Le Journal d’Anne Franck est-il authentique ?

journal-anne-frank1) « Le Journal d’Anne Frank est-il authentique ? » Depuis deux ans cette question est inscrite au programme officiel de mon séminaire de « Critique de textes et documents ». (Ce séminaire est réservé à des étudiants de quatrième année, déjà pourvus d’une licence.)
2) « Le Journal d’Anne Frank est une supercherie. » Telle est la conclusion de nos études et de nos recherches. Tel est le titre du livre que je publierai.
3) Pour étudier la question posée et lui trouver une réponse, j’ai procédé aux investigations suivantes :
[Chapitre premier] Critique interne : le texte même du Journal (texte hollandais) recèle une quantité inexplicable de faits invraisemblables ou inconcevables (sections 4-12).
[Chapitre II] Étude des lieux à Amsterdam : d’une part, les impossibilités matérielles, et, d’autre part, les explications forgées par le père d’Anne Frank compromettent gravement ce dernier (sections 13-17 avec, en annexe n° 1, des documents photographiques).
[Chapitre III] Audition du principal témoin : M. Otto Frank ; cette audition s’est révélée accablante pour le père d’A. Frank (sections 18-47).
[Chapitre IV] Examen bibliographique : de curieux silences et de curieuses révélations (sections 48-55).
[Chapitre V] Retour à Amsterdam pour une nouvelle enquête : l’audition des témoins se révèle défavorable à M. Frank ; la vérité probable (sections 56-63).
[Chapitre VI] Le « dénonciateur » et l’arrestateur des Frank : pourquoi M. Frank a-t-il voulu leur assurer un tel anonymat ? (sections 64-71, avec annexe n° 2 : « Confidentiel »).
[Chapitre VII] Confrontation entre le texte hollandais et le texte allemand : voulant trop en faire M. Frank s’est trahi ; il a signé une supercherie littéraire (sections 72-103).
Chapitre premier
4) Critique interne : le texte même du Journal (texte hollandais) recèle une quantité inexplicable de faits invraisemblables ou inconcevables.
this-is-a-page-from-anne-franks-diary5) Prenons l’exemple des bruits. Les clandestins, nous dit-on, ne doivent pas faire le moindre bruit. C’est au point que, s’ils toussent, ils prennent vite de la codéine. Les « ennemis » pourraient les entendre. Les murs sont tellement «minces» (25 mars 43). Ces «ennemis» sont très nombreux : Lewin qui connaît l’immeuble «comme sa poche» (1eroctobre 42) les hommes du magasin, les clients, les livreurs, le facteur, la femme de ménage, le gardien de nuit Slagter, les plombiers, le «service d’hygiène», le comptable, la police qui multiplie les perquisitions, les voisins proches ou éloignés, le propriétaire, etc. Il est donc invraisemblable et même inconcevable que Mme Van Daan ait pour habitude de passer l’aspirateur chaque jour à 12 h 30 (5 août 43). Les aspirateurs de l’époque étaient, de plus, particulièrement bruyants.
Je demande : «Comment cela est-il concevable ?» Ma question n’est pas de pure forme. Elle n’est pas oratoire. Elle n’a pas pour but de manifester un étonnement. Ma question est une question. Il faut y répondre. Cette question pourrait être suivie de quarante autres questions concernant les bruits. Il faut expliquer, par exemple, l’usage d’unréveille-matin (4 août 43). Il faut expliquer de bruyants travaux de menuiserie : suppression de marches de bois, transformation d’une porte en armoire tournante (21 août 42), fabrication d’un lustre en bois (7 décembre 42). Peter fend du bois au grenier devant la fenêtre ouverte (23 février 44). Il est question de fabriquer avec le bois du grenier «des étagères et autres charmantes bricoles» (11 juillet 42). Il est même question de construire au grenier… «un cagibi» pour y travailler (13 juillet 43). Il y a le bruit presque constant de la radio, des portes claquées, des «éclats de rire interminables» (6 décembre 1943), les disputes, les cris, les hurlements, un « fracas de jugement dernier» (9 novembre 42), « Un vacarme s’ensuivit […]. J’étais pliée en deux de rire»(10 mai 44). L’épisode rapporté le 2 septembre 1942 est inconciliable avec la nécessité d’être silencieux et discret. On y voit les clandestins à table. Ils bavardent et rient. Tout à coup un sifflement perçant se fait entendre. Et on entend la voix de Peter qui crie,par le tuyau du poêle, qu’il ne descendra certainement pas. M. Van Daan se lève, sa serviette tombe et, le visage en feu, il crie : «C’en est assez.» Il monte au grenier et là,coups et frappements de pieds. L’épisode rapporté le 10 décembre 1942 est du même genre. On y voit Mme Van Daan soignée par le dentiste Dussel. Celui-ci lui touche, de son crochet, une dent malade. Mme Van Daan lance alors «des sons invraisemblables». Elle essaye d’arracher le petit crochet. Le dentiste regarde la scène, les mains sur les hanches. Les autres spectateurs sont tous pris de «fou rire». Anne, au lieu de manifester la moindre angoisse devant ces cris ou ce fou rire, déclare : « Ça, c’était vache, car je suis sûre que j’aurais crié encore bien plus fort qu’elle.»
6) Les remarques que je fais ici à propos des bruits, je pourrais les répéter à propos de toutes les réalités de la vie matérielle et morale. Le Journal présente même cette particularité que pas un domaine de la vie qui y est vécue n’échappe à la règle d’invraisemblance, d’incohérence, d’absurdité. Dès leur arrivée dans leur cachette, les Frank, pour cacher leur présence, installent des rideaux. Or, installer des rideaux à des fenêtres qui n’en possédaient pas jusqu’alors, n’est-ce pas le meilleur moyen de signaler son arrivée ? N’est-ce pas le cas, en particulier, si ces rideaux sont faits de pièces «bigarrées» (11 juillet 42) ?
Pour ne pas trahir leur présence, les Frank brûlent leurs ordures. Mais, ce faisant, ils signalent leur présence par la fumée qui s’échappera du toit d’une demeure qui est censée être inhabitée ! Ils font du feu pour la première fois le 30 octobre 1942 (lettre du 29 : «Demain»), alors qu’ils sont arrivés dans les lieux le 6 juillet. On se demande ce qu’ils ont pu faire des ordures de 116 jours d’été. Je rappelle, d’autre part, que les apports de nourriture sont énormes. En régime normal, les clandestins et leurs hôtes consomment chaque jour huit petits déjeuners, huit à douze déjeuners et huit dîners. En neuf passages du livre, on fait allusion à une nourriture mauvaise, médiocre ou insuffisante. Ailleurs, la nourriture est abondante et «délicieuse». Les Van Daan «dévorent» et Dussel «absorbe des quantités énormes» de nourriture (9 août 43). On fabrique sur place des saucisses et des saucissons, des conserves de fraises et des confitures en bocaux. Eau-de-vie ou alcool, cognac, vins et cigarettes ne semblent pas non plus manquer.
anneLe café est si peu rare qu’on ne comprend pas que l’auteur, énumérant (23 juillet 43) ce que chacun voudra faire le jour où il pourra quitter la cachette, dise que le vœu le plus cher de Mme Frank sera d’avoir une tasse de café. Voici, d’autre part, en février 1944 – le terrible hiver 1943-1944 – l’inventaire des réserves disponibles pour les seuls clandestins, à l’exclusion de tout cohabitant ami ou «ennemi» : 30 kg de blé, à peu près 30 kg de haricots et dix livres de pois, cinquante boîtes de légumes, dix boîtes de poisson, quarante boîtes de lait, 10 kg de lait en poudre, trois bouteilles d’huile, quatre bocaux de beurre salé, quatre idem de viande, deux bouteilles de fraises, deux bouteilles de framboises à la groseille, vingt bouteilles de tomates, dix livres de flocons d’avoine, huit livres de riz. Il entre, à d’autres moments, des sacs de légumes pesant chacun vingt-cinq kilos, ou encore un sac de dix-neuf livres de petits pois frais (8 juillet 44). Les livraisons sont faites par le «gentil marchand de légumes». Et cela «toujours à l’heure du déjeuner» (11 avril 44).
C’est invraisemblable. Comment, dans une ville par ailleurs décrite comme affamée, un marchand de légumes peut-il, en plein jour, quitter sa boutique avec de pareils chargements pour aller les déposer dans un immeuble situé dans un quartier animé ? Comment ce marchand pouvait-il éviter, dans son propre quartier (il était «du coin»), la rencontre de ses clients normaux pour qui, en ces temps de disette, il devait normalement être un personnage qu’on recherche et qu’on sollicite ? Il y a bien d’autres mystères à propos des autres marchandises et de la manière dont elles parviennent dans la cachette. Pour les fêtes et les anniversaires des clandestins, les cadeaux abondent : œillets, pivoines, narcisses, jacinthes, pots de fleurs, gâteaux, livres, sucreries, briquet, bijoux, nécessaire à raser, jeu de roulette, etc. Je signalerais à ce propos une véritable prouesse réalisée par Elli. Celle-ci trouve le moyen d’offrir des raisins le 23 juillet 1943. Je dis bien : des raisins, à Amsterdam, un 23 juillet. On nous en indique même le prix : cinq florins le kg.
7) L’invention de la «porte-armoire» est une absurdité. En effet, la partie de l’immeuble qui est censée abriter les clandestins existait bien avant leur arrivée. Donc installer une armoire, c’est signaler sinon une présence, du moins un changement dans cette partie de l’immeuble. Cette transformation des lieux – accompagnée du bruit des travaux de menuiserie – ne pouvait échapper aux «ennemis» et, en particulier, à la femme de ménage. Et ce prétendu «subterfuge», destiné à égarer la police en cas de perquisition, est bien propre, au contraire, à lui donner l’éveil. («Il y a beaucoup de perquisitions à cause des vélos cachés», dit Anne le 21 août 1942, et c’est pour cette raison que la porte d’entrée de la cachette a été ainsi dissimulée.) La police, ne trouvant pas de porte d’accès au bâtiment qui sert de cachette, s’étonnerait de cette étrangeté et découvrirait vite qu’on a voulu la tromper, puisqu’elle se trouverait devant un bâtiment d’habitation sans accès !
8) Invraisemblances, incohérences, absurdités fourmillent également à propos des points suivants : les fenêtres (ouvertes et fermées), l’électricité (allumée et éteinte), le charbon (prélevé sur le tas commun sans que les «ennemis» s’en rendent compte), les ouvertures et fermetures de rideaux ou camouflages, l’usage de l’eau et des cabinets,les moyens de faire la cuisine, les mouvements des chats, les déplacements de l’avant-maison vers l’arrière-maison (et vice-versa), le comportement du gardien de nuit, etc.
La longue lettre du 11 avril 1944 est particulièrement absurde. Elle rapporte une affaire de cambriolage. Soit dit en passant, la police nous y est montrée s’arrêtant devant la «porte-armoire», en pleine nuit, sous la lumière électrique, à la recherche des cambrioleurs qui se sont livrés à une effraction. Elle donne des secousses à la «porte-armoire». Ces policiers, accompagnés du gardien de nuit, ne s’aperçoivent de rien et ne cherchent pas à pénétrer dans l’arrière-maison ! Comme dit Anne: « Dieu doit nous avoir particulièrement protégés !»
9) Le 27 février 1943, on nous dit que le nouveau propriétaire n’a heureusement pas insisté pour visiter l’arrière-maison. Koophuis lui a dit qu’il n’avait pas la clé sur lui et ce nouveau propriétaire, pourtant accompagné d’unarchitecte, n’a pas examiné sa nouvelle acquisition ni ce jour-là, ni un autre jour.
annefrank_france210) Quand on a toute une année pour se choisir une cachette (voy. 5 juillet 42), choisit-on son bureau ? Y amène-t-on sa famille ? Et un collègue ? Et la famille de ce collègue ? Choisit-on ainsi un endroit plein d’«ennemis» et où la police et les Allemands viendront automatiquement vous chercher s’ils ne vous trouvent plus à votre domicile ? Ces Allemands, il est vrai, ne sont guère curieux. Le 5 juillet 1942 (un dimanche), le père Frank (à moins que ce ne soit Margot ?!) a reçu une «convocation» des SS (voy. la lettre du 8 juillet 1942). Cette «convocation» n’aura pas de suite. Margot, recherchée par les SS, se rend vers la cachette à bicyclette, et cela le 6 juillet, alors que, d’après la première des deux lettres du 20 juin, les juifs se sont vu confisquer leurs bicyclettes depuis un certain temps.
11) Pour contester l’authenticité du Journal, on pourrait invoquer des arguments d’ordre psychologique, littéraire et historique. Je m’en abstiendrai ici. Je ferai simplement remarquer que les absurdités matérielles sont si graves et si nombreuses qu’elles ont une répercussion d’ordre psychologique, littéraire et historique.
12) Il ne faudrait pas attribuer à l’imagination de l’auteur ou à la richesse de sa personnalité des choses qui sont, en réalité, inconcevables. Est inconcevable « ce dont l’esprit ne peut se former aucune représentation parce que les termes qui le désignent enveloppent une impossibilité ou une contradiction, par exemple : un rond carré ».Celui qui dit qu’il a vu un rond carré, dix ronds carrés, cent ronds carrés, ne témoigne ni d’une imagination fertile, ni d’une riche personnalité. Car, en fait, ce qu’il dit et rien sont exactement la même chose. Il fait la preuve de sa pauvreté d’imagination. C’est tout.
Les absurdités du Journal sont celles d’une pauvre imagination qui se développe en dehors d’une expérience vécue. Elles sont dignes d’un mauvais roman ou d’un pauvre mensonge. Toute personnalité un tant soit peu riche renferme ce qu’il est convenu d’appeler des contradictions psychologiques, morales ou mentales. Je m’abstiendrai de démontrer ici que la personnalité d’Anne ne renferme rien de tel. Sa personnalité est fabriquée et invraisemblable tout comme l’expérience que le Journal est censé relater.
D’un point de vue historique, je ne serais pas étonné qu’une étude des journaux hollandais, de la radio anglaise et de la radio hollandaise de juin 1942 à août 1944 ne nous prouve une supercherie de la part de l’auteur réel du journal. Le 9 octobre 1942, Anne parle déjà de «chambre à gaz» (texte hollandais : « vergassing ») !
Robert Faurisson – Le « Journal » d’Anne Franck est-il authentique ? (1978) – Lire la suite
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