Histoire du Précieux Sang de Saint Jean-Baptiste

14255_52Que des relations nombreuses des grands événements de la Judée aient été, à cette époque, répandues dans les Gaules, le fait suivant, très curieux et très peu connu, en est la preuve authentique. Nous le trouvons dans Grégoire de Tours, dont l’autorité fait foi parmi les critiques modernes. L’historien le rapporte, non pas, ce qui lui arrive assez souvent, comme un on dit, un fertur, un ferunt ; mais comme une chose de notoriété publique. Il a raison : voici le fait.
Instruite de ce qui se passait en Palestine, soit par les soldats d’Hérode, soit par les conversations d’Archélaüs, soit par le récit des voyageurs, soit par la rumeur publique, une dame gauloise désira de voir les choses de ses propres yeux, et partit pour l’Orient. Elle était native de Bazas, l’ancienne Vazates des Romains, à douze lieues de Bordeaux. Arrivée en Judée vers le mois de mai de l’an 30 de Notre-Seigneur, la première nouvelle qu’elle apprit fut l’arrestation de saint Jean-Baptiste.
Comme elle voulait le voir à tout prix, elle se rendit au château de Machéron, situé sur les confins de la Judée et de l’Arabie et dans lequel Hérode avait fait enfermer le saint précurseur. Elle se trouvait dans ce château ou dans les environs, vers la fin d’août, lorsque Hérode y vint avec toute sa cour, pour célébrer l’anniversaire de sa naissance.
On sait ce qui arriva pendant le banquet du 29 août. Apprenant qu’on allait décoller celui que la Judée axait pris pour le Messie lui-même, elle se présente au licteur chargé de l’exécution. Faisant alors ce que tant d’héroïques chrétiennes ont fait si souvent et ce qu’elles font encore, elle se dépouille de ses bijoux et les donne au bourreau, à la condition qu’il lui donnera en échange une partie du sang du martyr.
La condition est acceptée. Dans un petit vase d’argent qu’elle lui présente, le licteur reçoit une partie du sang précieux, que la pieuse dame rapporte à Bazas. Peu après, la noble matrone y fait bâtir une église en l’honneur de saint Jean-Baptiste et place dans l’autel le vase de son sang (Miraculor,. lib. I, ch. XII, p. 717, édit. Migne).
Le pèlerinage de cette dame gauloise et son acte de courageuse piété sont d’autant plus certains, qu’ils se relient à tout un ensemble de faits, pris dans la nature ou consignés dans l’histoire. Quoi de plus naturel qu’un personnage extraordinaire fixe l’attention publique et éveille le désir de le voir ? Si ce personnage est un thaumaturge, quoi de plus naturel encore, que ses miracles attirent auprès de lui tous ceux qui ont besoin de guérison ? Ne savons-nous pas que des multitudes de malades accouraient de toutes les parties du monde, auprès du divin médecin ; car de Lui sortait une vertu qui guérissait toutes les infirmités. Comme nous l’avons vu, des Gentils, qu’on croit venus du fond des Espagnes, ne demandaient-ils pas à l’apôtre saint Philippe l’insigne faveur de voir Notre-Seigneur, le divin thaumaturge?
Quant au désir d’avoir du sang de martyrs, le plus précieux après celui qui coula sur le Calvaire, l’histoire le constate universel et impérissable. Les catacombes de Rome en sont un témoignage authentique. Des milliers de fois, on a vu soit en Orient, soit en Occident, d’héroïques chrétiennes se glisser sous les échafauds ou dans les amphithéâtres, recueillir ce sang rédempteur, l’acheter quelquefois au poids de l’or, et pour l’obtenir exposer leur liberté et leur vie. Le même fait se reproduit encore au Tonkin, en Cochinchine, et partout, au supplice de nos modernes martyrs.
graalAfin de constater de plus en plus la glorieuse action de la dame de Bazas, qui se rattache si directement à l’évangélisation primitive des Gaules, nous nous sommes adressé au vénérable curé de cette ville. Les intéressants détails qu’il a bien voulu nous fournir sont consignés dans L’Aquitaine, Revue religieuse de Bordeaux (n° 99, 24 juin 1866, p. 749 et suiv., et Notre-Dame de Soulac, par M. Mazuret).
Nous citons : «Dès l’antiquité la plus reculée, Bazas fut la ville de saint Jean-Baptiste. Saint Jean était tout dans la ville épiscopale et dans la ville municipale. Sa décollation, sa tête dans le plat d’Hérodiade, parent l’écu de la cité, la bannière de la commune et le blason du chapitre. Le sang de saint Jean-Baptiste fut le trésor de Bazas.
«Encore aujourd’hui, chaque année, le 24 juin, on voit accourir les populations chrétiennes des alentours vers l’antique cathédrale ; un cierge à la main, chaque fidèle entend la messe; puis, avec une fidélité héréditaire, il fait neuf fois le tour du choeur de Saint-Jean, c’est ce qui s’appelle les neuf tours du sang de saint Jean ; ainsi depuis des siècles.
«Vénéré avec un amour égal à leur foi par les premiers chrétiens de l’antique cité, ce gage précieux fut gardé avec soin dans l’autel de Saint-Jean, pendant les jours de paix. L’orage de la persécution venait-il à gronder ; les flots de la barbarie menaçaient-ils de tout emporter ? Aussitôt les évêques, les prêtres et les fidèles s’empressaient de cacher en lieu sûr la sainte relique.
«C’est ainsi qu’elle fut soustraite tour à tour aux violences des persécutions païennes, à la main sacrilège des Vandales, des Goths, des Vascons et des Normands. Reconnue juridiquement par le pape Urbain II, au retour du concile de Clermont, elle fut placée dans l’autel de la nouvelle cathédrale, bâtie en 1233 par Armand de Pins, évêque de Bazas. A cette occasion fut établie la fête de la station du sang de saint Jean, qui se célèbre à Bazas le 13 juillet.
«Comme la vraie croix fut enlevée de Jérusalem par les Perses, et rapportée intacte par l’empereur Héraclius, le vase du sang de saint Jean fut enlevé par les calvinistes en 1562, puis racheté des sectaires au prix de dix mille écus.
«Après avoir traversé tant d’orages et reçu les hommages de tant de siècles, l’inestimable trésor devait périr sans retour à la fin du dernier siècle. En 1792, l’administrateur révolutionnaire du diocèse de Bazas écrivait et signait à la marge même du manuscrit du douzième siècle, qui contenait toute l’histoire de la vénérable relique : «J’ai jeté moi-même cette relique dans un égout de ma maison».
Mgr Gaume – L’Evangélisation apostolique du globe (1879)
Publicités
Cet article a été publié dans Figures bibliques, Méditations, Mgr Gaume, Miracles, Saint Jean-Baptiste, Saints. Ajoutez ce permalien à vos favoris.