Sur le cirque de Néron

styka_incendieVous savez, dit Fra Gaudenzio, que nous sommes sur le cirque de Néron. Ici ont retenti les aboiements des chiens de Néron, poursuivant les chrétiens couverts de peaux de bête ; ici Néron a guidé son char à la lueur que projetaient les martyrs brûlés vivants. Ainsi Néron amusait son peuple et servait ses dieux.
Ce pavé recouvre une terre aussi sainte que les autels. Un jour, notre Pie V ramassa une poignée de cette poussière et la remit à un ambassadeur qui lui demandait des reliques. Lorsque l’ambassadeur ouvrit le linge où il croyait n’avoir apporté que de la poussière, il y trouva du sang. Troublé de joie, il vint en informer le pape. Le saint, dont la foi avait ressuscité ce sang desséché depuis quinze siècles, répondit qu’il savait que le sol du Vatican était saturé du sang des martyrs. A cause de cela, il en avait banni les jeux publics.
Pierre a été crucifié dans le cirque de Néron, non loin du lieu où les fidèles ont creusé sa tombe. Je le crois par des raisons qui ne relèvent pas des archéologues. Le bourreau qui a planté le gibet de l’apôtre a posé la première pierre du Vatican. Oh ! que cette terre est précieuse ! Oh ! que d’ardentes prières d’ici se sont envolées vers Dieu !
Il a vécu là, notre Pie V, cet homme fait à la taille de la croix royale, ce dernier de la race des géants. D’une fenêtre de ce palais, dans cet espace de l’azur, Pie V lut le bulletin de Lépante. Ses conseillers étudiaient les chances menaçantes de la guerre ; il regardait le ciel. — « Dieu, dit-il, nous a donné la victoire. » En ce moment la flotte catholique dispersait la flotte ennemie, et l’islamisme perdait la mer.
Dans ce palais furent réglées les destinées de la France, lorsque notre Sixte-Quint, exigeant l’abjuration de Henri IV, empêcha que la France ne devînt protestant ou espagnole. Et si Henri avait été digne de Sixte, il n’y aurait plus d’Angleterre.
Ici notre Innocent XI lutta contre Louis XIV et mourut victorieux. Sans lui, l’hérésie royale envahissait la France ; le but de la Révolution était atteint de la main de vos rois, du consentement de vos évêques. Vous glissiez dans le schisme, vous deveniez je ne sais quoi, mais vous n’étiez plus la France.
De ce seuil fut enlevé Pie VI, et il ne revint pas ; mais Pie VII revint trois fois sur les bras de la force incrédule. Il vit Dieu appliquer le talion : pour les cinq années de Fontainebleau, les cinq années de Sainte-Hélène. Or, Fontainebleau n’était qu’une prison, mais Sainte-Hélène fut une tombe.
Ici est revenu Pie IX. Nous voyons quelles conjurations se nouent pour l’enlever de nouveau. Il restera, ou il reviendra, ou le Vatican croulera et broiera le monde. Les pierres du Vatican détruit rouleront par le monde renversant les trônes, les maisons et les tombeaux. De ces débris, Dieu lapidera la race humaine.
Louis Veuillot – Le parfum de Rome (1851)
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