Nous sommes politiquement à droite de l’extrême-droite

3240533-le-clivage-gauche-droite-en-pleine-mutationLa politique est le monde clos du mensonge. Non point par nature, mais par aventure ; elle l’est devenue aux mains de la démocratie moderne, instrument de la ténébreuse alliance entre le socialisme apatride et la fortune, anonyme et vagabonde : ténébreuse alliance qui réduit les peuples chrétiens en servitude et leur vole leur âme, en commençant par l’âme des enfants.
Mais par nature, la politique est la science et l’art du bien commun temporel, elle a vocation de vérité, de justice, d’honnêteté ; de sainteté. Notre politique française, c’est saint Rémi et sainte Clotilde ; c’est saint Eloi : travail, famille, patrie ; c’est Charlemagne et saint Louis, et c’est Jeanne d’Arc. Dans le même esprit. Avec le même cœur. Mais sans anachronisme, nous savons bien que nous sommes à un autre âge de l’humanité.
[1] La politique est devenue le monde clos du mensonge à partir du moment où tout son système, toute sa légitimité a reposé sur le jeu gauche contre droite. A l’origine une gauche maçonnique se pose en s’opposant à une « droite » qu’elle délimite et désigne à son gré. Il y a toujours eu toutes sortes de mensonges dans la vie politique. L’histoire et l’expérience montrent que plus le mensonge politique est à gauche, plus il est ignoble : c’est le mensonge qui sème et cultive la haine et l’envie pour s’en faire un instrument de combat, de destruction, de domination.
Le mensonge maçonnique fut d’abord essentiellement anticatholique. Il l’est resté. Mais aujourd’hui il aime à se déguiser en un autre mensonge : celui d’une gauche socialiste mobilisant les militants, l’opinion, les électeurs contre les abus d’une droite capitaliste. Mensonge, car la ténébreuse alliance est celle que noue le socialisme international avec le grand capitalisme anonyme et vagabond : le socialisme fait bon ménage avec ce vagabondage cosmopolite, avec cet anonymat apatride.
Il ne mobilise l’envie et la haine que contre la fortune bien enracinée dans la terre de France, contre la richesse féconde et responsable, contre les patrimoines qui disent leur nom et servent le pays, voilà « la droite » qu’il veut abattre. Il l’abat d’autant mieux qu’elle-même, à l’intérieur comme à l’extérieur du CNPF [futur MEDEF], est devenue libérale, puis libéral-socialiste, ayant accepté pour buts et critères de sa politique ceux que lui avaient fabriqués ses ennemis pour sa mort : la « réduction des inégalités » et la « démocratisation de la vie sociale ».
Eh bien non : nous ne sommes pas la droite. Nous ne sommes pas la droite libérale de la République maçonnique. Nous ne sommes pas la droite capitaliste que met en scène comme repoussoir la gauche socialiste. Nous ne sommes jamais « la droite » telle que « la gauche » depuis 1789 la désigne pour cible de ses opérations électorales ou révolutionnaires. La droite est une invention arbitraire de la gauche, un mythe mobilisateur pour la conquête du pouvoir, un bouc émissaire dans l’exercice du pouvoir.
Nous refusons le système gauche contre droite, mensonge installé au centre et au fondement de la vie politique française. Nous refusons d’être les figurants de droits indispensables à cette mise en scène de gauche. Nous refusons le jeu et la règle du jeu. Il n’y a rien d’étonnant à ce que depuis toujours, dans la géographie parlementaire, « aucun grand parti n’accepte de se laisser classer à droite » : le système politique français depuis 1789 est celui de la désignation arbitraire d’une « droite » et de sa destruction progressive, désignation et destruction opérées par une gauche qui se constitue pour cela et y trouve son unique moyen de conquête du pouvoir.
Le système gauche contre droite est une imposture permanente conçue et agencée pour assurer à peu près automatiquement la victoire électorale ou révolutionnaire de la gauche. La solution n’est pas d’entrer dans l’imposture du système en espérant y conforter la droite au point que la gauche y serait finalement battue. La solution est d’en sortir. Comprendre le système. Le dénoncer. N’en être plus dupe. Travailler en dehors de lui : pour se préparer à utiliser les circonstances qui permettront de l’interrompre.
Madiran
Jean Madiran (1920-2013)
Si l’on tient à « se situer politiquement », à se situer dans l’espace, qui comporte la droite et la gauche comme le haut et le bas, à se situer dans l’éventail, il faut alors se déclarer avec François Brigneau « à la droite de la droite » : cela surprend, cela donne à penser, cela fait réfléchir, cela sort du cadre préfabriqué, cela montre qu’on récuse le système gauche-droite ; mais bien sûr il ne faut en attendre aucun rendement électoral : de quoi il n’y a pas lieu de se chagriner immodérément, car jamais depuis que la France existe un régime politique n’y a été établi ou renversé par des élections au suffrage universel.
A droite de la droite : par là nous n’entrons pas un instant dans le piteux plaidoyer des droites libérales, nouvelles, claironnantes ou honteuses, qui essaient de se qualifier devant l’opinion en se réclamant des critères de la gauche : « ordre républicain », « réduction des inégalités », « légitimité démocratique », « démocratisation »,…
Quiconque est accusé d’être de droite et s’en défend, on entend aussitôt qu’il tente ainsi de se situer à gauche de la droite. Nous nous situons au contraire à droite de la droite ; parce que la droite elle-même est trop à gauche.
Faites donc l’expérience. Interrogez. Recherchez dans la République un parti ou mouvement de droite qui adhère à « travail-famille-patrie », « Dieu premier servi ». En privé, à voix basse, peut-être vous confessera-t-on que bien sûr et dans le fond, on est tout à fait d’accord ; mais pas question d’en faire une devise et un drapeau : les critères de gauche, les préjugés de gauche empêchent toutes les droites françaises d’oser se déclarer ainsi.
Enregistrons donc le fait : « travail-famille-patrie », « Dieu premier servi », c’est bien à la droite de la droite.
[2] Vous voilà donc « situés », nous dira-t-on, ce n’était pas la peine d’en raconter autant, un mot aurait suffi. Vous êtes à la droite de la droite ? Vous êtes à l’extrême-droite.
Assurément n’importe quel interlocuteur peut à son gré nous « situer » où il veut. A droite. A l’extrême-droite. Ce sont des termes péjoratifs, ce sont même des injures dans le langage mensonger de la gauche, qui est devenu aujourd’hui, par les média, le langage de tout le monde. Et sous un certain angle, d’un certain point de vue, nous ne pouvons que tenir à honneur d’être, par le mensonge de la gauche, injuriés plutôt que complimentés. Nous n’y manquons pas.
Mais si l’on nous demande de « nous situer », c’est-à-dire de déclarer nous-mêmes ce que nous sommes et où nous sommes, alors il faut entendre la réponse qui est la nôtre. C’est une réponse qui modifie la formule de François Brigneau, où plutôt qui l’accomplit et l’épanouit dans sa complète vérité : nous sommes à droite de l’extrême-droite.
Ce n’est point mépris non différencié pour tous ceux et tout cela que le jargon officiel présente comme « l’extrême-droite ». Mais d’abord c’est, ici encore, refus de l’arbitraire de gauche qui inspire et impose un faux classement. Il n’y a en réalité aucun extrémisme, de droite ou d’ailleurs, à vouloir fonder la vie sociale sur « travail-famille-patrie », « Dieu premier servi ». Il n’y a aucun extrémisme dans les doctrines du traditionalisme politique français, de Bossuet à Maistre, de Louis Veuillot à Maurras, de Le Play aux Charlier. Il n’y a aucun extrémisme, mais au contraire une sagesse sereine, encore que provisoirement méconnue, à refuser de fonder la loi morale et la légitimité politique sur la volonté générale : mais à les fonder sur le décalogue et le Bien commun.
La propagande officielle assure qu’à l’extrême-droite il y a de véritables « extrémistes », des réseaux terroristes. Quand c’est vrai, c’est le plus souvent la provocation policière de gauche qui les manipule ; ou bien c’est le KGB qui les arme et qui les utilise. Mais enfin nous n’en sommes pas, le terrorisme est une maladie et un crime de gauche. Nous sommes étrangers à ce crime et à cette maladie. Nous y sommes complètement extérieurs. Nous ne pouvons nous situer à gauche de cette monstruosité de gauche. Nous sommes à droite de cet extrémisme-là, à droite de tout terrorisme. Mis à part, bien entendu, le cas de l’OAS qui dans l’ensemble n’était pas terrorisme, mais légitime défense contre le génocide politique du peuple français d’Algérie.
Nous répudions tous les extrémismes politiques. Mais non point par un compromis, une atténuation, un amollissement qui nous placerait au « centre ». Au centre de la République maçonnique ! Nous sommes carrément à droite de tous les extrémismes.
CRA droite de l’extrême-droite, si l’on veut maintenant aller au fond des choses, oui : nous sommes à droite de l’extrême-droite parce que toute politique moderne, extrême-droite comprise, est frappée d’un gauchissement qui est la cause prochaine de sa décadence et de sa décomposition. Autrement dit, nous nous plaçons à droite de toute politique moderne, parce qu’elle est tout entière à gauche.
– A gauche de quoi ? A gauche de vous-mêmes ?
– Non point. Nous ne sommes évidemment pas un point de repère universel. Sans doute, les notions de gauche et de droite sont, à un premier niveau, relatives l’une et l’autre, et en ce sens on est presque toujours à gauche de quelqu’un et à droite de quelqu’un d’autre, rien de plus. Mais tout n’est pas purement relatif. Il existe ce que Pie XII nommait des valeurs absolues. Toute la politique moderne, même dite de droite, est à gauche de cet absolu qui est constitué par le droit naturel, à gauche de la loi morale naturelle qui fonde le droit, à gauche du décalogue dans sa tradition et son interprétation catholiques.
A gauche et non à droite : ce qui est droit est droit. Il n’y a rien à droite du droit naturel : cela n’aurait aucun sens. Tout ce qui s’écarte du droit naturel s’en écarte en le gauchissant : on ne peut pas s’en écarter autrement, on ne peut pas s’en écarter en le faisant plus droit, en le faisant trop droit. Le fascisme est à gauche dans la mesure où il se sépare (beaucoup moins que le communisme) du droit naturel. Nous sommes à droite du fascisme parce que le droit naturel est à droite du fascisme. Le droit est à droite de tout ce qui le gauchit. Quand on est pleinement en règle avec le droit naturel, on n’a plus rien ni personne qui soit plus droit, on n’a plus rien ni personne sur sa droite. Nous nous y efforçons.
L’apparition moderne du système politique gauche-droite n’a pas été l’apparition d’une gauche et d’une droite : mais l’apparition d’une gauche, point c’est tout. Et d’une droite imaginaire, prison mentale, antichambre de l’échafaud, où la gauche enferme, d’abord par persuasion et mirage, ceux qu’elle rejette. Ne nous laissons pas enfermer.
Quand on ne se situe ni dans les extrêmes ni dans les centres, ni à gauche ni à droite, il serait outrecuidant de prétendre voir les choses d’en haut et se situer au plafond. Ce qui au demeurant ne servirait de rien, ne conférerait aucune honorabilité dans la République maçonnique, aucun laissez-passer pour pénétrer dans les média. Tout ce qui n’est pas le mensonge de gauche, tout ce qui gêne la gauche dans son combat, la gauche le situe à droite, le répute de droite, le dénonce et le maudit comme tel, l’amalgamant aux capitalistes exploiteurs, aux tueurs nazis, aux hypocrites rétrogrades.
Nous n’allons pas perdre notre temps en dénégations, d’ailleurs inopérantes, qui se référeraient aux critères de gauche et viseraient à faire reconnaître que nous ne sommes ni des fascistes assassins ni de fourbes capitalistes. Accepter de discuter explicitement d’après de tels critères, ce serait accepter au moins implicitement le mensonge selon lequel le capitalisme, le fascisme ou la réaction seraient le pire ; avec pour corollaire inévitable que ce n’est plus le communisme qui serait l’intrinsèquement pervers.
Plaider devant la gauche selon le vocabulaire et les valeurs de gauche, – que ce soit pour démontrer que la droite n’est pas si mauvaise, ou que ce soit pour assurer que soi-même l’on n’est pas de droite, – c’est reconnaître et confirmer la gauche dans le rôle de juge du bien et du mal qu’elle s’est arbitrairement attribué, c’est renforcer le système qu’elle impose ; c’est fortifier ses critères, et en quelque sorte contresigner qu’ils sont les bons, qu’ils sont les seuls.
Quand la gauche nous dénonce comme gens de droite, la seule réponse possible, qui fait éclater le système et les critères de la gauche, c’est « Non : à la droite de la droite. »
Et quand alors la gauche enchaîne : « Ils l’avouent eux-mêmes : ils sont l’extrême-droite », la seule réponse est encore, pour la même raison et avec le même effet : « Non, à droite de l’extrême-droite ».
Jean Madiran – La République du Panthéon (1982)
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