Le « catholicisme » libéral est une erreur de riche

profils-paysans-la-vie-moderne-3-gJe dirais volontiers que le catholicisme libéral est une erreur de riche.
Elle ne pouvait venir à l’esprit d’un homme qui aurait vécu parmi le peuple et qui verrait les difficultés sans nombre que la vérité, surtout aujourd’hui, éprouve à descendre et à se maintenir dans ces profondeurs où elle a besoin de toutes les protections, mais plus particulièrement de l’exemple d’en haut.
Le peuple attache une idée de mérite intellectuel à la situation, à la force, au commandement. L’inférieur se laissera difficilement persuader qu’il doit être chrétien quand son supérieur ne l’est pas. Et le supérieur lui-même a quelque chose de cette idée, car l’élévation morale de son inférieur le désoblige, l’irrite et lui devient promptement odieuse.
De là le zèle non moins ardent qu’insensé et coupable avec lequel tant de misérables travaillent à détruire la religion dans l’âme de leurs subordonnés. Que l’État cesse de pratiquer officiellement le culte, qu’il rompe, qu’il cesse de prendre part aux cérémonies, que cela se dise et se voie : ce serait déjà une persécution, et il n’y en aurait pas de plus dangereuse, peut-être.
On s’en apercevrait peu immédiatement dans les villes ; les riches, pendant un temps, ne s’en apercevraient pas du tout ; mais dans les campagnes ce serait un fait immense et désastreux. Je ne dis rien des autres conséquences de l’athéisme de l’État ; je me tiens aux seuls effets de l’exemple.
Qu’on en calcule la portée dans un pays qui a été catholique durant tant de siècles, et où le baudrier du gendarme commence à être plus sacré pour la foule que l’étole du curé.
Louis Veuillot – L’Illusion libérale (1866) – Téléchargez le livre en pdf
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