L’Occupation vue par l’abbé Bergey (1943)

RO80045103Le 3 avril 1943, l’abbé Bergey rappela :
« […] dès que la guerre a éclaté, nous avons “marché” a fond. Ici même, j’ai attaqué violemment l’Allemagne parce que je l’avais visitée à plusieurs reprises. […] j’ai estimé qu’il fallait se dresser à bloc, non pour la coucher de nouveau de force dans le lit de Procuste, mais pour l’empêcher de pénétrer chez nous et pour tenter l’organisation équitable de l’Europe, que nous avions entrevue depuis 1918 avec beaucoup d’excellents esprit “mauvais patriotes”… déjà !
En attaquant l’Allemagne, j’ai rempli mon devoir de français.
Mais quand j’ai vu l’attitude anglaise, en 1940, quand j’ai connu la réponse américaine à Paul Raynaud ;
Quand j’ai su la proposition Churchill d’incorporation de la France à l’Empire britannique ;
Quand j’ai connu les lettres — qu’on nous avait cachées — de M. Hitler à M. Chamberlain et à M. Daladier ;
Quand j’ai su les propositions acceptables, faites à la Pologne et refusée par cette dernière sur l’ordre de l’Angleterre ;
Quand j’ai su par les témoins et les documents les manœuvres abominables de la dernière heure, devant les possibilités d’entente et devant l’offre d’intervention italienne, la déclaration illégale de guerre ;
Et d’autre part, quand j’ai vu l’Allemand à Angoulême, se dominant lui-même dans sa victoire foudroyante, au milieu d’un peuple et d’une armée en effroyable déroute ;
Quand j’ai vu les coupables de nos malheurs fuir ou tenter de fuir comme des rats ;
Quand j’ai vu l’adversaire accorder un armistice inespéré au maréchal Pétain, couvert d’injures dès le lendemain par les Iscariotes ;
Et quand j’ai vu que nos vainqueurs prenaient à leur compte le rêve de 1918, et permettaient à la France désemparée de ne pas fermer son cœur à l’espoir ;
Quand j’ai vu les gros et égoïstes capitalistes de Washington et de Londres, pour sauver leurs sous et leur peau, mettre la main dans la main sanglante de Staline et abandonner l’Europe aux Bolcheviks ;
Quand j’ai vu plus récemment la politique du « Massilia » achever froidement la ruine de la France, élever la trahison à la hauteur d’une vertu patriotique ;
Quand j’ai vu beaucoup d’autres choses qui me dégoûtent profondément […] ;
J’ai compris que le devoir changeait totalement de cours comme les événements changeaient profondément d’aspect.
Je ne me suis pas dit que désormais j’aimais nos vainqueurs. Je les ai combattus. Ils m’ont blessé quatre fois. « L’occupation » m’est dure. Si je disais le contraire, ils me mépriseraient — avec raison — et je me mépriserais moi-même.
Je n’ai pas eu le triste courage, comme beaucoup que je connais bien, d’aller ramper à leurs pieds pour obtenir des faveurs ou de lucratives commandes commerciales, tout en me livrant à de clandestines propagandes contre eux, pour paraître « super-patriote ».
En tant que citoyen français, sous les conseils du Chef légitime de l’État français, j’ai compris que je devais loyalement travailler à faire obtenir de mon Pays malheureux, la place qu’on lui permet de prendre dans l’organisation européenne de demain, sous la conduite du Chef constitutionnel ;
En tant que prêtre, je ne me reconnais le droit de prêcher la violence contre ceux qui me laissent des libertés — que ne respectèrent pas toujours, quand ils étaient au pouvoir, les néo-païens de chez nous, aujourd’hui conseilleurs lointains et irresponsables de révolte, de sabotage et de terrorisme.
Et pour obtenir de moi cette attitude, les Allemands n’ont eu besoin, ni de m’offrir du Mark, ni de me menacer du poteau […].
Je n’ai eu besoin ni des Allemands, ni de la radio, ni de titres officiels, ni de sinécure administrative, pour connaître et remplir mon devoir.
J’ai écouté mes chefs ecclésiastiques et civils.
J’ai compris.
J’ai suivi.
C’est tout.
[Source : PHDNM]
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