Comment bâtir le règne de l’Antéchrist ?

fazzini-museum1Supposons, ce qu’à Dieu ne plaise, que vous fussiez chargés de préparer, dans un prochain avenir, l’établissement du règne antichrétien : vous y prendriez-vous bien autrement qu’on ne fait aujourd’hui ?
Détruire le règne du christianisme serait votre premier but : avant de bâtir, il faut déblayer le sol. Sachant que l’éducation fait l’homme et l’homme la société, vous commenceriez par vous emparer de la jeunesse qui, par sa position sociale, forme le peuple à son image. Vous paieriez des milliers de professeurs, pour lui enseigner que le christianisme n’a rien à voir ni à la philosophie, ni à la politique, ni aux sciences humaines; qu’il n’est beau ni en littérature, ni en poésie, ni en arts, et, sous prétexte de ne pas lui gâter le goût, vous banniriez de ses mains tous les auteurs chrétiens, que vous remplaceriez par les auteurs sensualistes et rationalistes de l’antiquité païenne. Avec eux vous la mettriez en commerce intime, journalier, obligatoire pendant les années décisives de la vie.
Au lieu de sortir naturellement des études, comme le parfum de la fleur, afin de former, par une influence de tous les instants, le tempérament moral de la jeunesse, la religion ne serait plus qu’une chose de juxtaposition, dont l’ignorance ne fermerait la porte d’aucune carrière. Chez les meilleurs maîtres, l’enseignement chrétien, figurant dans les proportions d’un à cinquante avec l’enseignement profane, produirait l’effet d’un verre de bon vin versé dans un tonneau de vinaigre.
Grâce à un pareil système, les générations, plongées dans le naturalisme et nourries de fausses admirations, grandiraient dans l’ignorance et même dans le mépris du christianisme, regardé par elles comme la religion des médiocrités. Vides de vérité, elles demeureraient sans défense contre les séductions de l’erreur et des passions. En elles, l’antichristianisme aux aguets trouverait des recrues, toutes prêtes à s’enrôler sous ses drapeaux.
Après avoir ainsi miné le christianisme dans les âmes, vous travailleriez à lui retirer tous les appuis extérieurs. Rien ne serait omis pour débaucher les nations et les lui rendre hostiles, si bien qu’à la longue pas une ne resterait chrétienne comme nation.
Ce premier succès obtenu, vous dirigeriez toutes vos batteries contre l’édifice même. Vous effaceriez de votre code pénal tous les crimes contre Dieu. Sur la même ligne, vous mettriez toutes les religions. A votre aide viendraient les sociétés secrètes et tous les négateurs de la vérité. Par vos ordres ou de votre consentement, les unes et les autres saperaient, à coups redoublés, les dogmes chrétiens, bases nécessaires de l’ordre social. En toute liberté, ils pourraient, dans leurs écrits et dans leurs clubs, nier Dieu, la révélation, la divinité de Jésus-Christ, l’immortalité de l’âme, la distinction même du bien et du mal. A leur service, vous laisseriez la presse de tous les pays, qui, chaque jour, porterait leurs blasphèmes aux quatre coins de la terre.
pyramide_astanaEn paix avec toutes les sectes, vous attaqueriez à outrance l’Eglise romaine. Afin de la déraciner du sol, vous lui enlèveriez jusqu’au dernier pouce de terre indépendant. Vous la banniriez de vos conseils d’Etat et de vos assemblées législatives. Vous la dénonceriez comme l’ennemie des lumières, du progrès et de la liberté. Vous tourneriez en dérision ses pratiques; vous ne tiendriez aucun compte de ses lois. Chaque jour vous inventeriez de nouvelles calomnies contre ses ministres. Tout cela ne suffisant pas, pour la frapper au coeur, vous prendriez Rome, et finiriez par mettre son auguste Chef en prison.
Sur les ruines de la religion de l’esprit, vous établiriez la religion du corps. Par l’industrie, par les arts, par le commerce, c’est-à-dire de toutes vos forces, vous pousseriez l’homme au matérialisme et au sensualisme. Pour achever de l’abrutir et d’en faire un esclave prêt à courber la tète sous le joug du despotisme, qui lui promettra le plaisir et la richesse, vous multiplieriez les livres obscènes, les théâtres corrupteurs, les maisons de débauche, les cabarets, tous les raffinements du luxe et cent autres moyens de corruption.
En politique, vous proclameriez le droit nouveau, c’est-à-dire le droit de la force. En vertu de ce droit, vous supprimeriez les unes après les autres toutes les petites nationalités, pour les absorber dans des nationalités plus grandes, jusqu’à ce qu’il ne reste plus qu’une ou deux nationalités prépondérantes. Ainsi procéda Rome païenne, qui finit par devenir la capitale du premier grand empire antichrétien.
Afin de rendre possible l’exercice de sa puissance universelle et mettre le monde entier entre les mains d’un homme, l’ancienne Rome ouvrit de toutes parts de superbes routes, et multiplia par terre et par mer les moyens de communication. Vous aussi, vous feriez en sorte de concentrer toute l’activité humaine sur les moyens d’abréger les distances et de faciliter les relations de peuple à peuple, jusqu’à les rendre presque ‘instantanées.
Manifestations-en-hausse-du-système-de-l’AntéchristLes bâtiments à vapeur, les chemins de fer et les télégraphes électriques, la centralisation administrative et gouvernementale, avec sa bureaucratie, formée à une discipline presque militaire, l’organisation des sociétés secrètes, reliées entre elles par les mêmes serments, obéissant au même mot d’ordre, et enveloppant comme dans un réseau les différents peuples de la terre : toutes ces choses vous prêteraient un concours éminemment propre à préparer le despotisme d’un seul homme.
De là il résulterait qu’avec la phalange de ses adeptes, le maître du monde, ainsi organisé, pourrait à chaque instant, sans sortir de chez lui, et avec la rapidité de l’éclair, faire exécuter ses volontés tyranniques d’un bout à l’autre de son immense empire.
Enfin, pour préparer au terrible monarque les troupes innombrables que saint Jean lui assigne, vous feriez ce que n’ont jamais vu les peuples baptisés. Les grandes nations que vous auriez faites par l’absorption de toutes les autres, vous les transformeriez en camps armés. Tous les habitants seraient obligés d’être soldats. Ce n’est plus par milliers, mais par millions, que se compteraient les combattants. Afin que le grand homicide, redevenu le roi du monde, pût à son aise, suivant qu’il est annoncé, se baigner dans le sang, vous armeriez ses troupes d’engins meurtriers, dont la puissance dépasserait tout ce que le génie de la destruction a jamais inventé.
Voilà ce que vous feriez. Cela fait, vous pourriez vous croiser les bras. La mine serait chargée, et l’explosion une simple affaire de temps. 
Mgr Gaume – Où en sommes-nous ? (1871)
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