Quand Internet devient une drogue

4552internet-100016261-largeOui, je sais : le sujet revient fréquemment dans nos prédications et nos avis. Nous pourrions dénoncer sans relâche, comme saint Jean Chrysostome, les dangers des jeux du cirque et des théâtres païens : cela vous permettrait de vous sentir moins concernés. Mais justement, le prédicateur doit s’adapter à son temps et alerter ses fidèles sur les dangers du jour. C’est pourquoi nous nous permettons d’insister. Si les pouvoirs publics font tout pour nous obliger à nous servir d’Internet, ce n’est pas innocent. La gouvernance mondiale maçonnique n’a pas précisément pour but notre sanctification.
Les études sur le sujet ne manquent pas. Une des plus accessibles est le dossier réalisé par la revue Fideliter (N°190 – juillet-août 2009) et publié par les éditions Clovis sous le titre : La pieuvre Internet. Je voudrais dans ce petit article rappeler les dangers moraux d’Internet, les règles de la théologie morale concernant ce que l’on appelle les occasions de péché et proposer quelques directives pratiques, quelques résolutions courageuses.
Les dangers d’Internet
Ils sont de plusieurs sortes et peuvent mettre en jeu notre équilibre spirituel, ou même simplement humain, et notre salut éternel. Ils se présentent sous forme de dépendance psychologique, ce que l’on appelle une addiction. Au départ, l’utilisation vicieuse ne paraît pas dangereuse, mais elle grossit très vite, nous enchaîne à elle et nous prive de toute liberté dans ce domaine. Le temps qui lui est consacré augmente, les doses sont de plus en plus fortes, pour garder un niveau égal de sensation malgré l’accoutumance. L’individu s’isole de plus en plus en plus de son entourage et développe une stratégie de mensonge pour cacher son état à ses proches.
Les principales addictions sont les suivantes :
– l’achat compulsif sur les sites commerciaux ou les jeux d’argent ;
– le jeu sous toutes ses formes, surtout les jeux de rôles et de hasard ;
– la sexualité pathologique ou cybersexe, avec un nombre astronomique de sites pornographiques ;
– la dépendance aux sites de communication (Facebook, Twitter, forums divers et variés).
Une personne pourra ainsi passer tout un après-midi à essayer de gagner quelques euros pour l’achat d’une paire de chaussures. Mais pendant ce temps-là, le ménage n’est pas fait et le bébé baigne dans son jus. Un autre pourra passer sa nuit entière à faire le tour des forums, à envoyer message sur message, sur des sujets parfois très importants comme l’avenir de la Fraternité ou la manière qu’à l’Abbé X ou Y de diriger son Prieuré. Je ne garantis pas l’efficacité au travail pour le lendemain…
Cette question des forums pose, au-delà du problème de l’addiction et du temps perdu, la question de l’anonymat des interventions. N’importe qui peut donner son avis en toute impunité, caché derrière la masque d’un pseudo. Il n’est donc pas conforme à l’honneur d’intervenir ainsi voilé et d’en profiter pour répandre notre bile et décharger notre fiel. La calomnie, la médisance, la critique, la divulgation des secrets restent des péchés, même sous un faux nom.
La question de la pornographie est très préoccupante. Ce désordre semble inhérent à Internet tant son importance est grande sur le réseau. Même des sites commerciaux ouverts au grand public acceptent des publicités pour des sites les plus malsains. Autrefois, pour nourrir ses phantasmes, il fallait faire l’effort de se rendre au kiosque à journaux, avec le risque de se faire repérer, ou fréquenter les mauvais cinémas de la ville, rendez-vous des vicieux de toutes sortes.
Maintenant, tout cela nous est servi de manière gratuite (du moins au début), à domicile, et dans une totale discrétion. Mais la facilité d’accès n’enlève rien à la gravité de l’acte et à notre responsabilité.
Les occasions de péché
L’outil Internet comporte donc des dangers réels, dans lesquels tous nous pouvons tomber un jour ou l’autre. Internet est donc pour nous une occasion de péché, certes plus ou moins dangereuse suivant les personnes ou les époques de notre vie. Rappelons donc les règles au sujet des occasions de péché.
On appelle occasion de péché les circonstances extérieures de lieu (un bar), de personne (la jolie secrétaire au bureau), d’objet (Internet) qui nous poussent au péché.
Ces occasions peuvent être éloignées ou prochaines suivant la force de l’entraînement au péché et suivant la fréquence des chutes. Nous ne pouvons, à moins de nous isoler sur une île déserte (et encore !), supprimer toutes les occasions éloignées de péché, nous devons par contre éloigner autant que possible les occasions prochaines.
children at the laptop with mother in the backgroundLes occasions prochaines se divisent en occasions absolues, par elles-mêmes (regarder un film pornographique) et en occasions relatives, qui le seront pour certains en raison de leur fragilité mais non pour tous (entrer dans un bar pour un ivrogne invétéré, exercer la médecine pour des personnes à la sensibilité exacerbée).
Les occasions prochaines se divisent également en occasions libres, que l’on peut facilement éviter, et occasions nécessaires, que l’on ne peut moralement ou physiquement supprimer, du moins sans grave inconvénient. Deux concubins peuvent ainsi se séparer, mais le fils ne peut quitter la maison familiale dans laquelle il trouve une occasion de pécher.
Les règles à appliquer sont simples : nous avons le devoir strict de faire disparaître les occasions prochaines libres de pécher gravement. Nous ne pouvons nous mettre de nous-mêmes en danger de pécher mortellement. « Si ton oeil est pour toi une occasion de chute, arrache-le, jette-le loin de toi : il vaut mieux entrer borgne dans le Royaume des Cieux que d’être jeté avec tes deux yeux dans la Géhenne de feu » Mt XVIII, 9. Le prêtre doit même refuser l’absolution à celui qui est dans ce cas et qui ne prend pas les moyens d’éliminer l’occasion de péché.
Pour ce qui est des occasions éloignées, nous devons les tenir le plus au loin possible (vertu de prudence dans toutes nos démarches).
Quant aux occasions prochaines nécessaires, que nous ne pouvons pas tout de suite faire disparaître, nous devons prier et faire pénitence pour obtenir les grâces nécessaires à notre persévérance malgré ces circonstances difficiles, tout en faisant ce qu’il faut pour les éloigner le plus vite possible (l’employé doit éviter tout contact non professionnel avec la jolie secrétaire, tout en demandant à changer de poste).
Applications pratiques
Internet est en soi un outil dangereux, qui présente en même temps de grands avantages pour la vie pratique et la rapidité des communications. Là réside toute la difficulté des solutions à apporter. Une suppression pure et simple est la solution la plus efficace. Mais bien souvent, les études ou le travail nous interdisent une telle radicalité. Notons également que nous ne sommes pas tous égaux devant les dangers d’Internet, que certains auront à prendre des mesures drastiques alors que d’autres se contenteront de limites prudentielles.
La première règle à respecter est celle d’un accès limité dans le temps et dans un espace ouvert, non dans un endroit privé. Ce sont les mesures imposées dans les maisons de la Fraternité qui jugent bon de s’équiper d’Internet. En consé-quence, pas d’Internet sur son portable, pas d’ordinateur relié dans une chambre privée, pas de Wifi dans la maison, mais un poste unique, situé dans un lieu de passage, avec des horaires d’utilisation bien délimités (par exemple : entre 8h et 21h). C’est le minimum obligatoire pour tous.
Parfois, il faudra encore être plus distant : ne pas avoir Internet à la maison et se contenter d’un accès sur son lieu de travail ou des lieux publics (médiathèque, administration…). Si ce n’est pas possible parce que d’autres personnes utilisent Internet à la maison, demander l’installation d’un programme dit de contrôle parental qui permet de limiter les temps d’utilisation, d’interdire tout accès à certains sites, de vérifier les pages Internet consultées.
Il est parfaitement normal pour des parents d’exercer un tel contrôle, ce n’est en rien une atteinte à la vie privée. Des parents peuvent interdire l’accès de leur maison à des loubards ou à des prostituées qui viendraient rendre visite à leurs enfants : ils peuvent parfaitement contrôler l’utilisation de l’outil Internet.
Vivre sans Internet est chose possible, vivre libre par rapport à cet instrument est nécessaire. Mieux que des articles, lisons et étudions les bons livres, mieux que des infos et des scoops, appliquons-nous à notre devoir d’état et consacrons du temps à la prière. Fermons Windows et ouvrons la fenêtre : il y a tant à faire pour le service de Dieu et du prochain.
Abbé Ludovic Girod, fsspx – La Sainte Ampoule (bulletin) – janvier 2013
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