Il est inconcevable de parler encore de l’affaire Galilée

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[voir aussi : la vérité sur les mensonges historiques dont l’Eglise est victime : ici]
Quant à l’affaire de Galilée, il est inconcevable qu’on ose en parler encore après les éclaircissements qui ont été donnés sur ce sujet.
Tiraboschi a démontré, dans trois dissertations intéressantes, que les Souverains Pontifes, loin de retarder la connaissance du véritable système du monde, l’avaient, au contraire, grandement avancée, et que, pendant deux siècles entiers, trois Papes et trois Cardinaux avaient successivement soutenu, encouragé, récompensé, et Copernic lui-même et les différents astronomes précurseurs plus ou moins heureux de ce grand homme ; en sorte que c’est en grande partie à l’Eglise romaine que l’on doit la véritable connaissance du système du monde.
On se plaint de la persécution que souffrit Galilée pour avoir soutenu le mouvement de la terre, et l’on ne veut pas se rappeler que Copernic dédia son fameux livre des Révolutions célestes au grand pape Paul III, protecteur éclairé de toutes les sciences, et que, dans l’année même qui vit la condamnation de Galilée, la cour de Rome n’oublia rien pour amener dans l’université de Bologne ce fameux Kepler, qui non seulement avait embrassé l’opinion de Galilée sur le mouvement de la terre, mais qui prêtait de plus un poids immense à cette opinion par l’autorité de ses immortelles découvertes, complément à jamais fameux de la démonstration du système copernicien.
Un savant astronome, de l’Académie des sciences de Saint-Pétersbourg, s’étonne de la hardiesse avec laquelle Copernic, en parlant à un Pape, s’exprime dans son épître dédicatoire sur les hommes qui s’avisent de raisonner sur le système du monde sans être mathématiciens. Il part de la supposition que les Papes avaient proscrit ce système, tandis que le contraire de cette supposition est incontestable. Jamais l’Eglise réunie, jamais les Papes, en leur qualité de chefs de l’Eglise n’ont prononcé un mot ni contre ce système en général, ni contre Galilée en particulier. Galilée fut condamné par l’inquisition, c’est-à-dire par un tribunal qui pouvait se tromper comme un autre, et qui se trompa, en effet, sur le fond de la question ; mais Galilée se donna tous les torts envers le tribunal, et il dut enfin à ses imprudences multipliées une mortification qu’il aurait pu éviter avec la plus grande aisance, et sans se compromettre aucunement.
Il n’y a plus de doute sur ces faits. Nous avons les dépêches de l’ambassadeur du grand-duc à Rome, qui déplore les torts de Galilée. S’il s’était abstenu d’écrire, comme il en avait donné sa parole ; s’il ne s’était pas obstiné à vouloir prouver le système de Copernic par l’Ecriture sainte ; s’il avait seulement écrit en langue latine, au lieu d’échauffer les esprits en langue vulgaire, il ne lui serait rien arrivé.
Mais supposons le contraire de ces faits, et donnons tous les torts à l’inquisition, en résultera-t-il que les catholiques persécutèrent Galilée ? Quel délire ! il y a deux cents millions de catholiques sur la terre, vivant sous une foule de souverainetés différentes : comment se trouvèrent-ils gênés tous à la fois et pour toujours par le décret d’un tribunal séant dans les murs de Rome ? Quelle corporation, et même quel individu catholique, en sa qualité de catholique, a jamais persécuté Galilée ? S’il était défendu d’enseigner le système de Copernic dans cette capitale, qui empêchait de l’enseigner à quelques milles de Rome, dans tout le reste de l’Italie, en France, en Espagne, en Allemagne, dans tout le monde enfin, Rome exceptée ? Le même écrivain que je citais tout à l’heure s’étonne que le livre de Copernic ait paru sous l’égide d’un Pape dont les successeurs devaient un jour lancer les foudres du Vatican, et même appeler à leur aide le bras séculier, pour étouffer la vérité nouvelle, et ramener sur le globe la nuit du préjugé à peine dissipée.
Je ne veux faire aucune comparaison, mais voilà cependant encore un exemple remarquable de la force des préjugés sur les plus excellents esprits. En effet, jamais les Papes n’ont lancé ce qu’on appelle les foudres du Vatican sur les partisans de Copernic, et moins encore ont-ils appelé à leur secours la puissance temporelle pour étouffer la nouvelle doctrine, car cette puissance leur appartient chez eux, comme à tous les autres princes, et hors de l’état ecclésiastique ils l’auraient invoquée en vain. On ne citera pas un seul monument, un seul rescrit, un seul jugement des Papes qui tende à étouffer ou seulement à décréditer aucune vérité physique ou astronomique : tout se réduit à ce décret de l’inquisition contre Galilée, décret qui ne signifie rien, qui est isolé dans l’histoire, qui n’a produit d’ailleurs et ne pouvait produire aucun effet.
Joseph de Maistre – Examen de la philosophie de Bacon (posthume – vers 1830)
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