La faillite de la Révolution

SDFLa Révolution est la rupture de la continuité historique et des liens sociaux qu’elle a créés.
Ainsi une révolution religieuse consiste dans la rupture des liens antérieurs entre la société religieuse et la société civile ; une révolution politique, une révolution politique, dans la rupture des liens antérieurs entre les différents ordres de la société civile ; une révolution économique, dans la rupture des liens sociaux entre les divers organes des fonctions économiques.
Une révolution est donc toujours une destruction, au lendemain de laquelle la loi naturelle, qui a fait l’homme sociable, tend à reconstituer la société autour d’un principe nouveau, opposé à celui qui a paru caduc ou insupportable.
C’est ainsi que les socialistes sont philosophiquement et historiquement dans le vrai, quand ils disent que l’évolution de l’humanité qui a commencé par la Révolution française en 1789 n’est pas encore terminée, parce que rien ne s’est édifié, depuis ce temps, qu’une bureaucratie fragile et impuissante pour remplacer l’état social, qui s’écroula alors, par un autre qui en fût essentiellement différent. La société nouvelle, disent-ils, n’a encore ni trouvé sa formule, ni reçu son organisation définitive ou du moins douée d’une suffisante vitalité pour pouvoir atteindre une certaine durée historique sans révolution nouvelle.
Il est certain, en effet, que la Révolution française a rompu avec la société religieuse, qui avait été l’âme de la société civile depuis le baptême de Clovis jusqu’à la Renaissance, sans qu’ait été résolu d’une façon même conforme à son principe le problème des rapports de l’Église et de l’État; qu’elle a rompu avec la constitution monarchique, sans que l’état politique ait pu s’asseoir depuis, même pour peu d’années ; enfin, qu’elle a rompu avec l’antique organisation de la propriété et des métiers sans que la question sociale soit en rien résolue ni même acheminée à l’être.
C’est ce qu’on appelle, après un siècle, la faillite de la Révolution.
Marquis de la Tour du Pin (1834-1924) – Etudes sociales et politiques
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