La chair à canon de Napoléon Bonaparte

NAPOLEON-BONAPARTE-NAPOLEON-ON-STRATEGY-FIVE-IMPORTANT-LESSONS-FROM-NAPOLEON-NAPOLEON-ON-LEADERSHIP-THE-33-STRATEGIES-OF-WAR6Le 20 juillet 1804, Bonaparte est à Boulogne et prétend passer en revue l’armée navale. Écoutons le récit de cette journée mémorable par Constant :
“Un matin, en montant à cheval, Napoléon annonça qu’il passerait en revue l’armée navale et donna l’ordre de faire quitter aux bâtiments qui formaient la ligne d’embossage leur position, ayant l’intention, disait-il, de passer en revue en pleine mer. Il partit avec Roustan pour sa promenade habituelle, et témoigna le désir que tout fût prêt pour son retour dont il désigna l’heure.
Tout le monde savait que le désir de Napoléon était sa volonté. On alla, pendant son absence, la transmettre à l’amiral Bruix, qui répondit avec un imperturbable sang-froid qu‘il était bien fâché, mais que la revue n‘aurait pas lieu ce jour-là. En conséquence, aucun bâtiment ne bougea.”
Mais Bonaparte ne supporte pas la contradiction.
– Monsieur l‘amiral, dit Napoléon d’une voix altérée, pourquoi n ‘avez-vous pas fait exécuter mes ordres ?
– Sire, répondit avec une fermeté respectueuse l’amiral Bruix, une horrible tempête se prépare… Votre Majesté peut le voir comme moi. Veut-elle donc exposer inutilement la vie de tant de braves gens ?
En effet, la pesanteur de l’atmosphère et le grondement sourd qui se faisait entendre au loin ne justifiaient que trop les craintes de l’amiral.
– Monsieur, répond Napoléon de plus en plus irrité, j‘ai donné des ordres. Encore une fois, pourquoi ne les avez-vous point exécutés ? Les conséquences me regardent seul. Obéissez !
– Sire, je n‘obéirai pas.
– Monsieur, vous êtes un insolent !
Et Napoléon, qui tenait encore sa cravache à la main, s’avança sur l’amiral en faisant un geste menaçant. L’amiral Bruix recula d’un pas, et mettant la main sur la garde de son épée :
– Sire ! dit-il en pâlissant, prenez garde !
Tous les assistants étaient glacés d’effroi. Napoléon, quelque temps immobile, la main levée, attachait ses yeux sur l’amiral, qui, de son côté, conservait sa terrible attitude.
Enfin, Napoléon jeta sa cravache à terre. Bruix lâcha le pommeau de son épée et, la tête découverte, il attendit en silence le résultat de cette horrible scène.
– Monsieur le contre-amiral Magon, dit Napoléon, vous ferez exécuter à l’instant le mouvement que j‘ai ordonné. Quant à vous, Monsieur continua-t-il en ramenant ses regards sur l’amiral Bruix, vous quitterez Boulogne dans les vingt-quatre heures, et vous vous retirerez en Hollande. Allez !
Cependant le contre-amiral Magon faisait faire à la flotte le mouvement fatal exigé par Napoléon. À peine les premières dispositions furent-elles prises que la mer devint effrayante à voir. Le ciel, chargé de nuages noirs, était sillonné d’éclairs, le tonnerre grondait à chaque instant, et le vent rompait toutes les lignes. Enfin, ce qu‘avait prévu l‘amiral arriva, et la tempête la plus affreuse dispersa les bâtiments de manière à faire désespérer de leur salut.
Napoléon, soucieux, la tête baissée, les bras croisés, se promenait sur la plage, quand tout à coup des cris terribles se firent entendre. Plus de vingt chaloupes canonnières chargées de soldats et de matelots venaient d’être jetées à la côte, et les malheureux qui les montaient, luttant contre les vagues furieuses, réclamaient des secours que personne n’osait leur porter…
Napoléon voyait ses généraux et officiers frissonner d‘horreur autour de lui…
Que nous sommes loin d’un Louis XV, refusant, dans une bataille, de donner l’ordre d’une charge qui pouvait être décisive, mais dont il estimait qu’elle serait trop meurtrière ! « Messieurs, disait-il, je suis comptable devant Dieu de la vie de mes sujets ! »
Mais pour Bonaparte, les hommes ne sont que chair à canon ! Et ils sont si “méprisables” !
Cité dans Le Cep n°49 (2009)
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