Saint Vincent Ferrier, prêcheur de l’Apocalypse

83966063_oVincent Ferrier (ou Ferrer) était un moine dominicain, originaire de Valence, qui avait refusé une situation élevée à la cour papale d’Avignon pour parcourir l’Europe pieds nus, en simple moine flagellant. Pendant 20 ans, de 1399 à sa mort, il parcourut l’Espagne, l’Italie, la Suisse, [la France], et alla même jusqu’en Ecosse.
Il était connu pour l’austérité de ses mœurs, son mépris pour les richesses et son humilité. Il était souvent accompagné d’une quantité impressionnante de disciples, au point qu’il devait prêcher dans de grands espaces extérieurs pour pouvoir être entendu de toute la foule.
Plein de fougue, éloquent, d’une voix chaude et vibrante, il savait remuer les masses. Qu’il racontât en sanglotant la Passion de Jésus ou qu’il annonçât la destruction prochaine de l’Univers, il arrachait des larmes à tous les assistants et exerçait sur eux une domination absolue.
Partout où il paraissait, on l’accueillait comme un saint. Une foule de disciples l’accompagnait. A son arrivée dans une ville, la population entière abandonnait ses travaux et courait à sa rencontre. Quand il commandait à la multitude de se couvrir les épaules et de se meurtrir la chair comme Jésus-Christ avait été flagellé par les juifs, des milliers d’auditeurs versaient des pleurs avec lui.
Les riches quittaient leurs biens pour vivre dans l’austérité, des femmes de grandes familles se retiraient dans les cloîtres. Les confesseurs ne pouvaient suffire pour entendre tous les aveux qu’on avait à leur faire : on voyait des criminels, des fripons, des courtisanes s’accuser hautement du scandale de leur vie passée. Les notaires qui accompagnaient le dominicain dressaient les actes des restitutions des biens injustement acquis. Des réconciliations s’opéraient entre les familles, les partis ou les villes.
Ce missionnaire, vénéré comme un saint par les chrétiens, était redouté par les juifs. Vincent Ferrier jouissait d’une très grande influence auprès des Rois d’Espagne, parce que plus d’une fois, il était parvenu à apaiser des émeutes populaires par la seule autorité qu’il exerçait sur la foule. Il lui fut donc facile d’obtenir de la famille royale l’autorisation de prêcher dans les synagogues et les mosquées, et de contraindre juifs et musulmans à venir écouter ses prédications.
Vincent Ferrier était hostile à toute violence physique contre les juifs et à tout baptême forcé. Mais soutenu par les autorités civiles, il obligeait les juifs à venir écouter ses sermons. La croix à la main et un rouleau de la Loi sur le bras, au milieu d’une escorte de flagellants et d’hommes d’épée, il invitait les juifs à accepter le baptême.
anonym11Par la plume et par la parole, il entreprit une croisade implacable et la poursuivit pendant de nombreuses années. Il dirigea d’abord ses attaques contre les nouveaux chrétiens, qu’il accusa de n’être pas assez fervents. Dans la crainte de se voir appliquer le terrible châtiment réservé aux relaps, peut-être aussi en partie sous l’impression de l’éloquence enflammée du dominicain, bien des marranes firent publiquement pénitence.
En 1412, avec Paul de Santa Maria, il détermina le gouvernement à édicter le statut de Valladolid, qui interdisant aux juifs de vendre ou d’offrir des aliments aux chrétiens, de faire labourer leur terre par eux, de raser leur barbe. Les juifs devaient naturellement porter un signe distinctif.
Beaucoup de juifs se convertissaient, au moment où ils s’attendaient en tremblant à voir renverser leurs synagogues. Il n’aurait coûté qu’un mot à Vincent Ferrier pour que le peuple se jetât sur les juiveries en n’y laissant pas pierre sur pierre.
Partout où Vincent Ferrier prêchait, bien des juifs se faisaient baptiser et beaucoup de synagogues furent transformées en églises et bénies par le dominicain. « Pendant les 4 mois que Vincent Ferrier séjourna en Castille (décembre 1412 – mars 1413), il fit tant de mal aux juifs qu’il ne purent s’en relever », écrit [l’historien juif] Graetz.
Appelé en Aragon, où plusieurs prétendants se disputaient la couronne, il réussit, en juin 1414, à faire nommer roi de ce pays l’infant castillan Don Ferdinand, qui, en récompense de ses services, s’empressa de le prendre pour confesseur et directeur de conscience. Comme ses coreligionnaires de Castille, les juifs furent obligés d’aller écouter les sermons du moine dominicain, et dans bien des communautés, à Saragosse, Tortose, Valence et Majorque, les abjurations furent nombreuses. On estime à 20 000 le nombre de juifs de Castille et d’Aragon qui acceptèrent le baptême à la suite de ses prédications.
Vincent Ferrier, décédé en 1419, fut canonisé en 1455. Il est fêté le 5 avril.
Hervé Ryssen – Histoire de l’antisémitisme (2010)
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