L’esprit chevaleresque de la Voie du Samouraï (1)

2817__Wallpaper_Samourai_copieLe Moine Tannen avait coutume de dire « les gens ont fini par ne plus rien comprendre parce que les prêtres n’enseignent plus que la doctrine du « Mushin ». Ce que l’on appelle Mushin, c’est un esprit sans tâche et sans complication. Ceci est intéressant ».
Le Seigneur Sanenori disait « Au sein d’un souffle où la perversité ne trouve pas sa place, est la VOIE ». Si cela est vrai, la Voie est une. Mais personne ne peut comprendre cette évidence de premier abord.
La pureté ne s’obtient pas sans effort.
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J’ai découvert que la voie du Samouraï réside dans la mort. Lors d’une crise, quand il existe autant de chances de vie que de mort, il faut choisir immédiatement la mort. Il n’y a là rien de difficile ; il faut simplement s’armer de courage et agir. Certains disent que mourir sans avoir achevé sa mission, c’est mourir en vain. Ce raisonnement que tiennent les marchands gonflés d’orgueil qui sévissent à Osaka n’est qu’un calcul fallacieux, qu’une imitation caricaturale, de l’éthique des Samouraïs.
Faire un choix judicieux dans une situation où les chances de vivre ou de mourir s’équilibrent est quasiment impossible. Nous préférons tous vivre et il est tout à fait naturel que l’être humain se trouve toujours de bonnes raisons pour continuer à vivre.
Celui qui choisit de vivre tout en ayant failli à sa mission encourra le mépris et sera à la fois un lâche et un raté. Celui qui meurt après avoir échoué, meurt d’une mort fanatique, qui peut sembler inutile. Mais il ne sera, par contre, pas déshonoré. Telle est en fait la voie du Samouraï.
Pour être un parfait Samouraï, il faut se préparer à la mort matin et soir et même toute la journée. Quand un Samouraï est constamment prêt à mourir, il a acquis la maîtrise de la Voie et il peut sans relâche consacrer sa vie entière à son Seigneur.
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Réprimander et corriger quelqu’un pour ses erreurs est important. Cet acte essentiellement charitable est la première obligation du Samouraï.
Mais il faut s’efforcer de le faire de façon convenable. Il est, en effet, aisé de trouver des qualités et des imperfections dans la conduite d’un tiers. Il est également facile de le critiquer. La plupart des gens s’imaginent que c’est par gentillesse qu’ils disent aux autres ce qu’ils ne désirent pas entendre et si jamais leurs critiques sont mal accueillies, ils considèrent qu’ils sont incurables.
Une telle façon de penser est déraisonnable. Elle donne d’aussi mauvais résultats que si on mettait délibérément quelqu’un dans l’embarras ou que si on l’insultait. Elle n’est souvent qu’une mauvaise manière de sortir ce que l’on a sur le cœur.
La critique ne doit intervenir qu’après avoir discerné si oui ou non la personne l’acceptera, qu’après s’en être fait une amie, qu’après avoir partagé ses intérêts et s’être comporté de façon telle qu’elle nous accorde son entière confiance, afin qu’elle ait foi en toutes nos paroles. C’est ensuite qu’intervient le tact. Il faut sentir le bon moment et la bonne manière d’exercer sa critique – par missive ou au retour d’une réunion particulièrement agréable -. Il faut commencer par faire état de ses propres imperfections puis amener l’interlocuteur à comprendre, sans prononcer plus de mots qu’il n’est nécessaire. Il faut louer ses mérites ; s’efforcer de l’encourager, de préparer son humeur; le rendre aussi réceptif aux observations que l’homme assoiffé l’est à l’eau. C’est alors qu’il faut corriger ses erreurs.
La critique constructive est délicate. Je sais d’expérience, que les mauvaises et anciennes habitudes, ne cèdent pas sans contrainte. Il me semble que l’attitude la plus authentiquement charitable consiste, pour tous les Samouraïs au service d’un Daimyo, à être bienveillants et amicaux les uns pour les autres, à corriger mutuellement leurs erreurs pour mieux servir ensemble le Daimyo. En embarrassant volontairement quelqu’un, on ne fait rien de constructif. Comment pourrait-il d’ailleurs en être autrement ?
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hara-kiri-mort-d-un-samourai-ichimei-hara-kiri-death-of-a-samourai-30-11--12-gOn m’a dit qu’un maître de Sabre déjà avancé en âge avait dit ceci : « Le Samouraï doit s’entraîner toute sa vie » et il y a, à cela, une raison. Tout au début, même en cas de pratique régulière, on n’a pas l’impression de progresser. On se sait malhabile et on voit les autres à son image.
A ce stade, inutile de préciser que l’on n’est d’aucune utilité au service du Daimyo. Quand on atteint un stade moyen, on n’est pas encore d’une grande utilité mais on prend conscience de ses déficiences et on commence à remarquer les imperfections des autres.
Quand un Samouraï atteint un niveau supérieur, il est capable de prendre, de sa propre initiative, des décisions en n’importe quelle situation, de sorte qu’il n’a plus besoin des conseils des autres. Il acquiert plus de confiance en ses possibilités, se réjouit d’être loué et déplore les insuffisances des autres. Un tel Samouraï est, on peut le dire, utile au Daimyo.
Puis au delà de ce niveau, il y a ceux dont l’expression du visage ne révèle jamais ce qu’ils pensent, qui ne font jamais étalage de leur habileté, qui feignent l’ignorance et l’incompétence. Qui plus est, ils respectent l’habileté des autres. Pour beaucoup, là est l’ambition la plus haute.
Mais à un niveau encore plus élevé, il existe un domaine qui dépasse l’habileté du commun des mortels. Celui qui s’engage à fond dans la Voie de ce domaine, prend conscience que son entraînement sera illimité et qu’il ne pourra jamais être satisfait de son travail.
C’est pourquoi un Samouraï doit connaître ses faiblesses et passer sa vie à les corriger sans jamais avoir le sentiment d’en faire suffisamment. Il ne doit naturellement jamais être trop confiant mais il ne doit pas non plus se sentir inférieur.
Yagyu, le maître de la Voie du Sabre, auprès du Shogun Tokugawa disait : « je ne sais pas comment surpasser les autres. Tout ce que je sais, c’est comment me surpasser ». Il se disait : « Je suis aujourd’hui meilleur qu’hier, demain je serai encore supérieur ». Un vrai Samouraï consacre tout son temps au perfectionnement de lui-même. C’est pourquoi, l’entraînement est un processus sans fin.
Hagakure, le livre du Samouraï (1716)
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