Au lendemain de la Première Guerre mondiale

bataille_de_verdun_01_zoomBERNANOS qui avait été mobilisé pendant toute la Guerre de 1914-1918, qui savait la somme d’héroïsme chrétien qui s’était dépensé pendant quatre ans, au fond des tranchées boueuses ou dans les attaques terriblement meurtrières, Bernanos revenu du Front n’a jamais admis le silence ou l’aveuglement de ceux qui auraient dû comprendre et parler.
C’était le devoir des « bien-pensants » et des prêtres de montrer le visage chrétien de tant de sacrifices et de mettre en accusation le système qui était à l’origine de ces hécatombes.
Le jacobinisme d’État imposé à la France et, partiellement, à la plupart des autres pays par la Révolution de 89, la conception totalitaire de l’État a rendu possible la conscription universelle, la mobilisation de peuples entiers et des tueries sans précédent.
Tout cela était impensable sous une monarchie chrétienne.
Il ne suffisait pas d’ailleurs de dénoncer la Révolution ; il fallait aussi, et plus encore, dire hautement que la mort héroïque de tant de soldats que Jeanne d’Arc eût avoués comme ses compagnons avait une signification chrétienne : signification obscure chez beaucoup et très consciente chez les meilleurs.
Chez les meilleurs, la mort sur le champ de bataille avait la portée d’une immolation volontaire pour les iniquités de la France et d’une intercession auprès de Dieu pour que la patrie se détourne de ses maîtres d’erreur et de péché et qu’elle fasse pénitence. PÉGUY, PSICHARI, Pierre DUPOUEY, Augustin COCHIN, Pierre VILLARD et des frères d’armes par centaines de mille, qui étaient baptisés et portaient dans leurs veines quinze siècles d’hérédité chrétienne, avaient donné leur vie « pour que chrétienté continue ».
Mais les rhéteurs officiels qui péroraient sur l’estrade pavoisée de drapeaux, lors des inaugurations de monuments aux morts, n’hésitaient pas à déclarer que tant de sang noblement, chrétiennement versé devait hâter le triomphe des plus froides abstractions et de la dévorante idéologie laïciste : démocratie, progrès, liberté.
Il n’est pas jusqu’à la mort de PSICHARI, le merveilleux tertiaire de notre Ordre, qui n’ait dû subir cette sorte de confiscation et de détournement. Un de ses amis célèbre [NDLR : il s’agit de Jacques Maritain] ne s’est-il pas avisé, sur le tard il est vrai, de nous expliquer que le centurion est tombé le chapelet au poignet tout près de sa pièce de 75, pour « l’émancipation humaine », selon la Déclaration des Droits de l’Homme [Préface au Voyage du Centurion, p. 7, dans l’édition de 1946. Dans toute ses éditions antérieures nous avions la Préface de Paul Bourget qui introduisait très convenablement ce grand livre. (J’ignore si on trouve encore les œuvres de Psichari chez le premier éditeur : Louis Conard, 17, boulevard de la Madeleine, Paris)], comme si le converti du désert mauritanien n’avait pas écrit et répété : « Nous savons bien, nous autres, que notre mission est de racheter la France par le sang » [Ernest PSICHARI, Les Voix qui crient dans le désert, p. 189].
Qu’y a-t-il de commun entre cette affirmation directement inspirée de l’Apôtre et la charte maçonnique des Droits de l’Homme ? (Il est vrai que, pour notre malheur, une fraction des chrétiens de France inspirée de La Mennais voudrait, depuis un siècle, nous obliger à reconnaître dans la charte de 1789 un développement homogène de la Révélation de Jésus-Christ, Verbe de Dieu, notre Rédempteur.)
R. Th. Calmel, O.P., « Le Prêtre et la Révolution » dans Itinéraires 127, p. 38 et 39 – Source
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