Vers la conquête du pouvoir

Coup_d'État_du_13_mai_1958« Hors les effets de la persuasion magique ou la mystification du bulletin de vote, qu’espérer et que prévoir ? » –  Charles Maurras
Devant l’effroyable réalité, et parce que nous ne pouvons nous résigner à vivre avec un joug si lourd à porter sur nos épaules d’homme, nous ne pouvons nous contenter de décrire fébrilement l’évolution de notre société décadente en restant finalement les bras croisés sur notre fauteuil ou sur notre canapé usé. Une société qui est décadente en premier lieu par la volonté du pouvoir politique qui non content d’acter les phénomènes morbides qui naissent ou se développent en son sein, s’échine à en fabriquer d’autres, à attiser les plus assassins, les plus monstrueux pour soumettre toujours plus une population qui perd chaque jour un peu plus de sa fierté, de son identité, de sa liberté.
Théorie du genre, sexualisation et homosexualisation des plus jeunes par le truchement de stratagèmes pseudo-éducatifs, apologie des vices, ringardisation des valeurs morales, apologie des drogues qui abrutissent, qui castrent, qui chloroforment, qui féminisent, qui déracinent littéralement toute une jeunesse sacrifiée sur l’autel du cosmopolitisme obligatoire. En général, tout ce qui a pour effet de briser la famille, de démonétiser la nation, de déraciner la personne, tout cela est glorifié ! Un exemple éloquent, le pire : L’avortement industriel qui jouit d’une propagande étatique totale et dont les tenants s’affolent lorsque le nombre de morts n’a pas atteint le chiffre de leurs prévisions sur l’année observée.
Un pouvoir qui agit de la sorte ne peut être, n’est-ce pas, supporté, toléré ; il faut absolument l’éradiquer.
Il faut enfin agir avec abnégation, sérieux, résolument ; il nous faut le pouvoir. Nationalistes et dissidents ne peuvent rien attendre du Système en place ; il faut rompre avec le messianisme électoraliste ! Il faut attaquer le Système, tout le Système. L’expérience nous ayant montré depuis 150 ans qu’à défaut de s’en défier, il nous digérait. Le Système c’est un gros intestin monstrueux qui digère tous ceux acceptant ses règles du jeu. Il les digère ou les tue, ce qui est exactement la même chose d’un point de vue sociologique ou politique. L’histoire le montre.
L’expérience boulangiste
La mésaventure du général Boulanger (dont l’audace, la détermination tout comme le charisme se sont effondrés sans signes avant-coureurs) avait dessillé les yeux de Charles Maurras qui commençait alors à s’intéresser à la chose politique.
Que s’est-il passé avec Boulanger ? D’abord une merveilleuse illusion, une liesse populaire autour d’un homme qui représenta parfois malgré lui l’antiparlementarisme (concocté par Naquet et Laisant, deux radicaux socialistes) et donc le symbole de l’antirégimisme, l’espoir social et patriote qui mettra à la Seine, croyait-on alors, les pourris, les vendus, les corrompus comme Grévy et son gendre Wilson, l’homme qui vendait les honneurs et les décorations de la « République reconnaissante » (quelle ironie !), les voleurs de Panama, les opportunistes, et pire encore les traîtres en activité travaillant pour Bismark ou, les autres, ceux qui allaient venir, on le sentait, Dreyfus et ses amis pour ne pas les nommer.
Précisément, la faillite charismatique d’un Grévy touché de plein fouet par l’escroquerie de son gendre Wilson (qui vendait les Légions…) donnait de nouvelles idées, de nouveaux outils (dans le combat politique) aux Francs-Maçons dirigeant en coulisse « leur » République. La digestion disons-nous ! Tout est digéré ! Le scandale apprécié comme arme politique capable d’anéantir l’adversaire visé en un rien de temps ! Le bon outil pour anéantir le pressé, l’intrus, l’honnête Français.
Et le premier ennemi visé n’est autre que le général Boulanger qui est lui-même le fruit vengeur du premier scandale républicain. Le Système a su médiatiser à outrance sa liaison avec sa maîtresse Madame de Bonnemains, avant de lancer des rumeurs de tentative d’assassinat contre lui qui le firent paniquer et s’enfuir à l’étranger. Il n’aura pas fallu longtemps pour faire passer le général Revanche pour un pleutre fini. Après, il est facile de pousser au suicide un romantique comme lui ou plus simplement « de le suicider », sans éveiller de lourds soupçons, sur la tombe de sa maîtresse opportunément trépassée.
Maurras avait vu dans cette » République de roublards » une machine à salir les hommes travaillant simplement pour le salut public.
Et Maurras de savoir, d’entrevoir, que rien ne se fera par la voie électorale. Il fallait tout recomposer, tout. Sortir des illusions démocratiques et précisément, sur le plan pratique, de l’électoralisme, des agitations stériles, des campagnes incessantes, de la pantomime qui dénature inéluctablement le programme nationaliste.
Maurras a compris mieux que Barrès encore quels devaient être les viatiques du combat nationaliste. Alors qu’il avait le soutien de plus de 200 000 militants de la Ligue des Patriotes de Déroulède, Boulanger n’a rien bâti, n’a rien structuré politiquement. Il n’en voyait pas la nécessité, ce pauvre militaire naïf qui voulait voir les hommes comme il l’entendait idéologiquement, sous le prisme du républicanisme vertueux et parfait, sous le prisme d’un individualisme philosophique citoyen ignorant arbitrairement les complots et le communautariste israélite…
La genèse de l’Action française et son évolution observable pendant les 10 premières années de son existence devrait fournir un modèle stimulant aux militants sincères désireux de renverser littéralement le régime de poison qui nous asservit. Tout y est.
L’émergence du pouvoir intellectuel nationaliste, du magistère nationaliste, de la domination objective du nationalisme maurrassien dans le microcosme intellectuel doit être prise en exemple. Non qu’il faille défendre un maurrassisme strict (cela n’aurait pas de sens aujourd’hui), mais que les nationalistes aient l’ambition, au moins l’ambition, d’être les meilleurs sur le plan intellectuel, dans cette discipline si française de rhétorique politique et d’articulations des idées. 
Après avoir bien compris l’essence de la République qui est le régime de l’étranger par excellence, Maurras bientôt accompagné de ses premiers collaborateurs (pensons en particulier à Henri Vaugeois), les nationalistes réfléchis donc, se sont lancés dans les combats intellectuels titanesques de leur temps, et en premier lieu dans les débats axés autour de l’Affaire Dreyfus.
maurrasune-438748-jpg_299070Prééminence intellectuelle du nationalisme : Sa nécessité
Et nos étincelants nationalistes de montrer que le nationalisme est justement le parti de l’Intelligence et de la raison ! L’AF de Maurras a su créer elle-même la polémique intellectuelle, quand elle le voulait (ou presque) avec notamment l’anniversaire en 1905 du centenaire de feu Fustel de Coulanges que Maurras a appelé dans un beau livre La Bagarre de Fustel – Maurras réhabilite non seulement Fustel en tant qu’auteur réactionnaire mais profite de l’occasion et de la polémique qu’il a lui-même créée pour organiser l’Institut d’Action française afin de dispenser un enseignement sur tous les aspects du nationalisme intégral avec la création de plusieurs chaires consacrées à diverses thématiques comme l’histoire des idées politiques, l’histoire militaire, une chaire pour la politique, une autre pour l’économie sociale…
S’il n’y a pas agitation intellectuelle mettant en évidence l’intelligence supérieure du nationalisme, il faut la créer. L’inertie étant le meilleur allié du régime.
Il faut créer une atmosphère pré-insurrectionnelle comme l’ont fait les valeureux Camelots du roi, ces derniers n’ayant jamais hésité à chahuter des professeurs antifrançais comme Thalamas que des étudiants ont fessé en plein cours magistral, l’enseignant ayant insulté Jeanne d’Arc à plusieurs reprises pendant ses sales cours. Les Camelots giflaient les pervers, les insolents, les déracinés prosélytes, les députés et des ministres. Les Camelots empêchaient des spectacles anti-patriotes d’être joués.
Mais l’agitation simple et les émulations intellectuelles ne suffisent pas, nous dit le maître de Martigues : « Une propagande purement intellectuelle, si elle se prolonge sans aboutir à l’acte, trouvera sa limite fixe et sa barrière insurmontable dès qu’elle abordera les détenteurs du pouvoir et leur clientèle. Quelle que soit la force de cette propagande, elle ne pourra les persuader de quitter la place dont ils vivent. ». Il faut prendre au sérieux cette leçon de Charles Maurras formulée en 1908. Accepter l’idée que le pouvoir ne se quémande pas mais se prend.
 Troisièmement, il faut, en effet, préparer  le coup de force – c’est une conclusion pratique indémontable. Qui sera d’abord une conspiration à ciel ouvert afin de préparer mentalement une fraction des Français, et pour leur faire comprendre préalablement qu’un mouvement peut vivre et croître sans participer au système électoral qui corrompt inéluctablement. Car le « gouvernement » tient les urnes et ne les lâchera pas.
L’illusion de l’approbation populaire
Il n’y a pas d’alternative, l’histoire le montre. Elle montre qu’il ne faut rien attendre de la démocratie, de leur sale République, de l’électoralisme. Le Système le sait (qu’elle est invincible tant que son armature électorale ne sera pas dûment entamée), c’est pourquoi fait-il tout pour retenir les opposants dans le carcan électoral par le biais d’inépuisables subventions déversées aux partis soumis. « Ou l’on croit à ce coup (coup de force),  ou l’on ne croit à rien, et l’on espère rien, et la France est perdue », nous assurait déjà Maurras il y a plus d’un siècle.
Bien sûr, nous devons fabriquer l’état d’esprit nationaliste, l’alimenter (RIVAROL y pourvoit d’ailleurs à sa mesure), mais nous devons aussi préparer le coup de force pour établir l’Etat nationaliste. Le préparer aujourd’hui, c’est en premier lieu crier haut et fort qu’il est possible, qu’il faut justement agir et penser dans le cadre de ses préparatifs. Il ne faut pas disperser inutilement les efforts nationalistes, s’agiter dans un cadre strictement électoral qui cautionne le Système, politiquement, moralement, techniquement, économiquement.
Nous devons œuvrer pour la formation physique et intellectuelle d’une minorité active férocement résolue. Nous n’avons pas besoin de convaincre tous les Français et les allogènes comme un vulgaire parti faussement patriote. C’est impossible et ce n’est pas nécessaire, répétons-le. « Quand il est à sa place, on peut tout espérer de l’action du plus petit nombre, toutes les fois qu’il est cohérent et prompt. »
Et la masse ? Entendons-nous aujourd’hui encore, alors que cette même interrogation d’esprit pusillanime faisait bourdonner les oreilles sourdes du Martégal au début du Vingtième siècle. Et la masse ! La masse n’est rien politiquement, et moins encore aujourd’hui qu’hier aurions-nous tendance à penser. La masse suit. Faudrait-il réellement prendre en considération la masse des moutons et des pleutres ? La masse suit ! Encore une fois, l’histoire le montre. Il suffit qu’elle sente bien, la masse, que le sens de l’histoire (sentiment impalpable créé par l’inlassable propagande du pouvoir charismatique selon Max Weber mais qui ne correspond en vérité à aucun déterminisme ou à aucun fatalisme !) peut changer.
Il ne faudrait quand même pas penser que le régime en place, que nous appelons à propos l’Engeance, s’intéresse d’une manière sérieuse aux besoins réels de la masse. La suppression de la peine de mort ne la jamais intéressée. L’avortement qui extermine notre peuple ne l’a jamais sérieusement intéressée. « On » lui a fait avaler. L’euthanasie industrielle qui vient lui est subtilement imposée.
Toutes les grandes décisions politiques furent en quelque sorte imposées à la masse.
La suppression des frontières n’a jamais été désirée que par les nomades et autres pouacres déracinés ! L’immigration-invasion attisée par la légalisation du regroupement familial à la fin des années 70 n’a été désirée par personne, si ce n’est par la clique apatride et le gros argent dénationalisé. D’autres phénomènes ont été imposés par étapes comme la pornographie institutionnalisée ou l’homosexualisation glorieuse de notre société qui n’intéressent que les détraqués ou les émules d’un Léon Blum qui militait en son temps pour l’avènement de « notre » lupanar.
Bref, aucune grande mesure politique d’après 1945 ne découle d’un vœu profond du pays réel. Cette masse s’est-elle pour autant révoltée contre un pouvoir qui lui veut indéniablement tant de mal ? Non tout illusionnée qu’elle est… Et surtout si pusillanime !  L’urne des faibles et des pleutres doit être conchiée, l’urne béante de la duplicité patriote et notamment de celle déjeunant avec des journaleux comme Haziza et Forcari doit être vomi. Pour enfin s’organiser en un tison ardent qui perfora à temps la carapace oligarchique et incendiera les idoles de papier !
François-Xavier Rochette – Journaliste à Rivarol – n° 3125 du 23/01/2014
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