Jean d’Ormesson, vieux dégueulasse

2566072-jean-d-o-et-napoArticle répugnant de Jean d’Ormesson (Académicien, ancien directeur du Figaro) – Le Point – 13/11/1993
Bonheurs et malheurs d’un Don Juan converti
Gabriel Matzneff [pédophile revendiqué] poursuit son journal intime, ou l’histoire de la passion – des passions – d’un quinquagénaire émoustillé par les jeunes filles en fleur.
Il est grand, il est mince, il est chauve à la Brynner, avec des yeux et des dents à chavirer tous les collèges et toutes les maternelles ; j’ai beau ne plus avoir 13 ans, je l’aime beaucoup. Il se répète sans se lasser : c’est le signe d’un écrivain. Tout le monde est capable d’écrire n’importe quoi. Un écrivain n’en finit pas d’écrire toujours la même chose : c’est ce qu’on appelle un style. Il y a un style Matzneff. Il tourne autour de Sénèque, d’Epicure, de l’Eglise orthodoxe, de la diététique et des moins de 16 ans.
« La prunelle de mes yeux« , joli titre, est un journal intime. Il prend la suite de « Cette camisole de flammes« , de ‘L’archange aux pieds fourchus » et d' »Un galop d’enfer« , qui se ressemblaient comme deux gouttes d’eau. Cette fois-ci encore, c’est rassurant ; dès les trois premières pages, l’auteur couche ou a couché ou envisagé de coucher avec Marie-Elisabeth, avec Diane, avec Marie-Agnès, avec Anne, avec les deux Isabelle, qu’on ne distingue pas très bien l’une de l’autre, avec Francesca, avec Marie-Laurence, avec Sabine, avec Guylaine, que l’orthographe de son nom, sans doute, pousse à des actes sanguinaires, avec Severyne et sa ravissante soeur et son amie Edwyge – comme je vous le dis ! -, danseuse au Lido, avec Karine, avec Sophie – et avec Vanessa, héroïne fugitive d’une passion menacée. J’en oublie.
C’est un hamburger de corps empilés l’un sur l’autre à faire pâlir Jean-Marie Rouart. Entre-temps, ne nous laissons pas aller, il faut penser un peu à soi, on se fait masser le crâne par la jeune Véronique, on se fait faire les mains par Mlle Margarita, on se fait soigner les pieds par Patricia, la jolie pédicure. Et on jette un coup d’oeil sur Bossuet, sermon sur les devoirs des rois : « Je me suis répandu comme de l’eau. Sicut aqua effusus sum. » (Psaumes, XXI, 15). Gabriel a de bonnes lectures. A la façon de Montherlant, qui n’est jamais très loin, il se relit beaucoup lui-même. Tantôt un de ses anciens livres – « C’est vraiment épatant… c’est bon, vraiment très bon… » -, tantôt un brouillon de billet à l’une ou l’autre de ses jeunes maîtresses, tantôt le double, conservé, merci mon cher Gabriel, d’une lettre adressée à moi-même : « Je suis encombré de moi, occupé de mon destin. […] Voilà des années que je songe à écrire un essai sur Byron : ce sera un essai sur Matzneff. » Bien vu, camarade ! (…)
Le miracle est que tout cela, qui n’est certes pas sans intérêt mais qui pourrait lasser malgré visites à l’église russe et aux bains Deligny – la chute de la maison Deligny a dû être un coup dur pour Matzneff – se lit sans le moindre ennui, et souvent avec plaisir. Le mélange de Feydeau – on hésite à ouvrir la porte quand on est avec Diane parce qu’on croit que c’est Vanessa, mais on se trompe, et c’est Laurence, à moins que ce ne soit Hélène – et de Saint Augustin a quelque chose d’attachant. Et pourtant, sur trois cent trente-cinq pages, que raconte « La prunelle de mes yeux » ? La passion d’un quinquagénaire, excité par l’ombre de la Brigade des mineurs, pour une collégienne de 14 ans – en quatrième, peut-être ? Ou déjà en troisième – et ses efforts pour rompre avec la bonne douzaine de maîtresses, ah ! bravo, dont il cultivait les faveurs avant de tomber sur l’amour.
Il faut dire que les éliminations successives – huit se résignent assez vite à leur sort déplorable, mais il reste un noyau dur qui n’arrive pas à s’arracher aux étreintes de l’archange – constituent un gros travail. D’autant que l’auteur a un coeur d’or et que l’idée du chagrin qu’il va causer à Marie-Elisabeth, à Diane, à Emmanuelle, à Anne-Chantal, à Isabelle D. et à Isabelle L. lui est insupportable. D’autant plus, encore, que, quand il parvient à ses fins et qu’elles s’éloignent de lui au prix d’un grand effort, il en est surpris et blessé. Ajoutez-y les angoisses que lui causent, un jour sur deux, les retards de Vanessa, retenue à l’école ou par une mère vieux jeu, et vous comprendrez sans peine que l’inquiétude, l’exaspération, l’humidité, le froid le saisissent même aux plus beaux jours, et qu’il rentre chez lui, transi, prendre un bain chaud, du thé brûlant au miel et un cachet de Cequinyl ou de Temesta. La vie d’amant volage est rude, celle d’amant fidèle n’est pas drôle.
PedophilieOn imagine sans peine la fin de l’histoire : la collégienne étouffée par une jalousie hystérique, l’appel du grand large chez l’écrivain, le craquèlement de la passion et l’écroulement du grand amour, moins éternel, on l’aurait parié, que prévu dans les premières pages. Ce qu’il y a de mieux chez Matzneff, ce n’est pas ce remâchage qui tourne parfois au rabâchage, c’est la trilogie plaisir, courage et style. Parmi tant d’écrivains qui pataugent dans les bouillies qui n’ont de nom dans aucune langue, Matzneff brille d’abord par l’amour du plaisir. Ce n’est pas lui qui signerait des manifestes, qui tournerait autour des institutions, qui ferait de la lèche aux puissants. Il est libre, il est charmant, c’est un disciple savant d’Epicure. On lui serre la main.
D’autant plus volontiers qu’il a eu son lot de malheurs, et qu’il en parle avec courage et simplicité. Je me rappelle l' »Apostrophes », en 1987, où il est apparu avec des lunettes noires. Les collégiennes s’évanouissaient. On avait cru un instant que c’était le sida. Ce n’était qu’un candida albicans qui s’était attaqué à son oeil gauche. Matzneff le traite avec drôlerie et avec une fermeté d’âme qui entraîne l’amitié. C’est le moment ou jamais de citer la formule qu’il répète plus d’une fois : « Navigare necesse est, vivere non necesse. »
Reste l’essentiel. C’est le style. Il me plaît, comme il plaît, semble-t-il, à Cioran, à Dutourd, à Sollers, à Rinaldi, à Bernard-Henri Lévy. Il y a des négligences dans le livre – le jeudi saint 1987, par exemple, ressemble de façon bien étrange au mercredi sain : à croire que la semaine sainte est en train de bégayer – mais ça roule, ça marche, ça vous entraîne avec allégresse et avec simplicité. Notre ami Gabriel parle un joli français. A voir le nombre des enfants qui sont pendus à ses basques, on se dit que rien n’est perdu pour notre langue bien-aimée.
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