Doit-on prôner systématiquement la non-violence ?

Hippie_bug!_(1043753793)Le terme de violence dérive du latin, vis, la force. La force est une vertu, elle est l’âme de la volonté, elle est la puissance de la vérité : on ne peut la concevoir sans la lumière, ni la lumière sans elle. Sans la lumière, la force est aveugle, sans la force, la lumière est vaine.
La violence est une force explosive. Elle n’est légitime que dans certaines limites, maîtrisée et dirigée, elle aussi, vers le bien et la vérité.
Elle peut être dangereuse. Facile au début si on a l’initiative, elle est contagieuse. La violence appelle la violence. Elle peut emporter celui qui la commet, comme celui qui la subit ; au point de faire oublier sa raison d’être.
Non contrôlée, elle dégénère. Mise au service du mensonge, du crime et de l’injustice, elle est dévastatrice. Mise au service du bien, elle est précieuse. Comme le geste décisif du chirurgien, la correction d’une faute peut nécessiter une violence proportionnée, salutaire (comme, aussi, la prison pour un voleur, la correction d’un enfant ou la correction de soi-même).
Dans l’Ancien Testament, la colère divine se manifeste à maintes reprises contre un peuple rebelle. Les prophètes — et jusqu’au dernier d’entre eux, Jean-Baptiste — en témoignent.
Le Christ lui-même a usé de violence. On le voit durcir son visage, interpeller très vivement les pharisiens et même ses disciples, renverser les tables des changeurs du temple, brandir le fouet, comme enflammé de l’amour du service de son Père.
Mais il désamorce lui-même la violence lorsqu’il nous recommande de ne pas répondre à celle-ci (même injuste) par une autre violence et d’être prêt à la subir et à l’accepter comme lui-même l’a fait sur la croix. Il consent à son propre sacrifice par amour de la vérité et de ses ennemis.
La non-violence est une expression négative. Elle est étrangère, pensons-nous, à l’Évangile et à la réalité. Certains, comme Lanza del Vasto, ont voulu l’accommoder aux Béatitudes, mais elle en diffère profondément. D’une certaine façon, et pour nous arracher à la pesanteur, la violence est dans les Béatitudes. Elle est dans la pauvreté de soi, dans la souffrance de la persécution, dans la recherche de la pureté, de la miséricorde, et même de la douceur et de la paix. Le Royaume des cieux appartient à ceux qui lui font violence (Luc, 16,16).
D’autre part, la non-violence, pas plus que la violence, n’a de sens en elle-même. Les Béatitudes ne sont pas qu’une ascèse ou un détachement, mais d’abord surtout un attachement. Heureux les pauvres en esprit. Heureux les doux, heureux les pacifiques.
La vie divine est l’amour de Dieu, des autres et de sa création, avant d’être un oubli de soi. Elle n’est pas une extinction mais un brasier.
Dr Xavier Dor – Le crime contre Dieu (1998) – Téléchargez le livre
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