l’Inquisition représente, explique Régine Pernoud, « la réaction de défense d’une société à qui la foi paraît aussi importante que de nos jours la santé physique ».
Aux yeux des fidèles, l’Église exerce légitimement son pouvoir de juridiction sur les âmes. Pour le comprendre, osons une analogie : au Moyen Âge, l’adhésion remportée par la répression de l’hérésie peut être comparée au consensus politique et moral qui, de nos jours, condamne le nazisme (Jean Sévillia, Historiquement correct, Pour en finir avec le passé unique, Perrin, Saint-Amand-Montrond 2003, p. 64).
L’époque médiévale croyait en Dieu
Lucien Febvre, en étudiant Rabelais, a montré que l’athéisme était impossible aux hommes de la Renaissance (Le problème de l’incroyance au XVIe siècle, Albin Michel, 1988). C’est plus vrai encore à la période précédente.
On souhaite bonne chance aux historiens partis à la recherche d’un Moyen Age « non religieux »: il n’existe pas ! (Jean Sévillia, ibid., p. 34-35)
L’époque médiévale croyait en Dieu.
Ce ne sont pas seulement les archives qui en témoignent, ce sont les humbles oratoires ou les massives cathédrales, ce sont les milliers de villages qui portent le nom d’un saint patron. Et ce sont les croisades (Jean Sévillia, ibid., p. 34).
Dans un monde où le temporel et le spirituel sont intimement liés, à une époque où la liberté de conscience est inconcevable, l’hérésie constitue une rupture du lien social (Jean Sévillia, ibid., p. 54)
Or, l’évêque qui a toujours eu le droit d’excommunier l’hérétique; voire de l' »exterminer » (le bannir, le chasser ex-terminis, hors des frontières) (Régine Pernoud, Pour en finir avec le Moyen Age, Points Histoire, Éditions du Seuil, La Flèche 1979, p. 105) a aussi le devoir de traquer l’hérésie et de la bannir.

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Exterminer: le grand mot
De nos jours, il est compris dans son sens physique, et l’association d’idées s’opère avec le bûcher.
Dans le cas des cathares, l’image de Montségur s’impose, répétée par le cinéma, la télévision, les magazines, les guides touristiques.
Pour combattre les cathares, on les aurait massacrés.
Ce raccourci est doublement trompeur: il passe sous silence le fait que d’autres moyens que ma force ont d’abord été employés; il rejette par ailleurs la violence d’un seul côté, alors que les albigeois n’étaient pas de doux innocents… (Jean Sévillia, ibid., p. 55).
Le Moyen Age était dogmatique
« Dogmatisme ? Oui, le Moyen Age est dogmatique: le mot dogme (du grec dogma, qui signifie croyance) n’a rien de péjoratif.
La ‘liberté de conscience’ est une notion qui n’est pas seulement inconnue: elle est inintelligible.
Puisque la vérité ne se divise pas, la liberté religieuse est au même degré incompréhensible.
Et toute l’Europe occidentale partage cette certitude.
Si l’on a pas ces éléments en tête, on ne peut pas comprendre la croisade » [ou l’Inquisition] (Jean Sévillia, ibid., p. 36)
L’Inquisition: « Une réaction de défense de la société » (Régine Pernoud)
« Sous bien des rapports, l’inquisition fut la réaction de défense d’une société pour laquelle, à tort ou à raison, la préservation de la foi paraissait aussi importante que de nos jours celle de la santé. On touche ici du doigt ce qui fait la différence d’une époque à l’autre, c’est-à-dire des différence de critères, d’échelle de valeur. Et il est élémentaire en histoire de commencer par en tenir compte, voire de les respecter, faute de quoi l’historien se transforme en juge. » (Régine Pernoud, Pour en finir avec le Moyen Age, Points Histoire, Éditions du Seuil, La Flèche 1979, p. 104)
220px-Isabel_la_Católica-2« L’Eglise ne persécute pas » (Pierre Chaunu)
Les médiévistes savent bien, aujourd’hui, combien l’Inquisition médiévale fut loin d’être aussi sanglante que la légende laïque ne l’a imaginée.
Et à ce sujet, il est intéressant de lire le témoignage d’un historien réputé, qui bien que protestant, défend l’Eglise, cependant que ses co-religionnaires continuent encore aujourd’hui à rabâcher les mêmes poncifs. Voici ce qu’il dit :
« En Occident, la persécution des hérétiques n’a jamais été le fait de l’Église, qui certes combat et engage la polémique, mais qui ne persécute pas.
L’Église orthodoxe orientale ne préconise pas la mise à mort de l’hérétique et, en Occident, même l’Inquisition ne condamne pas à mort: elle décide « la relaxe au bras séculier », c’est-à-dire qu’elle charge le roi de punir car l’Église ne verse pas le sang.
La différence entre la main royale et la main ecclésiale est énorme: l’Église a toujours tendance à pardonner au moindre signe de repentance » (Pierre Chaunu, Éric Mension-Rigau, Baptême de Clovis, baptême de la France, De la religion d’État à la laïcité d’État, Éditions Balland, Paris 1996, p. 184).
En vertu du principe Ecclesia abhorret sanguinem, aucune condamnation à mort ne pouvait être prononcée par ces tribunaux qui devaient transmettre les cas les plus douteux à l’autorité civile.
Et, l’on sait d’autre part, qu’en moyenne, moins de 2% des procédures menées devant les tribunaux d’Inquisition ont été abandonnées au bras séculier.
Trouvé sur Christ-roi.net
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