Pour une Internationale catholique

images-144-93ebeC’est par une conférence de Lucien Moreau, dans un cercle de jeunes nationalistes plébiscitaires, que fut développée pour la première fois la conception maurrassienne de l’empirisme organisateur et du nationalisme intégral, en avril 1900.
« Mémorable soirée, où, pour la première fois se trouva proposé à un jeune auditoire mon premier instrument d’étude, l’empirisme organisateur, et la doctrine qui s’en dégageait, ce “nationalisme intégral” que réalisait seule la Monarchie puisque seules les institutions monarchiques satisfaisaient à toutes les aspirations nationales, à tous les besoins nationaux, comme l’intégrale reproduit la somme de toutes les valeurs d’une fonction algébrique. » (Charles Maurras, Au Signe de Flore, p. 281.)
Ce passage de Maurras est très important pour la compréhension de son « monarchisme ». Son adhésion à la Monarchie n’est pas chez lui affaire de sentiment, de loyalisme, ni, même de traditionalisme. Elle est l’aboutissement de son enquête historique poursuivie par la méthode de l’empirisme organisateur. Elle est le nationalisme intégral. Il faut noter que L’Action française ne s’intitulera jamais organe monarchiste, mais organe  du nationalisme intégral.
Le nationalisme intégral n’est pas, comme certains adversaires peu scrupuleux de Maurras ont tenté de le faire croire, un nationalisme sans frein, il est l’expression dont se sert Maurras pour désigner le nationalisme qui aboutit à la monarchie.
Le 19 août 1900, Paul Bourget, dans sa lettre d’adhésion qui fut la première publiée dans L’Enquête sur la Monarchie, écrivait déjà :
« Cette génération doit naturellement aboutir à ce que vous avez appelé d’un terme si juste : le nationalisme intégral, c’est-à-dire à la monarchie. » (Charles Maurras, Enquête sur la Monarchie, p. 117.)
Trois ans plus tard, Jules Lemaître, évoquant la doctrine des théoriciens de l’Action française, notait :
« Ils n’ont pas dit : “Quel régime nous plairait-il de voir restaurer ?mais : “Quel est le régime qui peut restaurer la France ?” Et ils ont appelé le royalisme “nationalisme intégral” parce qu’il leur a semblé que la royauté serait le régime le plus complètement et le plus durablement utile à la nation. » (L’Écho de Paris, 10 octobre 1903.)
18106976Ainsi, le nationalisme peut-il conduire à la monarchie, n’être qu’un moment d’une dialectique, Maurras va au-delà du nationalisme. Il voit même dans la nation « une très fâcheuse dégradation de l’unité médiévale » et il n’est pas interdit de penser qu’il eût souhaité voir cette unité reconstituée à travers une Europe monarchique.
« La monarchie héréditaire est le plus national et aussi le plus international de tous les pouvoirs. Un lien de parenté établi entre les chefs d’État, coryphées du droit international, peut contribuer à l’entente, à l’accord, à la paix entre les nations qu’ils conduisent… Ou bien les nations ivres de leurs intérêts ou de leurs passions, voulant tout faire par elles seules, pousseront à l’extrême leurs rêves les plus ambitieux, ce qui les fera succomber forcément au démon de s’entre-détruire, jusqu’à ce que le globe soit redevenu un désert ; ou bien l’instinct de conservation leur fera demander à la race internationale des rois de tenir les drapeaux de leur nationalité historique, pour maintenir leur droit c’est-à-dire leur nécessaire, et quant au reste, négocier les ententes et les accords de la vie commune. » (Charles Maurras, Enquête sur la Monarchie, p. CXXXIV)
De même, il verra dans la Papauté le seul lien qui subsiste entre les nations en proie au nationalitarisme et, en pleine guerre, en 1915, il écrira :
« Il est douteux que les développements nationaux puissent être arrêtés ou même enrayés et tempérés avant longtemps. Mais, aussi longtemps que durera cette anarchie, elle pourra coexister avec l’Internationale catholique, et voilà déjà un point d’appui d’assuré aux communications supérieures des hommes. Je ne dis pas qu’ils pourront toujours s’entendre par cette voie. Je dis que cette voie est et sera la seule qui leur sera ouverte pour le tenter, et, si la tentative a quelque chance, un jour ou l’autre d’aboutir, ce sera forcément, tout l’indique, de ce côté-là. » (Charles Maurras, Le pape, la guerre et la paix, p. CXXXIV.)
Ainsi, loin d’être un nationalisme fermé, le nationalisme intégral de Maurras débouche sur une Internationale des rois qu’il verrait volontiers, comme Joseph de Maistre, coiffée au sommet par le Pape. 
Jacques Ploncard d’Assac – Doctrine du nationalisme (1958)
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