Comment les dynasties bourgeoises tiennent la France

emmanuel-beau-de-lomenie--les-responsabilites-des-dynasties-bourgeoises-tome-2-de-mac-mahon-a-poincareNous constatons qu’un noyau de régicides, de révolutionnaires particulièrement menacés par des révoltes populaires avaient, grâce à l’appui d’un certain nombre de complices moins directement compris, mais liés à eux par beaucoup d’intérêts, sauvé provisoirement, par une opération contraire à leurs principes les plus avoués, leurs situations personnelles contre le danger d’une restauration monarchique qu’attendait une grande partie de l’opinion, et qui leur aurait demandé des comptes.
Si en outre, ce que nul n’a jamais songé à faire jusqu’à ce jour de façon méthodique, nous considérons quelle allait être, par la suite, la carrière de ces conjurés et de leurs descendants ; si nous observons que ces hommes, dont beaucoup demeuraient encore d’assez second plan, dont la plupart ne s’étaient distingués ni par des services éminents ni par aucun grand rôle, allaient désormais, de façon plus ou moins apparente, mais toujours étonnamment durable, s’installer dans les cadres de la société française ;
si nous observons que, pendant une suite de générations, à travers des changements répétés de régime, eux d’abord et leurs descendants ensuite allaient, avec une surprenante continuité, non seulement occuper les grands emplois politiques mais encore, nous verrons par quel biais, prendre, quand se développera la grande industrie, des places dirigeantes dans l’état-major économique ;
si, pour choisir un peu au hasard deux exemples entre beaucoup d’autres, nous constatons que les descendants d’un Roederer et d’un Petiet, allaient, après avoir siégé dans de nombreuses assemblées parlementaires, passer de là, l’un à la tête de la société Saint-Gobain, l’autre, aujourd’hui encore, à la tête de la corporation automobile, nous constaterons que le coup de Brumaire a été pour eux le point de départ d’une longue série de reniements enchevêtrés grâce auxquels ils allaient étendre leurs accaparements sur un pays livré par eux aux déprimantes misères d’une instabilité grandissante. (…)
51lTZggPFnL._SY300_A vrai dire, du reste, l’opinion, dans son ensemble, avait été menée à petit bruit. C’est seulement trente ou quarante ans plus tard, au moment des premiers grands scandales financiers de la troisième République, que les polémistes d’opposition, les Drumont, les Chirac, allaient révéler au grand public l’importance de cet accaparement capitaliste, et dénoncer la collusion de quelques-uns des hommes les plus représentatifs du monde conservateur de leur temps avec de grands forbans de la finance judéo-internationale, en nous montrant les Reille, les Chabaud-Latour, les Barante, les Girod de l’Ain, les Talhouët, etc., et d’autres personnages que nous avons déjà eu l’occasion de citer ici, voisinant dans les grands conseils avec les Rothschild, les Fould et les Péreire.
Et d’ailleurs comme ils avaient eu le tort de ne pas remonter à l’origine, de ne pas aller considérer jusqu’à ses débuts sous Louis-Philippe cette féodalité d’affaires nouvelles dont Lamartine, dès 1838, prévoyait la naissance, les conclusions qu’ils ont tirées de leurs constatations ont été, dans l’ensemble trop générales et inexactes.
Emmanuel Beau de Loménie – Les responsabilités des dynasties bourgeoises (1943 – 1973)
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