Urbain II, champion de la lutte contre l’usurpateur

ClermontUrbainII1_WEBQuel est le but que se propose l’Alliance catholique ? Le rétablissement des droits de Notre-Seigneur Jésus-Christ. Il y a donc eu usurpation de ces droits ? Hélas ! oui. Comment s’est accomplie cette usurpation, et quel est l’usurpateur ?
L’usurpation des droits de Notre Seigneur Jésus Christ, Messieurs, a commencé à la fin du siècle dernier, lorsque fut proclamée comme base de la société nouvelle, la fameuse, mais sinistre déclaration des droits de l’homme. Les droits de l’homme supplantèrent les droits de Dieu.
A cette époque néfaste, les esprits clairvoyants seuls comprirent l’usurpation et sa gravité. Le public, le commun, crut à du philosophisme. Mais c’était de l’apostasie en germe, le détrônement subreptice du Roi des siècles. Peu à peu l’affreuse réalité avec ses terribles conséquences se fit connaître et se déploya. Aussi bien, commencée dans les ténèbres, favorisée par l’insouciance, l’usurpation se consomme avec fracas sous vos yeux. La déclaration d’athéisme est cette consommation.
Dieu n’a plus de droits ; Il est bruyamment chassé de partout ; Les partisans de Dieu sont traités de la même manière : le droit commun n’est plus pour eux. Voyez donc, Messieurs, cette contradiction aussi éblouissante que le soleil.
C’est l’ère, dit-on, des droits de l’homme. Nous sommes des hommes, nous catholiques, et non seulement des hommes, mais les hommes de Dieu et de son Christ. Cependant nos droits sont niés, graduellement retranchés ; bientôt nous n’en aurons plus. Et l’on appelle le temps où nous vivons le règne des droits de l’homme : dérision, contradiction, mensonge !
La suppression des droits de Dieu par les droits de l’homme, voilà donc l’usurpation ; et maintenant, qui est l’usurpateur ? Le génie du mal, Messieurs, porte différents noms dans l’Écriture : le principal est Satan. Satan, en hébreu, signifie adversaire, l’adversaire ! Le Diable, qui est aussi son nom, signifie calomniateur, accusateur mensonger. Il est appelé également le Démon, qui veut dire mauvais génie, tentateur.
Or, remarque : il est le Démon, le Diable par rapport aux hommes, les tentant, les calomniant, les accusant mensongèrement ; mais il est Satan par rapport à Dieu : l’adversaire, contre Dieu ! Adversaire qui attaque tantôt par un côté, tantôt par un autre, rarement en face. Mais quelquefois il a attaqué Dieu en face : par exemple, lorsque sur le Golgotha, inspirant la Passion, il fit clouer Jésus-Christ en plein midi et aux quatre membres…
Adversaire circonspect et avare, qui se contente, dans sa nudité, de succès partiels, de lambeaux de victoire ; mais quelquefois également son orgueil s’exalte jusqu’à l’emporter ouvertement sur Dieu, lorsqu’il parvient à être usurpateur. Usurpateur, c’est là son rêve : prendre et occuper la place de Dieu parmi les hommes, s’arroger les droits divins. Eh bien, Messieurs, c’est lui qui a été l’usurpateur dissimulé à l’époque de la déclaration des droits de l’homme, et qui maintenant se pose en usurpateur avoué, encouragé par l’apostasie, soutenu par l’athéisme : Satan l’usurpateur ! Et par conséquent c’est contre lui que se forme et que combattra de toute son énergie l’alliance catholique !
Dans cette grande lutte, il nous fallait un protecteur au ciel : non seulement un protecteur, mais un inspirateur, quelqu’un qui eût passé par nos phases et nos combats. Remercions le Ciel, il nous le donne aujourd’hui : c’est Urbain II.
En effet, admirez la coïncidence, Messieurs : en Occident, Urbain II a empêché l’usurpation, et en Orient, il a chassé l’usurpateur. En Occident, il a empêché l’usurpation :
Lorsque Philippe I de France voulut substituer la polygamie à la loi chrétienne du mariage, et, du vivant de la reine, épouser Bertrade, Urbain II rappela d’abord la doctrine catholique : un seul avec une seule, et pour toujours ; puis il foudroya l’adultère royal, et les peuples apprirent avec soulagement que les droits de la légitime épouse n’avaient pas pu être usurpés.
Lorsque l’empereur Henri IV d’Allemagne voulut asservir l’Église par l’investiture laïque, Urbain II continua saint Grégoire VII, c’est tout dire. Là encore, il foudroya les tentatives usurpatrices, et le vaisseau de l’Église, dégagé, vogua fièrement à côté du vaisseau de État, mais pas à sa remorque.
Par cette main forte d’Urbain, dans ce bras étendu, comme parle la Bible, in brachio extento, l’Occident fut ainsi préservé de l’usurpation.
Puis le grand athlète se retourna du côté de l’Orient. Là, l’usurpateur avait complètement réussi ; Satan était devenu le maitre par Mahomet. C’était la première fois, depuis que les Apôtres l’avaient chassé des temples de la Gentilité, que l’adversaire avait repris l’avantage sur Jésus-Christ. Le Coran avait détrôné l’Évangile ; le Croissant avait remplacé la Croix ; et dans cette Jérusalem où il avait bafoué le Christ, Satan se jouait à nouveau de la vie et de la chair des chrétiens. Urbain II alors se leva au Concile de Clermont, et dénonça l’usurpateur. L’Occident, armé chevalier, passa en Orient ; et Jérusalem délivrée fut la perle replacée dans le diadème du Christ, à l’heure même où Urbain II montait dans la Jérusalem des cieux. Et ainsi, ce sera la gloire éternelle de ce Pape fils de France d’avoir, athlète grand comme les Apôtres, préservé l’Europe de l’usurpation et chassé de Jérusalem l’usurpateur !
En vérité, je vous le demande, ô mes chers auditeurs, l’alliance catholique pouvait-elle espérer et trouver un protecteur plus en harmonie avec son but, que ce grand Pape ; et le Ciel ne donne-t-il pas un signe, un vrai signe d’arc-en-ciel, en entourant sa tête et sa tiare d’une auréole, au moment précis où nous avons un si pressant besoin de ses inspirations. Le Ciel et l’Église semblent lui dire en ce jour : Brillez sur le chandelier, ô Pape des Croisades, puisqu’une suprême croisade est devenue nécessaire. L’usurpateur a reparu. Étendez votre bras, et que Reims soit votre piédestal !
Abbé Joseph Lemann – Le Pape des Croisades (1882)
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