(Note de lecture) « Le jeu américain à Vichy », de William Langer

845007731(Extraits de William L. Langer – Le jeu américain à Vichy (1947) – 429 pages – disponible ici)
L’armistice en juin 1940 était la meilleure solution
« Cela nous amène à poser cette question essentielle : tout bien considéré, la conclusion de l’armistice en juin 1940 était-elle la meilleure solution pour la France ? Etant donné ce que nous savons à l’heure actuelle, la réponse, semble-t-il, ne peut qu’être affirmative, et il n’est pas inutile de rappeler que la généralité des Français, dans ces jours sombres, approuvèrent l’acte du Maréchal Pétain. »
Sur les relations entre Vichy et l’Angleterre 
« Néanmoins, les relations s’améliorèrent nettement. La radio britannique modéra effectivement ses critiques à l’égard de Pétain, et la marine britannique ferma plus ou moins les yeux sur les envois de denrées alimentaires de l’Afrique du Nord vers la France. Les attaques contre les territoires coloniaux français cessèrent et les négociations de diverses natures se poursuivirent même, pendant quelques temps, soit à Lisbonne, soit à Madrid. »
« Des officiers de l’état-major de l’armée française et des membres du 2è Bureau appuyèrent ces mouvements de résistance dès le début. A la tête de l’un des groupes qui justifiaient les plus grands espoirs se trouvait le général de La Laurencie, ami et intime de Pétain, bien qu’il fût adversaire de la collaboration et nettement anglophile. Les efforts de La Laurencie tendaient à coordonner l’action des groupes de patriotes pour former une armée des « Amis du Maréchal ».
On disait que Pétain n’ignorait pas ces efforts et les approuvait tacitement. Ce mouvement avait pour objet l’établissement d’une organisation gouvernementale complète à une échelle réduite et la préparation de formations militaires pour aider les groupes de débarquement britanniques. »
Le double jeu de Vichy face à Hitler
« Nous savons maintenant de source allemande que Hitler était profondément déçu par les Français. La manière dont ils répondaient aux avances allemandes était évidemment réservée et ils demandaient constamment ce que serait le sort final de la France. Ils ne montrèrent jamais aucun empressement à entrer en guerre contre l’Angleterre. Etant donné que c’était là ce que Hitler désirait le plus ardemment, sa déception s’expliquait aisément. »
Le procès Pétain fut un jugement politique
« Le compte rendu du procès Pétain constitue un volume de près de quatre cents pages à trois colonnes, contenant une grande quantité de renseignements précieux donnés par ceux qui furent mêlés aux évènements, depuis Reynaud, Weygand et Laval jusqu’aux simples secrétaires.
J’ai lu chaque mot de ce compte rendu et j’ai peine à croire que quiconque, faisant de même, n’ait pas l’impression que la condamnation du Maréchal fut, au fond, un jugement politique. Non que les débats du procès aient confirmé la thèse de la défense. Pétain demeure une énigme.
Tout ce qu’on peut dire impartialement, c’est que, de toute évidence, il s’efforça de servir la France selon son idée. Il demanda avec insistance la conclusion d’un armistice en 1940, parce qu’il jugeait que c’était la seule chose sensée qu’on pût faire. Il prôna la révolution nationale, parce qu’il n’avait pas confiance dans la démocratie et qu’il la tenait pour principale responsable de la défaite de la France.
Au cours de l’automne 1940, il considéra probablement qu’il était inévitable de collaborer quelque peu avec l’Allemagne, parce qu’il désespérait de la Grande-Bretagne et des Etats-Unis. Après quoi, il changea définitivement d’avis, et fit ce qu’il put pour réduire la collaboration au minimum. »
travail-famille-patrieLes Français n’étaient pas des « collabos »
« Depuis les ministres de Vichy les ministres de Vichy jusqu’aux plus humbles fonctionnaires, il y avait d’innombrables Français qui détestaient et haïssaient les vainqueurs allemands, qui ne rêvaient que de faire revivre la France et qui, en attendant le jour de la libération, faisaient ce qu’ils pouvaient pour s’opposer aux exigences des Allemands et favoriser la cause des amis traditionnels de la France.
Rien ne serait plus injuste que de condamner tous ceux qui avaient des liens avec Vichy et de les considérer en bloc comme des collaborationnistes et des traîtres. Jusqu’en novembre 1942, au moins, l’immense majorité des Français patriotes estimaient que leur présence était plus utile en France.
Il fut extrêmement fâcheux que les Français combattants ne voulussent pas reconnaître ce fait et que, par leur propagande, ils s’attirassent une antipathie qui fût sensible à l’intérieur du pays. »
Le régime de Vichy fut utile aux Américains
« Pour le Département d’Etat, Vichy ce n’était pas seulement un vieillard sans défense et un groupe d’intrigants sans scrupules. C’était aussi un groupe d’amis très nombreux, sur qui nous pouvions compter et grâce au concours desquels nous pouvions peut-être apprendre beaucoup plus de choses sur l’ennemi que par tout autre moyen.
L’expérience et les relations d’un grand nombre de fonctionnaires du Quai d’Orsay étaient à notre disposition, tandis que le service de renseignements de l’armée française, qui avait été clandestinement réorganisé après la défaite, nous était ouvert.
Il eût été parfaitement ridicule de nous interdire l’accès de cette source importante de renseignements. Tout bien considéré, on ne peut s’empêcher de penser, que pour cette raison à défaut même de toute autre, la politique que nous avons suivie à l’égard de Vichy fut complètement justifiée. »
La France n’a jamais voulu livrer sa flotte
« Il est maintenant prouvé que d’une manière concluante que les Français, même au moment de l’armistice, étaient résolus à ne pas livrer la flotte et, si l’on tentait d’une façon quelconque de s’en emparer, à la saborder.
La marine était réellement le seul élément substantiel de force qui leur eût été laissé. C’était une excellente flotte, dont les Français étaient très fiers. Il est absolument improbable qu’ils l’eussent jamais abandonnée, soit aux Allemands, soit aux Anglais. »
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