Le culte trompeur d’une vie la plus longue possible

Yukio-Mishima-007A notre époque, tout repose sur la prémisse qu’il vaut mieux vivre aussi longtemps que possible.
Jamais dans l’histoire, l’espérance de vie n’a été aussi longue et devant nous se déroule la monotonie des perspectives que l’on offre à l’humanité.
L’idéologie du foyer individuel n’enthousiasme le jeune qu’aussi longtemps qu’il se démène pour se trouver un petit nid à soi. Sitôt trouvé, l’avenir ne lui propose plus rien – sinon de faire cliqueter son boulier à mesure qu’il amasse l’argent de sa retraite, puis la paix, l’ennui et la décrépitude de la vieillesse.
Telle est l’image qui accompagne dans l’ombre l’Etat-providence et qui menace le cœur de l’espère humaine.
Dans les pays scandinaves, le besoin de travailler a dès à présent disparu et assurer la subsistance de ses vieux jours n’est plus un sujet d’inquiétude ; accablés d’ennui et d’amertume à ne s’entendre demander par la société rien d’autre que de « se reposer », un nombre extraordinaire de vieillards se suicident.
Et en Angleterre, devenue après la guerre le modèle idéal en matière d’assistance, le désir de travailler s’est perdu et s’en sont suivis le déclin et la décrépitude de l’industrie.
Discutant de l’orientation que devrait prendre la société moderne, certains proposent l’idéal du socialisme et d’autres, celui de l’Etat-providence, mais il s’agit en fait d’une seule et même chose. La liberté mène à l’accablement et à l’ennui de l’Etat-providence ; l’Etat socialiste mène, lui, inutile de le répéter, à la suppression de la liberté.
Yukio Mishima – Le Japon moderne et l’éthique samouraï – 1967 (Arcades Gallimard, p.32)
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