Quand Hitler faisait assassiner le très catholique chancelier autrichien Dollfuss

Engelbert_DollfussEngelbert Dollfuss [(1892-1934), chancelier d’Autriche depuis 1932], fut, selon l’expression du père Rambaud, un « chrétien intégralement chrétien ». Sa foi était vivante, agissante, vécue dans une confiance totale en la Providence. Un ami – auquel il avait confié n’avoir rien à laisser à ses enfants – lui demandait ce que ceux-ci deviendraient s’il lui arrivait malheur. « Ne te préoccupe pas, répondit-il immédiatement, le Seigneur prendra soin d’eux. »
Parce qu’il s’ancre véritablement dans le Christ, Dollfuss a l’esprit de pauvreté et d’humilité. Il ne considère la valeur de l’argent que dans la mesure où il peut s’en servir pour aider autrui, et il évite, autant que possible, d’attirer l’attention sur lui, de se mettre en avant, et ce de façon plus marquée à mesure que son rôle officiel prend davantage d’ampleur. La soif du pouvoir et le goût des honneurs lui sont étrangers.
Son désir le plus profond ? Accomplir tout simplement la volonté divine. Mais non sans l’aide de la Vierge Marie, à qui il manifeste une grande dévotion : chaque année, il se rend, avec les étudiants ou les paysans, au pèlerinage national de Mariazell.
S’entretenant de la mort de Dollfuss avec le Cardinal Inniter, le père Rambaud estimait que le qualificatif de « martyr » à son sujet était quelque peu exagéré. Le Cardinal, pesant chacun de ses mots, répondit : « Il fut martyr par sa foi chrétienne, et non pas seulement pour la patrie. On le tua surtout parce qu’il se montra très catholique. »
(…) 25 juillet 1934. 12h45. Quatre camions transportant 154 nationaux-socialistes vêtus d’uniformes de l’armée fédérale pénètrent en trombe dans la cour du bâtiment dont les grilles sont ouvertes car c‘est la relève de la garde. Celle-ci, dont les armes ne sont pas chargées, conformément au règlement, est rapidement maîtrisée par les assaillants qui se répandent dans les couloirs, à la recherche du cabinet de travail de Dollfuss.
Celui-ci et les ministres, qui ont vu la scène depuis une fenêtre donnant sur la cour d’entrée, tentent, sur les conseils d’un huissier, de gagner une sortie de secours qui leur permettrait de quitter la Chancellerie. Mais une des portes fermées à clef leur barre le passage. Ils sont alors rejoints par un petit groupe de nationaux-socialistes.
L’un d’entre eux, Otto Planetta, tire à bout portant deux coups de feu sur Dollfuss, qui, atteint au cou et à la colonne vertébrale, s’effondre. Allongé sur un sofa, il reçoit quelques soins qui lui font reprendre connaissance. Les conjurés se pressent autour de lui pour lui extorquer une déclaration par laquelle il remettrait tous ses pouvoirs à von Rintelen, ministre plénipotentiaire d’Autriche à Rome, impliqué dans le complot – preuve évidente des complicités acquises aux hitlériens – et qui mettrait en œuvre une politique de rattachement [de l’Autriche à l’Allemagne].
Mais ils n’obtiennent rien de Dollfuss qui, ayant vainement réclamé l’assistance d’un prêtre, expire vers 16 heures, après 3 heures d’agonie. (…)
Lorsque les chars allemands envahiront l’Autriche en mars 1938, un des premiers gestes d’Hitler sera de débaptiser la place « Engelbert Dollfuss » à Vienne, pour lui donner le nom de son assassin : « Place Otto Planetta ».
Philippe Girard – Dollfuss, le chancelier de Dieu (2009)
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