Le salut du monde est dans la volonté des âmes qui croient

Thorn again … Jim Caviezel as Jesus in Mel Gibson's The Passion of the Christ (2004).Aimer ? Pourquoi ? Pourquoi aimer ?
L’être humain s’est barricadé derrière son égoïsme et son plaisir. La vertu a délaissé son chant naturel. On se gausse de ses vieux rites. Les âmes étouffent. Ou même elles ont été liquidées, derrière les décors des habitudes et des conventions.
Le bonheur est devenu, pour l’homme et pour la femme, un monceau de fruits qu’ils croquent à la hâte ou dans lesquels ils plantent des dents rapides sans plus, pour les rejeter pêle-mêle – corps abîmés, âmes abîmées – une fois épuisée la frénésie passagère, en quête déjà d’autres fruits plus excitants ou plus pervers.
L’air est chargé de tous les reniements moraux et spirituels. Les poumons aspirent en vain à une bouffée d’air pur, à la fraîcheur d’un embrun jeté au ras des sables.
Les jardins intérieurs des hommes ont perdu leurs couleurs et leurs chants d’oiseaux. L’amour, lui-même, ne se donne plus. Et d’ailleurs, qu’est-ce que l’amour, le plus beau mot du monde, ravalé au rang de passe-temps physique, instinctif et interchangeable ?…
Le seul bonheur pourtant résidait dans le don, le seul bonheur qui consolait, qui enivrait comme le parfum plénier des fruits et des feuillages de l’automne.
Le bonheur n’existe que dans le don, le don complet ; son désintéressement lui confie des saveurs d’éternité ; il revient aux lèvres de l’âme avec une suavité immatérielle.
Donner ! Avoir vu des yeux qui brillent d’avoir été compris, atteints, comblés !
Donner ! Sentir les grandes nappes heureuses qui flottent comme des eaux dansantes sur un cœur soudain pavoisé de soleil !
Donner ! Avoir atteint les fibres secrètes que tissent les mystères de la sensibilité !
Donner ! Avoir le geste qui soulage, qui enlève à la main son poids charnel, qui épuise le besoin d’être aimé !
Alors le coeur devient léger comme le pollen. Son plaisir s’élève comme le chant du rossignol, voix brûlante qui nourrit les ombres. Nous ruisselons de joie. Nous avons vidé cette puissance de bonheur que nous n’avions pas reçue pour nous, qui nous encombrait, que nous devions déverser, comme la terre ne peut contenir sans fin la vie des sources et les laisse éclater sous les crocus et les jonquilles, ou dans les failles des rochers verts. Mais aujourd’hui dans mille failles desséchées les sources spirituelles ont cessé de jaillir. La terre ne déverse plus ce don qui la gonflait. Elle retient son bonheur. Elle l’étouffe.
L’agonie de notre temps gît là.
Le siècle ne s’effondre pas faute de soutien matériel. Jamais l’univers ne fut si riche, comblé de tant de confort, aidé par une industrialisation à ce point productrice.
Jamais il n’y eut tant de ressources ni de biens offerts. C’est le coeur de l’homme, et lui seul, qui est en état de faillite.
C’est faute d’aimer, c’est faute de croire et de se donner, que le monde s’accable lui-même des coups qui l’assassinent.
Le siècle a voulu n’être plus que le siècle des appétits. Son orgueil l’a perdu. Il a cru aux machines, aux stocks, aux lingots, sur lesquels il régnerait en maître. Il a cru, tout autant, à la victoire des passions charnelles projetées au-delà de toutes les limites, à la libération des formes les plus diverses des jouissances, sans cesse multipliées, toujours plus avilies et plus avilissantes, dotées d’une « technique » qui n’est, en somme, généralement, qu’une accumulation, sans grande imagination, d’assez pauvres vices, d’êtres vidés.
De ses conquêtes, ou plus exactement de ses erreurs, puis de ses chutes, l’homme n’a retiré que des plaisirs qui paraissaient suprêmement excitants au début et qui n’étaient en fait que du poison, de la boue et du toc.
Pour ce toc, cette boue et ce poison, pourtant, l’homme, la femme avaient délaissé, avaient profané, à travers leurs rêves et leurs corps dévastés, la joie intérieure, la vraie joie, le grand soleil de la vraie joie. Les bouffées de plaisir des possessions – matière ou chair – devaient, tôt ou tard, s’évanouir parce qu’illusoires, viciées dès le début, vicieuses de plus en plus.
Il n’est resté au coeur des vainqueurs passagers de ces enchères stériles que la passion de prendre, de prendre vite, des bouffées de colère qui les dressent contre tous les obstacles et de fades odeurs de déchéance collées à leurs vies saccagées et pourries.
Vains, vidés, les mains ballantes, ils ne voient même pas arriver l’instant où l’oeuvre factice de leur temps s’effondrera.
Elle s’effondrera parce qu’elle était contraire aux lois mêmes du coeur, et – disons le grand mot – aux lois de Dieu. Lui seul, si fort qu’on en ait ri, donnait au monde son équilibre, orientait les passions, leur ouvrait les vannes du don complet et de l’amour authentique, indiquait un sens à nos jours, quels que fussent nos bonheurs et nos malheurs.
On pourra réunir toutes les Conférences du monde, rassembler par troupeaux les Chefs d’Etat, les experts économiques et les champions de toutes les techniques. Ils soupèseront. Ils décréteront.
Mais, au fond, ils échoueront car ils passeront à côté de l’essentiel.
La maladie du siècle n’est pas dans le corps. Le corps est malade parce que l’âme est malade.
C’est elle qu’il fallait, qu’il faudra coûte que coûte guérir et revivifier.
La vraie, la grand révolution à faire est là.
Révolution spirituelle.
Ou faillite du siècle.
Le salut du monde est dans la volonté des âmes qui croient.
Léon Degrelle – Les âmes qui brûlent (1964)
Publicités
Cet article a été publié dans Léon Degrelle, Méditations, Nationalisme. Ajoutez ce permalien à vos favoris.