Comment le fisc a détruit la charité chrétienne

repression-mougeon-securite-rentiere-imgLa substitution absolue de l’aumône publique à l’aumône individuelle serait la destruction complète du christianisme, et l’atteinte la plus considérable au principe de la propriété.
Le christianisme n’existe pas sans la charité ; et la distinction fondamentale entre la charité et la justice, c’est que la dette de justice est celle qui peut être exigée ou par le recours aux lois ou par le recours à la force, selon les circonstances, tandis que la dette de charité ne peut être commandée par aucun tribunal que par celui de Dieu et de la conscience.
Or, si l’assistance à donner aux pauvres devient une des charges du fisc, dès lors l’assistance ne procède plus de la charité, mais de la justice, puisque la contribution fiscale est une dette rigoureuse des citoyens.
Et l’histoire nous apprend, à cet égard, qu’un des plus grands malheurs qui puissent fondre sur une nation, c’est que la charité y perde son véritable caractère, et qu’une cruelle nécessité, résultant de l’affaiblissement de la foi religieuse et de la rareté de l’aumône volontaire, la dénature et la transforme en un impôt forcé ; car, dès lors, tout le plan providentiel de Dieu est renversé.
L’aumône n’étant plus libre, ne procédant plus d’un mouvement du cœur, perd à peu près entièrement son mérite devant Dieu. L’aumône ainsi faite cesse aussi d’être méritoire aux yeux de la plupart de ceux qui la reçoivent. Bientôt ils murmurent les mots de droit à l’assistance, de droit au travail.
Le lien d’amour qui rattachait le pauvre au riche étant rompu, tout sentiment de reconnaissance disparaît. La pauvreté devient une sorte de fonction publique, moins rétribuée que les autres, mais qui attend fièrement l’échéance de son traitement.
Cardinal Pie, cité par Dom Besse (1861-1920)
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