Le Cardinal Baudrillat, un prélat favorable à la collaboration avec l’Allemagne nazie

200px-Alfred_Baudrillart_1918Pendant la Seconde Guerre mondiale, de 1940 à 1942, le cardinal Baudrillart représente une énigme pour bien des Français et pour beaucoup de ses amis. La notice, qui lui est consacrée, en 1948, dans l’encyclopédie Catholicisme, évoque, avec discrétion, que le cardinal « ne craignit pas d’affirmer des opinions dont beaucoup s’étonnèrent douloureusement ».
Plus brutalement, un tract posait la question en août 1941 : « Le cardinal Baudrillart a-t-il un sosie ? ». Il est stupéfiant en effet de comparer les déclarations que le Service de propagande allemand publie sous son nom avec ses écrits antérieurs !… On s’est interrogé à l’époque : les propos du cardinal lui sont-ils arrachés par surprise? Les citations sont-elles tronquées, déformées, publiées malgré lui ?
En effet, contrairement à beaucoup d’autres — dont le choix pour la collaboration ou la résistance s’inscrivait dans leur passé, dans leurs orientations politiques, dans leurs engagements antérieurs — le cardinal Baudrillart opère vis-à-vis de l’Allemagne nazie une volte-face radicale.
Patriote convaincu durant la guerre de 1914-1918, Alfred Baudrillart, recteur de l’Institut catholique de Paris depuis 1907, avait alors dirigé un « Comité catholique de propagande française à l’étranger » et accompli plusieurs voyages en Italie, en Espagne, aux Etats-Unis, pour expliquer la position de la France.
Ennemi de l’Allemagne de Guillaume II en 1914, le cardinal est profondément hostile à l’Allemagne nazie de 1939 et à son chef. Dans le discours de rentrée à l’Institut catholique, le 3 novembre 1939, le recteur déclare : « il s’agit de se mesurer avec une barbarie renouvelée du paganisme ».
Sollicité par le général polonais Sikorski qui lui décrit le comportement « impitoyable » de la Gestapo en Pologne occupée, le cardinal Baudrillart, en novembre 1939 et en janvier 1940, écrit des articles qui paraissent dans La politique et la guerre — journal polonais publié en France — : il y flétrit « les abominables atrocités allemandes en Pologne ».
Avant l’offensive de mai 1940 et l’occupation, on ne peut guère trouver dans l’Église de France d’adversaire plus résolu de l’Allemagne hitlérienne que le cardinal Baudrillart. Comment une telle fermeté va-t-elle se désagréger ?
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