L’ONU et le contrôle de la croissance de la population

BébéL’Europe vieillit de façon inquiétante. Ce phénomène risque de bouleverser profondément nos sociétés. Michel Schooyans alerte sur les dangers qui approchent.
Vous avez écrit des ouvrages sur l’évolution de la population mondiale. Quel constat faites-vous sur la situation aujourd’hui ?
Dans un grand nombre de pays, on assiste à un impressionnant vieillissement des populations. La première cause de ce vieillissement, c’est la chute de la fécondité. Tous les pays d’Europe se trouvent au-dessous du seuil de renouvellement. A cela s’ajoute un autre facteur : l’augmentation de l’espérance de vie, liée aux progrès de la médecine. Alors qu’aujourd’hui 7 % de la population mondiale a 65 ans ou plus, en Europe ce pourcentage s’élève à 15 % et ne cesse d’augmenter.
Quelles sont les causes profondes de ces mutations ?
La cause de vieillissement la plus importante est la chute de la fécondité. Dans nos sociétés, l’idéologie néo-libérale exalte l’individu à l’extrême. Pour le séduire, le néo-libéralisme s’attaque à la famille. Aujourd’hui, le père et son enfant ont les mêmes droits. L’âge de la majorité ne cesse de baisser, de même que celui de la « maturité affective et sexuelle » des enfants.
L’État flatte également l’individu en créant des lois qui facilitent le divorce ou qui donnent un statut au « mariage » de personnes de même sexe. De nombreux facteurs de ce type fragilisent la famille, au point qu’il devient difficile pour les jeunes de s’engager, de rester fidèles, d’envisager d’accueillir plusieurs enfants.
La chute de la fécondité a aussi d’autres causes : l’usage de plus en plus fréquent des moyens contraceptifs et la banalisation de l’avortement. Ces comportements face à la fécondité et face à la famille sont encouragés par certains organismes afin, notamment, de contrôler le taux de croissance des populations pauvres.
Qui veut contrôler la croissance des populations et pourquoi ?
L’ONU et certaines de ses agences, comme le Fonds des Nations Unies pour la Population (FNUAP), l’UNICEF, l’UNESCO, l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS), etc. essayent d’imposer une nouvelle conception des droits de l’homme. Dans ce but, on n’hésite pas à divulguer des expressions piégées. Ainsi sous des vocables comme la « santé reproductive » ou la « maternité sans risque » se cache le « droit » à l’avortement. Dans ce domaine, l’Union Européenne est particulièrement impliquée.
En fait, nous assistons à l’émergence d’une nouvelle conception de l’homme et de ses droits, qui met radicalement en question la notion de dignité intrinsèque de la personne. On glisse peu à peu vers une dignité à géométrie variable, qui dépend des capacités de la personne, de son pouvoir d’achat ou de sa « rentabilité ». De nouvelles formes d’eugénisme apparaissent.
Une autre raison de cette « politique » a ses racines dans la vieille idéologie malthusienne, qui remonte à la fin du XVIIIe siècle. Malthus affirme que le fossé entre les ressources alimentaires et le nombre d’hommes ne cesse de grandir, au point que nous courons à la catastrophe. Selon le célèbre pasteur anglican, il faudrait donc contrôler la croissance des populations. Or aujourd’hui, il est clair que l’homme a une capacité de produire de l’alimentation qui dépasse de loin les besoins de la population mondiale. Ce qui manque, c’est une volonté politique pour une plus juste distribution et une meilleure maîtrise de la production excédentaire.
(…) En fin de compte, Malthus n’aurait-il pas raison ?
La prévision catastrophique de Malthus est bien connue : alors que les ressources alimentaires croissent selon une progression arithmétique, la population augmente selon une progression géométrique. Au grand banquet de la nature, le couvert n’a pas été mis pour tout le monde. Seuls les plus aptes parviennent à accéder aux  aliments et à survivre ; la nature sélectionne les plus forts et élimine les moins doués. Par leur propre pauvreté, les pauvres – dit-on – manifestent qu’ils sont moins doués. S’ils s’obstinent à prétendre avoir accès à la table garnie, les portions du gâteau disponible vont être de plus en plus réduites et tout le monde va finir par avoir faim. La seule solution consiste à convaincre les pauvres d’avoir le moins d’enfants possible. On leur recommande donc en particulier le mariage tardif, donc la « restriction morale ». Ceux qui sont mus par un faux sentiment de compassion sont des irresponsables, comme le sont ceux qui invoquent le précepte évangélique recommandant d’aider les pauvres. Ils ne respectent pas la « loi de la nature », qui ordonne la survivance des forts et l’élimination des faibles. La société est violente comme la nature est violente.
Répandue d’abord dans les milieux anglo-saxons, cette idéologie a été divulguée et prêchée par des gouvernements, des agences publiques ou privées, de nombreuses ONG, dans les médias, les milieux académiques, etc.
En réalité ces prévisions de Malthus, toujours répétées, ont été démenties dès le début par les faits. Au tournant des XVIIIe et XIXe siècles, Malthus prétendait que l’Angleterre n’était pas capable de comporter une population de plus de 10 millions d’habitants. Or, nous savons aujourd’hui, par la démographie historique, que quand Malthus soutenait cette thèse, l’Angleterre avait déjà dépassé le seuil de 10 millions d’habitants !
Père Michel Schooyans – Les idoles de la modernité (2009)
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