Petite Histoire du Pèlerinage de Chartres

P-l--de-Chartres-2009_1600Lien « Pèlerinage de Tradition » (FSSPX) – Chartres/Paris
Le pèlerinage de Notre-Dame de Chartres est, depuis un temps immémorial, un des grands pèlerinages français. L’un des objets matériels que vénèrent les pèlerins est la relique connue autrefois sous le nom de « chemise » et aujourd’hui sous celui de « voile » de Notre-Dame, donnée à l’Église de Chartres, vers 876, par Charles le Chauve.
On s’est demandé si c’est en raison du pèlerinage que la relique a été donnée à la cathédrale, ou si c’est à la relique que le pèlerinage doit son existence. Faute de renseignements, la question est insoluble, mais on ne peut mettre en doute que la célébrité de la relique ait grandement contribué au développement du pèlerinage.
Enfermée vers l’an mille dans une châsse qui resta close jusqu’en 1712, la relique passa pour une chemise ; lorsque Mgr de Mérinville en fit la reconnaissance, on constata avec étonnement qu’elle consistait en une pièce d’étoffé de soie écrue, parfaitement unie, large entre les deux lisières de 0,46 m et longue d’environ 5,35 m.
Dès le XIIe s., et sans doute avant, la « sainte châsse » était conservée au rétable du maître-autel ; les pèlerins y accédaient pour la vénérer et rapportaient de Chartres, comme objets de dévotion, soit de véritables chemises, destinées surtout aux gens de guerre ou aux futures mères, soit de petits insignes en forme de « chemisette », encore en usage aujourd’hui.
La relique fut morcelée et dispersée en 1793. Le trésor de la cathédrale en récupéra depuis plusieurs morceaux, dont un long de plus de 2 m, qui fut mis dans une nouvelle châsse. L’étoffé, examinée en 1927 par M. d’Hennezel, conservateur du musée des tissus de la chambre de commerce de Lyon, peut remonter à l’époque à laquelle la tradition l’attribue.
Au XIIe s., on vint beaucoup à Chartres implorer Notre-Dame pour la guérison du « mal des ardents ». La Translation de S. Germer fait mention du pèlerinage que firent à cette intention, en 1132, les habitants de Beauvais. Nous savons, par la traduction en vers français (XIIIe s.) du Livre des miracles, que les pèlerins étaient hospitalisés pendant neuf jours dans une partie de la crypte de la cathédrale.
C’est aux XIIe et XIIIe s. que le pèlerinage de Chartres paraît avoir atteint sa plus grande célébrité. Guibert de Nogent († 1124) dit que le nom et la relique de la Vierge (nomen et pignora) y sont l’objet de la vénération de presque tout le monde latin. Dans un document de 1260, le pape Alexandre IV atteste que la dévotion envers Marie attire à Chartres une multitude innombrable de fidèles. Même assertion, presque dans les mêmes termes, dans une bulle de Nicolas IV en date de 1289.
pele_chartres_2014Quelques années avant le milieu du XIIe s. la dévotion à Notre-Dame de Chartres prit une forme nouvelle. A l’occasion des grands travaux qui étaient alors en cours à la cathédrale, les pèlerins s’attelèrent aux chariots qui amenaient à pied d’œuvre, quelquefois de fort loin, les matériaux ainsi que les provisions destinées au ravitaillement des ouvriers. Nul n’était admis à ces pieuses corvées, s’il n’avait fait pénitence de ses fautes et réparé le tort qu’il avait pu faire à son prochain.
Plusieurs textes – chronique de Robert de Mont, lettres de Haymon, abbé de S.-Pierre-sur-Dives, et de Hugues, archevêque de Rouen – ont relaté ce fait que l’on constate en divers lieux, mais dont l’origine est à Chartres. Le même enthousiasme se manifesta de nouveau cinquante ans plus tard, lorsque la cathédrale actuelle fut bâtie après l’incendie de 1194. Le Livre des miracles de Notre-Dame de Chartres nous fait connaître les pratiques des pèlerins à cette époque. L’objet de leur vénération était surtout la sainte châsse ; c’est par conséquent devant le maître-autel où elle était conservée qu’ils venaient prier ; ce maître-autel était déjà sans doute surmonté d’une statue de la Vierge Mère.
Il en fut ainsi jusqu’à la fin du Moyen Age. Au XVIe s., on trouva que cette affluence de pèlerins dans le sanctuaire troublait les offices ; une réplique de la statue fut exécutée et exposée en avant du jubé, et la châsse, renfermée dans un « trésor », ne fut plus constamment visible.
Il est à noter qu’il n’est pas question au XIIIe s. de la statue de la crypte, qui cependant existait déjà, car l’original, brûlé en 1793, mais connu par de fidèles reproductions, était une œuvre du XIIe s. La célébrité de cette statue ne paraît pas antérieure à la diffusion du récit concernant le culte de la Virgo paritura.
Au XVe s., elle était fort vénérée ; Louis XI, en 1471, la fit placer dans un riche tabernacle ; au XVIe s., elle était le but de processions extraordinaires. Les pèlerins accouraient individuellement ou par petits groupes ; les affluences ne se produisaient qu’aux principales fêtes de Notre-Dame, à l’Assomption et surtout à la Nativité qui, depuis S. Fulbert, était devenue la grande fête chartraine. A cette occasion, les pèlerins passaient la nuit dans la cathédrale, ce qui causait un tel désordre que le chapitre, en 1531, jugea impossible de célébrer les matines à l’heure habituelle et décida de les retarder à l’avenir jusqu’au matin des 15 août et 8 septembre.
Le sanctuaire chartrain jouit d’une grande célébrité aux XVIIe et XVIIIe s. Parmi les pèlerins illustres qui vinrent y prier, il faut citer S. François de Sales, S. Vincent de Paul, Monsieur Bourdoise, Monsieur Olier, S. Benoît Labre.
La Révolution mit fin momentanément aux pratiques du pèlerinage. Quand le monument fut rendu au culte, comme simple église paroissiale, les fidèles y retrouvèrent la Vierge du Pilier (ancienne Vierge du jubé) ; un peu plus tard, ce qui restait de l’ancienne relique vénérée fut restitué et remis en honneur. La crypte profanée ne retrouva sa destination qu’en 1855 et ne fut totalement restaurée qu’en 1860. De cette période date la renaissance du pèlerinage, qui depuis n’a cessé de prendre une ampleur de plus en plus grande. Signalons seulement quelques événements. En 1855, la Vierge du Pilier fut couronnée au nom de Pie IX. La dévotion aux anciens sanctuaires qui se manifesta après 1870 n’oublia pas Chartres : il y eut un grand pèlerinage en 1873 ; un autre en 1876. Mgr Lagrange institua les pèlerinages diocésains, dont le premier eut lieu en 1891. D’imposantes fêtes mariales, avec exposition du « voile de Notre-Dame, » furent célébrées en 1927.
Actuellement, le sanctuaire chartrain est visité en tout temps par des pèlerins individuels ou formant de petits groupes ; pendant la belle saison, on voit se succéder des groupes importants : œuvres, paroisses, sociétés diverses. Le pèlerinage le plus imposant est celui des étudiants, qui font à pied au moins une partie du voyage. En 1935, ils étaient une quinzaine ; en 1948 et 1949 ils pouvaient être cinq ou six mille.
Yves Delaporte, « Chartres, »  Baudrillard, Dictionaire d’histoire et géographie écclesiastique, VIII (1952), cc. 544-574.] 
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