Des avantages de la Royauté sur le bien commun

Rouget_-_Saint_Louis_médiateur_entre_le_roi_d'Angleterre_et_ses_barons_(23_janvier_1264)Le concept de roi implique un seul chef et plus exactement un pasteur recherchant le bien commun du peuple et non son avantage personnel.
Il convient à l’homme de vivre en société, puisqu’il ne suffit pas aux besoins de sa vie s’il demeure solitaire ; dès lors la société sera d’autant plus parfaite qu’elle suffira mieux par elle-même aux besoins de la vie. 
Une famille seule, confinée dans une maison, ne se suffira à elle-même que dans certains besoins vitaux, par exemple ceux qui se rapportent aux actes naturels de la nutrition, de la génération et des autres fonctions similaires.
Un seul bourg ne se suffira à lui-même que pour les besoins concernant le seul corps de métier qui l’habite. 
Quant à la cité, qui est une communauté parfaite, elle se suffira à elle-même dans tous les besoins de la vie. Et plus encore la province, parce qu’elle pourvoit à elle seule au besoin de secours mutuel pour la résistance à l’ennemi.
C’est pourquoi celui qui gouverne la société parfaite, qu’elle soit cité ou province, est appelé par excellence roi. Celui qui gouverne une maison ne s’appelle pas roi, mais père de famille. Il a pourtant quelque ressemblance avec un roi, et c’est pourquoi les rois sont parfois appelés pères de leurs peuples. (…)
Même en voie de corruption, le gouvernement d’un seul est préférable.
De la monarchie, quand elle se tourne en tyrannie, il sort un moindre mal que du gouvernement de plusieurs nobles, lorsqu’il se corrompt.
Le gouvernement collectif offre plus souvent des occasions de discorde.
Or les périls extrêmes sortent plus fréquemment du gouvernement de la multitude que de celui d’un seul. C’est chose habituelle en effet de voir un des membres du gouvernement collectif manquer à la recherche du bien commun plus souvent que l’unique gouvernant.
Or, celui des membres du gouvernement qui cesse de rechercher le bien commun fait courir à la multitude des sujets le péril de désunion. Car la discorde des chefs est naturellement suivie de celle de la multitude.
S’il n’y a qu’un seul chef, la plupart du temps au moins, il vise au bien commun ; ou, s’il se détourne de la recherche de ce bien, il ne s’ensuit pas immédiatement qu’il vise à l’écrasement de ses sujets, ce qui serait un excès de tyrannie et le dernier degré dans la dépravation d’un gouvernement, comme on l’a montré plus haut.
Le gouvernement collectif tourne plus souvent à la tyrannie.
On doit donc fuir les périls qui proviennent du gouvernement de plusieurs, beaucoup plus que ceux qui proviennent du gouvernement d’un seul.
D’une façon générale, l’observateur attentif de l’histoire d’hier et de celle d’aujourd’hui reconnaîtra que les tyrans ont sévi plus nombreux dans les pays gouvernés par une collectivité que dans ceux où le pouvoir n’appartenait qu’à un seul.
Si donc la royauté, qui est le meilleur gouvernement, semble devoir être évitée surtout à cause de la tyrannie, celle-ci en revanche se rencontre non pas moins, mais plus facilement dans le gouvernement de plusieurs que dans le gouvernement d’un seul ; il en résulte tout simplement qu’il est plus avantageux de vivre sous un seul roi que sous un gouvernement collectif.
Saint Thomas d’Aquin – De Regno – XIIIè siècle
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