Un Gouvernement mondial pacifique peut-il exister ?

131021_2z3yn_tete_gouv_mondial_sn635Ce fut, on le sait, le rêve grandiose du génie de Dante d’imaginer et de souhaiter la constitution, dans le monde, d’un Empire universel, qui serait au point de vue temporel ce qu’est l’Eglise catholique au point de vue spirituel. Et, de même que pour les fidèles du monde entier il existe un Pouvoir spirituel unique, apte, par sa nature, à fixer ou à dirimer toutes les questions d’ordre spirituel qui peuvent être soulevées parmi eux, de même le grand Florentin voulait qu’il y eût, pour tous les hommes, un Pouvoir temporel unique ayant pour office de terminer pacifiquement tous leurs conflits. C’était un rêve magnifique; mais ce n’était qu’un rêve.
De nos jours, nous avons assisté à un essai de pacification universelle moins absolue et qui, semblait-il, aurait dû pouvoir aboutir à être réalisée en quelque manière. C’était la constitution d’un tribunal international accepté et organisé d’un commun consentement par les diverses nations, du moins par les plus considérables et les plus puissantes, à l’effet de prévenir ou de terminer pacifiquement les causes de conflit entre les divers peuples. On ne saurait dire que la constitution de ce tribunal ait été inutile. Mais si l’on avait espéré assurer par là d’une manière absolue la paix universelle, il faudrait reconnaître que les événements ont trompé cet espoir. C’est précisément entre les puissances ou les nations réunies en conférences pacifiques dans ce tribunal qu’a éclaté la plus effroyable des guerres que le monde ait jamais connues.
Il y aurait un autre moyen d’arrêter les causes de conflit parmi les divers peuples et de maintenir entre eux une paix à peu près constante. Ce serait de recourir à la seule autorité vraiment internationale, dont la nature même garantit l’indépendance et l’impartialité à l’endroit de tous les peuples et de toutes les nations de la terre. Cette autorité est celle du Souverain Pontife.
Mais ici encore, et quelque légitime ou raisonnable que demeure un tel recours, on se heurte pratiquement à l’obstacle des passions humaines. Outre que les peuples qui sont, comme tels, étrangers à l’Eglise catholique, si tant est que parfois ils ne lui soient pas nettement hostiles, auront toujours quelque peine à accepter son arbitrage, il y a encore que les intérêts privés, quand ils ont pour les servir la puissance matérielle, se rendront difficilement à une sentence dont la justice même serait à leurs yeux une sorte de ruine ou d’abandon.
Le fait brutal, indestructible, demeure donc. C’est qu’il n’est point, parmi les hommes, d’autorité politique internationale, pouvant s’imposer à tous, à l’effet de terminer pacifiquement les questions irritantes qui s’élèvent entre eux, de peuple à peuple, de nation à nation. Dès lors il n’y a plus qu’une voie qui soit à même d’y mettre un terme, quand d’un côté ou de l’autre, sinon des deux à la fois, la raison le cède à la passion aveugle : c’est la voie des armes.
La guerre est donc une nécessité inéluctable dans l’ordre des choses humaines. Tant qu’il y aura diversité d’Etats parmi les hommes, et que, d’homme à homme, la passion pourra l’emporter sur la raison, la guerre pourra se produire. Et non seulement elle pourra se produire, mais il faudra même, en certains cas, sous peine de déchéance plus encore morale que matérielle, qu’elle se produise. C’est le cas de la guerre juste.
R.P. Thomas Pègues – Saint Thomas d’Aquin et la guerre (1916)
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