L’affaire Galilée, une polémique malhonnête

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[voir aussi : la vérité sur les mensonges historiques dont l’Eglise est victime : ici]
Q : Pourquoi s’intéresser à ce que tout le monde, même la hiérarchie catholique à son plus haut niveau, s’applique à présenter comme une erreur, voire un crime, commis par « l’obscurantisme religieux contre la science » ?
R : Parce que la réalité est quelque peu différente de ce qu’écrivent les historiens des sciences et aussi parce que les maîtres du Saint Siège nous ont habitués, depuis le Concile Vatican II, à des virages idéologiques et à des repentances absurdes.
Pour ce qui est de « l’Affaire Galilée » et d’une manière générale pour ce qui est de la prise de position, durant le XVIe siècle et la première moitié du XVIIe, des Églises chrétiennes (pas seulement la catholique, mais aussi l’anglicane, la calviniste et les évangélistes) sur les rôles et places respectives de la Terre et du Soleil dans l’Univers alors connu, peu d’auteurs ont osé sortir de l’ornière creusée par les polémistes malhonnêtes du XIXe siècle. C’est-à-dire que presque tout le monde ment effrontément !
Q : Que vient faire Galilée, dans tout cela ?
R : Il eut le grand mérite d’avoir le premier contemplé le ciel nocturne avec une lunette grossissante, en 1609, que Kepler dénommera télescope. Par son premier livre de descriptions, rédigé et paru en 1610, Galilée gagne une fantastique réputation et devient l’astronome le plus célèbre de son époque, non parce qu’il est le meilleur ou le plus original par la pensée, mais parce qu’il a le génie de la publicité : il veut être riche et célèbre et le deviendra.
Divers faux pas, de 1613 à 1616, notamment l’utilisation intempestive de l’Ancien Testament dans son argumentation (ce qui fait de lui un auteur encore proche du Moyen Âge) et sa grossièreté dans la controverse scientifique (ce qui en fait, au contraire, un auteur très moderne), lui valent une semonce du Saint-Office.
Le 26 février 1616, il lui est enjoint très courtoisement, mais très fermement, de ne plus enseigner l’héliocentrisme ni la rotation de la Terre… mais, par lettre du 15 mai 1620, rarement citée par les historiens des sciences, le pape Paul V l’autorise à enseigner la rotation de la Terre à titre d’hypothèse. Il lui est formellement interdit, en revanche, d’utiliser la Bible pour argumenter ses thèses.
En 1624, le nouveau pape Urbain VIII, ancien condisciple de Galilée, l’autorise à préparer l’exposé impartial des deux thèses cosmologiques (mobilité de la Terre – immobilité du Soleil, géocentrisme versus héliocentrisme), en évitant absolument toute référence aux textes bibliques.
Galilée fait l’inverse de ce qu’on l’a autorisé à faire ; il appelle l’Ancien Testament à la rescousse ; il n’a pas tenu compte des demandes de correction du censeur pontifical… et fait néanmoins endosser au pape la responsabilité de ce qu’il affirme puisqu’il pousse la goujaterie jusqu’à prétendre que ce livre a reçu « l’imprimatur pontifical » (c’est exact, mais parce qu’il a juré au censeur avoir corrigé son texte, sans le faire : on l’a cru sottement sur parole).
Bafoué par son ami Galilée, conspué par les plus réactionnaires et les plus puissants des monarques catholiques, durement chahuté à la Curie, Urbain VIII est contraint de faire un exemple.
proces65Q : Et c’est le procès du 12 avril au 22 juin 1633…
R : Exactement. Et les choses ne se passent absolument pas comme on le raconte ! Contrairement aux règles de l’Inquisition, Galilée est fort bien traité. Surtout, de sa propre initiative, il renie son œuvre à trois reprises, avant l’abjuration solennelle, sur ordre, du 22 juin (où les règles de procédure sont adoucies à la demande d’Urbain VIII).
Bien plus, le 30 avril, lors de son second reniement spontané, Galilée a proposé aux cardinaux-juges horrifiés (neuf sur dix sont, comme le pape, des partisans discrets des thèses d’Aristarque, de Copernic et de Kepler) de rédiger un livre condamnant ces thèses et vantant le géocentrisme, la fixité de la Terre au milieu de l’Univers et la rotation annuelle du Soleil autour de la terre !
Ni enchaîné, ni emprisonné, ni affamé et encore moins molesté, Galilée est fêté par l’archevêque de Sienne, conserve ses pensions octroyées par les ducs de Toscane, mais aussi par Urbain VIII, et réside dans sa très belle villa d’Arcetri (en Toscane), où il meurt, en 1642, d’insuffisance cardiaque, après avoir fait accomplir sa pénitence par ses deux bâtardes, nonnes toutes deux : réciter une fois par semaine durant trois ans les sept Psaumes de la pénitence !
Q : Alors, pourquoi tout ce bruit ? Et sur sa « condamnation » et pour son « génie » ?
R : Ce qu’il est convenu d’appeler « l’Affaire Galilée » est une machine de guerre que divers polémistes, au XVIIIe siècle, ont montée sans grand succès contre l’Église catholique. Il n’est pas exagéré de prétendre que c’est en ce siècle, autoproclamé « des Lumières », qu’ont été lancées toutes les grandes querelles qui ont déchiré l’humanité aux siècles suivants.
L’observateur agnostique, qui considère, non sans amusement, cette polémique assez malhonnête, serait tenté de dire qu’étant donnée la remarquable tentative de suicide perpétrée par les pères conciliaires de Vatican II, l’on pourrait enfin présenter les faits et les personnages tels qu’ils ont été, en cessant d’user de faux arguments, pour accabler une Église moribonde. Mais il est vrai que la pure et froide vérité a moins de charmes que l’usage du mensonge de propagande
Entretien avec le Dr Plouvier, auteur de L’Affaire Galilée, 2010 (Propos recueillis par Fabrice Dutilleul) – Lien vers le livre
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