40 règles pour l’action contrerévolutionnaire (1/5)

Crux « Il n’y a aucune possibilité de satisfaire chez un peuple le besoin de vérité, a dit Simone Weil, si on ne peut trouver à cet effet des hommes qui aiment la vérité ».
Quelle que soient les modalités de l’action envisagée, il faut rappeler avec force cette priorité autant que cette primauté de l’action personnelle.
1. Des hommes décidés à agir
Sans un certain nombre d’hommes décidés à agir et formés à bien agir – même dans des circonstances difficiles, même dans l’aridité – toute espérance d’action féconde est vaine.
La formation la plus brillante est sans intérêt si elle n’est suivie d’aucun rayonnement.
Le fait est, malheureusement fréquent de ces érudits chez lesquels doctrine et sagesse sont des trésors enfouis. Qu’importe le vernis d’une connaissance doctrinale si la volonté est débile. Quand l’univers est en passe de devenir la plus exacte termitière que l’histoire ait connue, toute « orthodoxie doctrinale » est suspecte, toute « spiritualité » douteuse qui ne poussent pas à l’action.
Plus les effectifs et les subsides risquent d’être faibles, plus il importe de « penser » qualitativement… ; plus il importe de suppléer la déficience matérielle et numérique par la suprématie que peuvent seuls donner une connaissance exacte et un grand amour de la vérité.
Suprématie d’une « action capillaire » qui, à son degré le plus rudimentaire, implique la formation d’éléments persuadés qu’il n’est besoin d’aucun « mandat », d’aucun « ordre à recevoir » pour faire progresser la vérité. Et qu’au nom de leurs droits les plus sûrs, de leurs devoirs les plus sacrés, ils ont à se sentir responsables, à prendre des initiatives.
2. L’entente d’un petit nombre d’amis
Au plus humble degré, il importe de réapprendre la puissance de l’homme seul mais courageux ; la puissance du militant résolu, tenace et convenablement formé, face à la masse des « moutons ».
Rien n’est donc plus précieux que l’entente d’un petit nombre d’amis réunis pour s’entretenir régulièrement de ce qu’il importe de savoir et de faire.
Il n’est point nécessaire pour cela d’organisations puissantes. Il suffit de systématiser le jeu de relations amicales, familiales, professionnelles, culturelles, etc. en leur fixant quelques thèmes de réflexions convenablement choisis.
Le nom de ces rencontres importe peu : groupe, cercle, cellule, équipe, club, etc.
3. Parlez de notre travail
Tel est le premier mode de l’action personnelle : celui où l’intéressé parle… à ses parents, à ses amis, à ses proches, à ses collègues.
Or ici la pusillanimité des meilleurs est pitoyable. Combien se rencontrent fréquemment, qui apprennent fortuitement, après des années, leur commun amour pour la même cause ! Amour dont ils ne s’étaient jamais fait part jusque-là. Combien de fils n’ont jamais entendu parler d’une action à laquelle pourtant le père s’intéresse !
4. Pas de fausse discrétion
Si chacun s’astreignait à parler quand l’occasion s’en présente, nos possibilités décupleraient par seul effet d’une notoriété plus grande.
Sans devenir un « raseur » insupportable, il est possible d’avoir un rayonnement considérable. Maints esprits sont désorientés. Les leçons de l’actualité sont éloquentes. Beaucoup sentent le besoin d’une action sérieuse. Il importe de savoir découvrir ceux qui n’attendent que cette invitation pour se mettre au travail.
5. Pas de fausse politesse
Combien sont coupables par « politesse ». L’heure n’est plus cependant aux révérences de salon. Quels malheurs devrons-nous subir encore pour que les « bons » se considèrent enfin comme mobilisés ?
La charité n’a jamais consisté à laisser l’erreur se répandre. Une opposition, même assez vive, n’est pas nécessairement coupable. D’autant qu’il suffit bien souvent d’une mise au point, courte et nette, pour que soient dissipées, dès l’envol, les nuées les plus dangereuses.
6. Cependant, la vérité n’est pas une matraque…
… pour assommer les gens. Elle n’a pas pour but essentiel d’offrir des arguments pour clouer le bec à ceux qui ne la connaissent pas encore. Elle aurait plutôt pour fin de les séduire, de les gagner. Certes, elle est, à la limite, assez forte pour devenir une arme. Mais à la limite seulement.
Et nous oublions beaucoup trop, quand nous prétendons la répandre, de la présenter d’abord pour ce qu’elle est : une lumière et un bien, une joie de l’esprit et de l’âme.
7. Le courage d’être vrais
Gardons-nous de cette très subtile recherche de soi qui se cache dans un certain désir d’être « aimé en se disant toujours d’accord avec tout le monde ». Il est si agréable de passer pour le « bon type » avec lequel il n’y a jamais de discussion.
Mais, comme Veuillot l’observait déjà, prenons garde que la « peur de cesser d’être aimable finisse par nous ôter le courage d’être vrais, et qu’on nous loue. Mais de quoi ? De nos silences et de nos reniements ».
8. Pas de vains scrupules
Grande est l’erreur qui consiste à croire que l’action individuelle dont nous parlons suppose une longue période de préparation solitaire et silencieuse.
« Je ne suis pas assez sûr de moi. Je vais d’abord étudier, me former… Ce n’est qu’après, quand je me sentirai assez fort, que je me lancerai dans l’action ».
Pareils scrupules prouvent une grande ignorance des exigences très variées de l’action.
Qu’entendre par « être assez formé pour agir » ? Ne suffit-il pas, au début, d’être petitement formé pour pouvoir se donner à une petite action ? S’il s’agissait de prendre la tête d’un empire, on admettrait l’hésitation. Reste qu’on peut faire beaucoup de bien autour de soi en ignorant ce qui serait indispensable, en effet, si l’on devait porter sceptre et couronne.
On peut toujours dire ce que l’on sait. Sans plus.
Le brevet de champion cycliste n’a jamais été exigé pour pouvoir honnêtement enfourcher un vélo. Il est seulement recommandé de préférer d’abord quelques courses locales au « Tour de France ».
Entre le degré du disciple qui se lance et celui du professeur chevronné se situe le champ d’une action aux mille possibilités… parfaitement accessibles sans qu’il soit nécessaire d’être passé maitre ou champion.
Il est donc faux et ruineux de croire l’étude solitaire préférable à la formation, personnelle certes, mais selon une méthode plus ouverte et déjà riche en contacts et dialogues.
Jean Ousset – L’action (1968) – Chapitre III : Notes pour l’action individuelle (1er degré)
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