« Oui madame, je me suis converti »

veuillotIl est bien vrai, madame, que je me suis converti ; c’est-à-dire que, d’indifférent ou irréligieux, que j’étais, je suis devenu chrétien, remplissant les devoirs qu’impose la foi catholique.
Oui madame, je fais ma prière le matin et le soir et souvent encore dans la journée ; oui madame, j’observe l’abstinence et le jeûne aux jours prescrits ; oui madame, je me confesse ainsi que beaucoup d’honnêtes gens, et je communie ordinairement, le dimanche, en compagnie des portiers et des servantes de mon quartier, compagnie à vrai dire moins nombreuse que je le souhaiterais, mais du reste excellente et mélangée dans une assez forte proportion d’hommes et de femmes, mes égaux devant Dieu, mes supérieurs dans le monde et mes supérieurs de beaucoup.
Tout cela est très vrai ; je fais ces choses, on vous a bien informée… (…)
Ce bonheur est le mien ; il est tout nouveau dans ma vie et je n’en ai jamais connu qui lui fût comparable. Aimer sans reproche et sans mélange de haine, c’est une joie vive, noble, continuelle, immense, et cette joie n’est rien pourtant, absolument rien, à côté d’une autre joie chrétienne qui s’est tout à coup révélée à moi comme un monde enchanté, comme un océan de délices où je me plonge, où je me berce, où je m’enivre avec de tels transports que, parfois, les yeux baignés de larmes, je me demande si c’est bien moi qui goûte de pareils ravissements…
Louis Veuillot (1813 – 1883) – Correspondance
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