Lâcher le combat, c’est devenir une épave humaine

1179832015Ce n’est pas seulement l’avenir matériel de Défense de l’Occident qui me préoccupe, c’est son utilité réelle.
Les réflexions que je devais faire inévitablement en sélectionnant ces morceaux choisis de Défense de l’Occident m’ont convaincu plus clairement que jamais de notre isolement sur le clavier des idées politiques et du caractère abstrait et pour ainsi dire intemporel du schéma politique dont nous rêvons.
Non seulement l’équilibre du monde et la restauration de l’Europe que nous souhaitons ne font aucun progrès, mais ils s’éloignent dans un avenir chimérique et ce que nous voyons se développer et qui risque d’être notre avenir est une partition de la puissance à laquelle il n’est pas en notre pouvoir d’échapper.
Il en est de même des principes auxquels nous sommes attachés. Ils nous paraissent des vérités évidentes, mais ils sont niés partout, brisés, pulvérisés, anéantis, ils ne ressuscitent en aucun point du globe : au contraire, ce sont les modes divers de la décadence ou les solutions autoritaires de l’esclavage qui l’emportent partout.
Le mensonge historique et l’imposture se portent tout aussi bien. Ils forment un bruit de fond répercuté par les échos multipliés du cinéma, de la télévision, de la presse auquel aucun troglodyte ne réussit à échapper. En somme, Défense de l’Occident est étranger à la politique de notre temps, à sa morale, à son fond culturel. Alors faut-il continuer cette entreprise, triplement marginale par ses moyens, par ses méthodes et par ses positions ?
Je n’ai aucune raison de terminer, comme je devrais le faire, par un couplet de bravoure, disant que, malgré tout, nous sommes l’avenir, qu’en tous cas Défense de l’Occident est un témoignage, une protestation nécessaire, peut-être un répertoire de suggestions et de discussions qui sera utile quelque jour, ou simplement le feu d’une patrouille perdue, ce feu que les hommes des cavernes entretenaient précieusement dans un petit pot de terre, pour les hommes des autres tribus, pour leurs enfants. Je n’en sais rien.
J’ai continué pour quelques-uns dont les témoignages de confiance et d’amitié,dont la fidélité me touchent. J’ai voulu rester parmi eux. Si, un jour, quelque contrainte ou quelque Impossibilité me force à interrompre la publication de Défense de l’Occident, sans que j’aie pu trouver un successeur, j’aurai la consolation d’avoir représenté quelque temps ceux qui n’acceptaient pas de se taire, d’avoir été le soldat inconnu qui a tiré dans son coin le dernières cartouches de son vieux fusil.
Il y a sans doute de l’orgueil et de l’entêtement dans cette persistance. Mais, après tout, avec quoi fait-on une vie ? Nos défauts nous servent à nous tenir debout autant que nos qualités. Nous ne vivons tous que par l’imagination, c’est-à-dire sans doute par des chimères. Mais quand nos chimères nous paraissent le visage même de la vérité, c’est notre raison d’être que nous maintenons en leur restent fidèle. Elles sont l’ancre qui nous retient contre les vents du non-espoir. Lâcher cette ancre, c’est devenir un épave humaine qui regarde d’un oeil mort un monde absurde.
Maurice Bardèche – Petite histoire de « Défense de l’Occident » (1977)
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